Les probiotiques ont la cote, on ne parle plus d’eux. Alors que l’hiver et les infections bactériennes sont à notre porte, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à faire usage des probiotiques pendant ou bien après la prise d’antibiotiques. Probiotiques et antibiotiques : pour le meilleur ou pour le pire ?

Les antibiotiques et les toilettes : c’est la panique

Il est fréquent qu’une diarrhée apparaisse en cas de prise d’antibiotiques. Car si les antibiotiques ont pour mission de venir à bout des bactéries nocives, ils endommagent également notre microbiote intestinal, perturbant dès lors notre transit.

Ainsi, nombreux sont ceux à faire une cure de probiotiques pour que la diarrhée ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Les bactéries vivantes au service du transit, mais par quel mécanisme ? Les probiotiques sont ingérées afin de venir en renfort des bactéries bénéfiques qui se trouvent affaiblies par la prise d’antibiotiques. L’apport de probiotiques permettrait ainsi de retrouver cette symbiose de bonnes et mauvaises bactéries enfin, c’est ce qu’on pensait. Si dans certains cas la prise de probiotiques limite les diarrhées, les études tendent à souligner que c’est peu courant, 1 cas sur 13 pour être plus précis.

En finir avec la diarrhée grâce à l’alimentation

Probiotiques et antibiotiques : le mauvais cocktail ?

Une étude menée par une équipe de chercheurs israéliens révèle que les probiotiques retarderaient la restauration du microbiote. Afin de parvenir à cette conclusion, l’équipe a administré des antibiotiques à un groupe de participants. Puis ces derniers ont été divisés en deux groupes : le premier a reçu un probiotique avec 11 souches bactériennes, l’autre a reçu un placebo.

L’altération du microbiote liée aux antibiotiques a permis aux probiotiques ingérées de coloniser l’intestin dans le premier groupe. Néanmoins, la colonisation bactérienne a remis en cause le rééquilibrage de leur microbiote. Ce dernier restait en déséquilibre tout le temps de l’étude, soit six mois. A contrario, le microbiote des sujets ayant reçu un placebo au bout de… trois semaines !

Les Professeurs Rogers et Papanicolas soulignent bien dans The Conversation l’incompréhension qui persiste quant aux bactéries intestinales : « cette recherche met en lumière une vérité quelque peu inattendue : nous ne savons toujours pas quelles sortes de bactéries nous sont réellement bénéfiques, ou même en quoi consiste un microbiote en bonne santé. Il semble en tout cas peu probable que des souches bactériennes particulières soit, individuellement utiles. C’est plutôt la collaboration de milliers de différentes sortes de microbes, au sein de communautés diversifiées, qui procure des bénéfices à leur hôte en matière de santé ».

Et puis, si une supplémentation bactérienne grâce aux probiotiques peut fonctionner chez un hôte, elle peut être parfaitement inefficace chez un autre. Notre microbiote est bien trop complexe pour être considéré comme un.

Non, les probiotiques ne sont pas efficaces chez tout le monde !

La greffe fécale plutôt que les probiotiques ?

Ladite étude a en outre observé le rééquilibrage du microbiote grâce à la greffe fécale autologue. En amont de la prise d’antibiotiques, les selles d’un groupe de participants ont été prélevées puis congelées. Au terme de la prise d’antibiotiques, les selles ont retrouvé l’intestin de leur propriétaire et le microbiote de ce groupe a retrouvé son état de symbiose trois semaines après la fin du traitement.

Pas moins de temps qu’avec le placebo donc… Force est ainsi de constater que ni les probiotiques, ni la greffe fécale n’ont fait leurs preuves dans la restauration du microbiote après une prise d’antibiotiques.

En attendant que les mystères du microbiote soient percés, nous devrions peut-être nous en tenir à des méthodes plus terre à terre : les fibres. Aussi, si cet hiver vous devez prendre des antibiotiques, faites le plein de fruits, de légumes et de céréales. Votre microbiote vous dira merci !

Le microbiote fécal illustré

sources

– Taur et al., « Reconstitution of the gut microbiota of antibiotic-treated patients by autologous fecal microbiota transplant. », Sci Transl Med., septembre 2018, 26, 10 (460),
– Hempel et al., « Probiotics for the Prevention and Treatment of Antibiotic-Associated DiarrheaA Systematic Review and Meta-analysis », JAMA, 2012, 307 (18), 1959-1969,
The Conversation.

LQDP