Les antibiotiques constituent sans doute l’une des plus grandes découvertes du siècle précédent et ont permis de sauver des millions de vie. Pourtant, ils ont perdu de leur splendeur : face à la résistance croissante des bactéries, les antibiotiques ne se distinguent plus par leur efficacité et les infections sont de plus en plus difficiles à éliminer, ce qu’explique brillamment le Docteur Étienne Ruppé dans Les antibiotiques c’est la panique.

L’ère des antibiotiques

Un antibiotique est une « substance, d’origine naturelle ou synthétique, utilisée contre les infections causées par les bactéries ». Les infections liées aux bactéries, là est le problème. En effet, les maladies infectieuses se multiplient au XIXe siècle pour devenir la première cause de mortalité. Les immunologistes, les microbiologistes et les parasitologues concentrent leurs recherches sur la possibilité de détruire ces bactéries. Et le miracle vint grâce à la pénicilline et Alexander Fleming (sans oublier Ernest Duchesne tombé dans l’oubli, Howard Florey, Ernst Chain et Norman Heatley). Les maladies infectieuses commencèrent alors à diminuer pour qu’ensuite la population n’ait plus peur des infections.

Fleming reçut d’ailleurs le prix Nobel de Médecine en 1945 et, lors de son discours, prononça une phrase prémonitoire : « La pénicilline est non toxique quelles qu’en soient ses indications et il n’y a pas d’inquiétude à en prendre des doses importantes. Néanmoins, il y a peut-être un danger au sous-dosage. Il n’est pas difficile de rendre les microbes résistants à la pénicilline au laboratoire en les exposant à des concentrations trop faibles pour les tuer, et le même phénomène pourrait survenir dans notre organisme ». Fleming avait raison, les bactéries résistent aux antibiotiques. En 2001, la communauté scientifique constate que le pneumocoque résiste désormais à la pénicilline. La sélection naturelle classique a fait le reste : quand 1% d’une souche résiste au blocage de sa reproduction par un antibiotique, c’est ce faible pourcentage de la souche qui se reproduit pour à terme représenter 99% de la population.

Antibiotiques et bactéries, un duel au sommet

Les bactéries qui résistent aux antibiotiques ont toujours existé, qu’il s’agisse d’une résistance naturelle, dressant le profil de l’antibiotique, ou de résistance acquise, permettant à la bactérie de survivre si elle croise un antibiotique. Aujourd’hui, c’est l’accumulation de résistances acquises qui pose problème, permettant de fait aux bactéries de résister aux antibiotiques. C’est l’antibiorésistance. Les conséquences ? L’appauvrissement du choix thérapeutique et le risque d’échec d’un traitement.

Pour comprendre l’antibiorésistance :

Antibiorésistance : quand les bactéries font de la résistance

Les antibiotiques c’est la panique !

Dans son ouvrage, le Docteur Ruppé part d’un exemple qu’il a vécu : celui de Lucie, fraîchement rentrée d’Inde, en proie à une infection urinaire. Étant habituée à ladite infection, elle consomme son antibiotique habituel. Le lendemain cependant, nulle amélioration constatée. Pire encore, ses symptômes ont empiré : vessie très douloureuse, fatigue extrême, vertiges puis malaise. Une fois transportée à l’hôpital, l’équipe lui administre deux antibiotiques, estimant qu’elle ira mieux dès le lendemain. Or le lendemain, l’état de Lucie ne s’améliore pas, l’équipe médicale décide alors d’utiliser un autre antibiotique, actif sur un plus grand nombre de bactéries. Mais l’état de la patiente continue d’empirer. Le laboratoire bactériologique finit par comprendre que la bactérie qui ronge Lucie, Escherichia coli, a résisté à tous les antibiotiques testés ! Tous sauf un, la colistine, qui parvient à détruire cette bactérie. Seulement, l’unique antibiotique permettant d’annihiler l’antibiorésistance des bactéries est particulièrement toxique pour le foie. Un usage de dernier recours lié à sa toxicité mais dont la consommation ne cesse de croître. Les antibiotiques, c’est vraiment la panique !

Les antibiotiques sont précieux, utilisons-les mieux

La France est le quatrième pays qui consomme le plus d’antibiotiques à l’échelle européenne. Au moindre bobo, un antibio ! Vous comprenez donc aisémént le dessein du slogan de l’Assurance maladie « les antibiotiques, c’est pas automatique » : faire diminuer la consommation d’antibiotiques. Ce slogan, qui date de 2002, a fait fureur : entre 2003 et 2007 la consommation d’antibiotiques a diminué de 26,5% par rapport à la période 2000-2002. L’assurance maladie revient en 2018 avec un nouveau slogan « les antibiotiques sont précieux, utilisons-les mieux ». En effet, nombreux sont ceux qui se ruent dans leur trousse à pharmacie dès qu’ils se sentent un peu moins en forme.

Un cas particulièrement intéressant, l’angine, révèle l’absurdité de cette surconsommation d’antibiotiques. Vous faites peut-être partie des gens qui ont ingéré des antibiotiques lors d’une angine ou d’un rhume. Seulement, il convient de distinguer infections bactériennes et infections virales. En effet, si les antibiotiques sont prescrits pour venir à bout des infections bactériennes, ils sont totalement inutiles pour traiter les virus, comme l’angine et le rhume donc. S’il est impensable à ce jour de se passer d’antibiotiques, force est de constater qu’une surconsommation atténue leur efficacité. Aussi, oui aux antibiotiques, mais comme pour le vin, à consommer avec modération et discernement.

10 000 décès par an liés à un mauvais usage des médicaments. Comment y remédier ?

Si vous souhaitez en savoir davantage sur les antibiotiques, l’antibiorésistance et les pistes pour y remédier, LQDP vous recommande chaudement l’ouvrage du Dr Ruppé.

Les antibiotiques c'est la panique

Docteur Étienne Ruppé, Les antibiotiques c’est la panique, Éditions Quæ, 30 août 2018, 18 €. Disponible sur le site de l’éditeur.

 

Jonathan Epaillard