Bon les filles, si vous ne le saviez pas encore, le vagin est rempli de bactéries. Et pas qu’un peu : chez une femme adulte, 1 millilitre de sécrétions vaginales est composé de 100 millions à 1 milliard de micro-organismes ! Beurk diront certaines. Sauf que ces bactéries sont essentielles pour nous protéger contre des invasions de micro-organismes. Et que tout déséquilibre du microbiote vaginal (=dysbiose) induit des perturbations plus ou moins graves.  Alors : les règles, c’est pour nous ; les tampons dont la composition est incertaine, c’est pour nous ; l’accouchement c’est pour nous. Et les dysbioses vaginales c’est pour nous aussi !

L’intérêt du microbiote vaginal

Le microbiote vaginal est composé principalement de 5 classes de bactéries :
– Classe I : elle est constituée principalement de Lactobacillus crispatus qui assure au vagin un pH bas pour éviter toute invasion d’autres germes. La production d’acide lactique et de peroxyde d’hydrogène donne une légère acidité à l’environnement vaginal ;
– Classe II : elle est dominée par Lactobacillus  gasseri. Cette classe assure un environnement sain au vagin ;
– Classe III : elle est associée à Lactobacillus iners, bien que cette classe soit plus hétérogène avec une présence polymicrobienne plus prononcée que les autres classes ;
– Classe IV : dans cette classe, il y a très peu de bactéries lactobacilles et de plus fortes concentrations de bactéries ne nécessitant pas ou peu d’oxygène pour se développer ;
– Classe V : elle est dominée par Lactobacillus jensenii. Comme la classe II, elle assure un environnement optimal pour le vagin

Les lactobacilles constituent environ 95% du microbiote vaginal, formant « la flore de Döderlein ».  Le vagin contient également une petite quantité de champignons et de virus, tout ce petit monde vivant en parfaite cohabitation.

L’objectif du microbiote du vagin est de protéger celui-ci d’agents pathogènes ; soit déjà présents à l’état naturel dans le vagin (mais qui n’exprime pas sa pathogénicité du fait de l’équilibre entre tous ces locataires du vagin) ; soit d’agents pathogènes provenant du milieu extérieur (lors de rapports sexuels par exemple).

Comment le microbiote vaginal peut-il être perturbé ?

Plusieurs facteurs ont un impact sur le microbiote vaginal :

1- Les règles :

Le sang augmente légèrement le pH vaginal. Et qui dit pH plus élevé, dit risque d’invasion de germes pathogènes plus élevé. De fait, la population de lactobacilles peut légèrement diminuer. Si des staphylocoques dorés s’immiscent alors, il y a un risque de syndrome de choc toxique en cas de port prolongé de tampon ! Ce phénomène reste rare en France, mais est bien réel et extrêmement grave. Donc pour rappel, si on met des tampons, on les change très régulièrement, et surtout en début de cycle lorsque les saignements sont plus abondants.

Avoir ses périodes, être indisposée, recevoir la visite des anglais, avoir les males semaines… tout sur les règles !

2- Un excès d’hygiène :

Aussi incroyable que cela puisse se lire, une « sur-hygiène » intime n’est pas nécessaire ! Le vagin possède la fonction auto-nettoyante ! Donc une propreté oui (maximum 2 fois par jour), mais point trop n’en faut. Et lavez-vous avec un savon adapté. Par exemple, le savon de Marseille  a une acidité qui est insuffisante (pH très alcalin de l’ordre de 10, alors que le vagin demande un pH plus bas, compris entre 3.5 et 4.5). Évitez également de vous laver juste avec de l’eau : cela détruit le film hydro-lipidique de protection ce qui conduit à une sécheresse vaginale.

3- Le tabac :

A partir de 4 cigarettes par jour, il y a un risque de perturbation du microbiote vaginal augmenté par 3. Le tabac diminue en effet le taux d’hormones dans le sang et donc si le taux d’hormones sexuelles est diminué, cela abaisse le taux de lactobacilles dans le vagin. La protection du vagin en est tout de suite influencée.

4- Les antibiotiques :

Un grand classique ! Les antibiotiques sont des mitraillettes qui tirent sur tous les germes sans faire de distinction entre les bonnes et les mauvaises bactéries. Et donc fatalement, cela a un impact sur le microbiote vaginal. Si un traitement antibiotique vous est prescrit,  il est possible de prendre des probiotiques par voie vaginale : demandez conseil à votre médecin ! Car les probiotiques à intérêt vaginal ne sont pas les mêmes que ceux à portée intestinale par exemple. Et donc ne faites pas comme certaines femmes américaines qui se mettent du yaourt dans le vagin pour avoir des lactobacilles en plus dans le vagin (véridique !). Outre les antibiotiques, d’autres médicaments perturbent le microbiote vaginal : des antifongiques, certains corticoïdes, etc…

5- L’âge :

Le microbiote vaginal évolue, de l’enfance à la ménopause. Selon l’étape de vie de la femme, le microbiote vaginal variera : de la puberté à la grossesse, du post-partum à la ménopause. Il faut savoir que chez la petite fille, le vagin n’a que très peu de bactéries. Et c’est à la puberté, avec l’affluence des hormones sexuelles que le microbiote du vagin se développe. Et la ménopause vient quelque peu perturber l’équilibre bactérien vaginal. Pourquoi ? Car les hormones maintiennent un taux de lactobacilles élevé.  Du fait de la ménopause, la baisse d’hormones induit une diminution de cette population de bactéries. Ce qui peut provoquer des dysbioses, et donc des risques plus élevés d’infections ou bien même des désagréments comme sécheresse vaginale.

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Certaines pathologies, comme le diabète peuvent induire des perturbations du microbiote vaginal. Les rapports sexuels ne provoquent pas directement de perturbations du microbiote vaginal. En revanche, les mouvements du pénis dans le vagin peuvent transférer des germes fécaux vers le vagin. Et donc cela provoque des risques de dysbioses (alors mollo sur le sexe ! Non je rigole).

Un déséquilibre du microbiote vaginal et bonjour aux mycoses, vaginoses et autres maladies sympathiques !

Plusieurs pathologies font suite à une dysbiose vaginale :

1- Vaginose bactérienne 

On constate lors de la vaginose bactérienne une diminution de lactobacilles conséquente. D’autres bactéries vont alors prendre le dessus, comme Gardnerella, Atopobium, Prevotella et Snethia. Des sécrétions vaginales non sanglantes s’intensifient. Ces sécrétions sont laiteuses, malodorantes (odeur de poisson pourri…). Il n’y a pas d’inflammation du vagin. En revanche, les bactéries pathogènes peuvent induire des infections pelviennes, au niveau des trompes ou de l’utérus. L’incidence de la vaginose serait associée à l’activité sexuelle, mais aucun germe n’a encore été identifié comme transmissible de l’homme à la femme. La vaginose se traite avec des antibiotiques, locaux et/ou oraux. Un probiotique par voie vaginale est recommandé par la Haute Autorité de Santé afin de restaurer le microbiote vaginal pendant l’antibiothérapie ou après.

Attention : il est possible de contracter une vaginose également lors de la grossesse. On constate une augmentation de bactéries ne nécessitant pas d’oxygène pour se développer (germes anaérobies stricts). Ces germes peuvent migrer vers l’endomètre et créer des complications lors de la grossesse comme des inflammations pelviennes. Le risque principal est un accouchement prématuré.

2- Vaginite inflammatoire desquamative 

Il s’agit d’une pathologie récente, nouvellement observée. Elle est caractérisée par des sécrétions vaginales purulentes malodorantes et un érythème vaginal. On observe également des tâches sanguinolentes. Cette vaginite est associée à une diminution des lactobacilles et une augmentation d’Escherichia coli, Streptocoque du groupe B, Entérocoque faecalis.

3- Mycose vaginale 

Cette mycose est très répandue ! Elle est liée au développement anormal d’un champignon nommé Candida albicans. A l’état normal, ce champignon est présent dans le vagin. Mais une dysbiose vaginale peut rendre propice le développement de ce champignon. Et là, les symptômes sont : démangeaisons, brûlures, irritations, douleurs lors des rapports sexuels ou bien même au moment d’uriner. Des ovules antifongiques ou des crèmes antifongiques permettront de mettre de l’ordre dans tout ça !

Un petit mot tout de même sur les pertes vaginales. Comme dit précédemment, le vagin est auto-nettoyant. Donc les sécrétions vaginales sont normales : elles sont physiologiques ! Elles permettent effectivement de nettoyer le vagin. Il vous faut vous inquiéter si ces pertes sont accompagnées de brûlures/démangeaisons, ou bien si elles sont très odorantes.

La Révolution rose ou tout savoir sur le microbiote vaginal

Sources

Le Figaro,
Journal International de Médecine,
Santé Microbiote,
Rfi.

Raphaelle Santarelli

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