Les FODMAPS, on en entend parler depuis un moment. Ce petit acronyme est lourd de sens pour ceux qui souffrent du syndrome de l’intestin irritable (SII), ou colopathie fonctionnelle. Les FODMAPS désignent un ensemble de petits sucres fermentescibles identifiés comme étant des facteurs aggravant des syndromes de l’intestin irritable.

Que signifie l’acronyme FODMAPs ?

– Fermentescibles

Ce sont les propriétés de résidus alimentaires non digérés de sucres ou de fibres qui servent de substrat nutritionnel aux bactéries coliques.

Pour tout comprendre : F comme Fermentescibles, et comme Fermentation

– Oligosaccharides

Ce sont les polysaccharides non amylacés (Fructo-oligosaccharides- FOS ou fructanes et Galactooligosaccharides- GOS) qui composent les fibres alimentaires végétales.

À découvrir, pour que les Oligosaccharides n’aient plus aucun secret pour vous

– Disaccharides

Il s’agit du sucre constitué par l’association de 2 molécules d’oses (appellation biochimique des sucres simples tels le Glucose, la Galactose, le Fructose…). Le Lactose, principale source de sucre du lait et des produits laitiers, est le seul disaccharide de ce groupe.

Découvrez notre article détaillé sur les Disaccharides

– Monosaccharides

Du sucre constitué d’une seule molécule d’ose (Glucose, Fructose, Galactose…). Le Fructose, principale source de sucre des fruits, est le seul monosaccharide de ce groupe.

Pour comprendre l’impact des Monosaccharides sur le SII 

– And Polyols

Ce sont les sucres dérivés d’une transformation chimique ou enzymatique qui présente une ou plusieurs fonctions alcool. Les polyols sont naturellement présents dans certains fruits ou légumes. Les polyols ont un pouvoir sucrant intéressant. Ils servent d’édulcorants pour de nombreuses préparations agro-alimentaires notamment les sodas lights et les friandises, en particulier les chewing-gums.

Vous n’avez pas tout compris ? Découvrez notre fiche détaillée sur les Polyols

Alors, comment ces sucres ont-ils été identifiés pour être impliqués dans le SII ? Où les trouve-t-on ? Quels sont les seuils tolérés par les patients souffrants de colopathie fonctionnelle ? Nous essaierons de répondre dans cet article à toutes ces questions.

Les Australiens à l’origine des FODMAPs

Le syndrome de l’intestin irritable est une maladie difficile à traiter, car sa cause n’est pas facilement identifiable. Et cela rend son diagnostic assez difficile. Les chercheurs Drs Sue SHEPHERD et Peter GIBSON, de la Monash University, ont identifié au début des années 2000 les facteurs nutritionnels des aliments pouvant être impliqués dans cette pathologie (car oui, il s’agit bien d’une pathologie !). Avec plus d’une trentaine de travaux effectués en 10 ans sur les FODMAPs, ces chercheurs ont créé une véritable révolution pour comprendre et identifier les sucres impliqués dans la colopathie fonctionnelle.

À découvrir sur le même sujet : le régime pauvre en FODMAPs, bientôt validé par la recherche ?

Initialement, ces chercheurs ont tenté d’identifier l’implication de ces petits sucres, hautement fermentescibles et peu absorbés, dans la maladie de Crohn. Mais très vite, ils se sont tournés vers le lien entre consommation de FODMAPS et SII.

Exploration de l’intestin pour comprendre comment agissent les FODMAPs

L’intestin est un organe de l’appareil digestif mesurant 7 à 8 mètres. Il contribue à la digestion des aliments, en les transformant en nutriments. Ces derniers peuvent alors passer la barrière digestive et aller dans le sang où ils sont transportés aux cellules de l’organisme. L’intestin est divisé en 2 parties : intestin grêle (« petit intestin » lui-même divisé en 3 parties) et gros intestin (ou côlon et rectum).

La plupart des glucides sont digérés par des enzymes digestives, et sont transfomés en petits glucides facilement absorbés par les cellules intestinales. Les travaux de Sherperd et Gibson ont montré que les symptômes retrouvés dans la colopathie fonctionnelle (pour rappel, les symptômes sont douleurs abdominales, inconfort digestif, perturbations du transit intestinal) peuvent être déclenchés par les FODMAPs.

– La fermentation des sucres

Chez les personnes atteintes de SII, les petits glucides présents dans l’alimentation sont préférentiellement fermentés plutôt que de passer la barrière intestinale.
La non-assimilation de ces petits sucres dans le petit intestin crée ce qu’on appelle un phénomène d’osmose. L’eau est attirée par ces petits sucres et passent dans les intestins. Parallèlement à ce phénomène, les sucres se dirigent vers le gros intestin, au niveau du côlon, rempli de bactéries. Celles-ci vont se nourrir de ses petits sucres et les fermenter. Cette fermentation conduit à la production de gaz.

– Un excès de gaz

L’excès de gaz en plus de la rétention d’eau provoque une dilatation de l’intestin, ce qui créé des douleurs et des maux de ventre. Cela perturbe le transit intestinal, pouvant provoquer des gaz, des selles dures (constipation) ou bien des selles liquides (diarrhées).
Les nerfs qui entourent les intestins sont stimulés du fait de cette dilatation, et ils envoient un signal au cerveau. Les personnes souffrant du SII ont un intestin très sensible, et les signaux envoyés par le système nerveux contribuent également à la douleur au niveau abdominal.

Le régime pauvre en FODMAPs, efficace pour les personnes atteintes de SII

Pour réduire les douleurs des personnes atteintes de SII, la Monash University a proposé le régime pauvre en FODMAPs. Il a été montré qu’un régime appauvri en FODMAPs est efficace chez 68 à 76 % des patients.
Récemment, une étude a permis de comparer l’effet d’une alimentation type australienne standard à une alimentation pauvre en FODMAPs sur deux périodes de 21 jours, avec une période sans régime entre ces deux phases chez des patients atteints de SII.

– Une alimentation pauvre en FODMAPs pour une diminution de la douleur

Dans cette étude, le régime pauvre en FODMAPs induit une amélioration du score global des symptômes de la douleur chez 70 % des patients atteints de SII. Les ballonements, les flatulences et les douleurs abdominales étaient significativement diminués pendant la période pauvre en FODMAPs en comparaison à l’alimentation standard. Et les patients, quel que soit leur type de trouble du transit, étaient plus souvent satisfaits de la consistance de leurs selles.

– Régime pauvre en FODMAPs ou conseils diététiques ?

Plusieurs études suggèrent que le régime pauvre en FODMAPs a un effet plus important que des conseils diététiques standard. Une étude anglaise montre en effet que les patients suivant un régime pauvre en FODMAPs étaient significativement plus satisfaits que les personnes suivants des conseils diététiques standards, avec une amélioration significativement plus importante des ballonnements, des douleurs abdominales et des flatulences.

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Stratégie du régime pauvre en FODMAPs

Ce régime doit être proposé aux personnes qui ont consulté des professionnels de santé et dont ladite pathologie a été diagnostiquée.
L’objectif de ce régime est de réduire les symptômes liés à cette pathologie et de savoir gérer leur régime alimentaire de façon adaptée.
Les FODMAPs sont principalement retrouvés dans les aliments suivants : fruits, légumes, produits laitiers, légumineuses, céréales, le miel…

– Une approche en trois étapes

De façon générale, si on suppose que vous souffrez de l’intestin du colon irritable, on vous proposera une approche en plusieurs phases. Après questionnaire et estimation globale de votre consommation (hygiène de vie, et estimation des FODMAPs), voici la stratégie :

1 – Le test d’éviction

Il s’agit de limiter les apports en FODMAPs (« test d’éviction ») jusqu’à réduction des symptômes. La personne devra tenir un journal alimentaire afin de noter ce qu’elle mange, établir sa douleur, noter la qualité de son transit intestinal, etc…
Cette phase dure environ 3 à 6 semaines.

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2 – La réintroduction progressive de chacun des FODMAPs

Ensuite, il faudra réintroduire progressivement chaque sucre pour cibler si une famille de sucres est plus impliquée dans la douleur. L’objectif est d’identifier ceux qui peuvent être tolérés par la personne, et ceux qui provoquent des douleurs abdominales. Car c’est là l’une des difficultés de ce régime. Un des sucres des FODMAPs aura un effet désastreux sur un patient, alors que sur un autre patient, ce même sucre n’aura aucun effet et sera très bien toléré. Cette phase demande également de tenir un journal alimentaire. La réintroduction de chaque FODMAP se fait sur 3 jours, à des doses croissantes.

3 – L’adaptation de l’alimentation

Chaque patient aura un régime personnalisé selon les sucres des FODMAPs qu’il tolère et ceux qu’il ne peut supporter. C’est bel et bien du cas par cas, le patient s’approprie ce régime en fonction de ses tolérances personnelles.

Cette stratégie est difficile à établir tout seul. Il est essentiel de s’entourer de professionnels de santé, notamment les diététiciennes. Il est en outre possible d’avoir accès à divers outils pour identifier les aliments riches ou non en FODMAPs.

Sources

– Gearry et al., « Reduction of dietary poorly absorbed short-chain carbohydrates (FODMAPs) improves abdominal symptoms in patients with inflammatory bowel disease-a pilot study », J Crohns Colitis, 2009, 3(1), p. 8-14.
– Shepherd and Gibson, « Personal view: food for thought–western lifestyle and susceptibility to Crohn’s disease. The FODMAP hypothesis », Aliment Pharmacol There., 2005, 21(12), p. 1399-1409.
– Shepherd and Gibson, « Evidence-based dietary management of functional gastrointestinal symptoms: The FODMAP approach », J Gastroenterol Hepatic., 2010, 25(2), p. 252-8.
– Shepherd et al., « Short-chain carbohydrates and functional gastrointestinal disorders »,  The American Journal of Gastroenterology, 2013, 108, p. 707-717.
– Shepherd et al., « Fructose Malabsorption and Symptoms of Irritable Bowel Syndrome: Guidelines for Effective Dietary Management », J Am Diet Assoc, 2006,  106, p. 1631-39.
– Staudacher et al., « Comparison of symptom response following advice for a diet low in fermentable carbohydrates (FODMAPs) versus standard dietary advice in patients with irritable bowel syndrome », J Hum Nutr Diet, 2011, 24, p. 487-9.
– Biesiekierski et al., « No effects of gluten in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates », Gastroenterology, 2013, 145, p. 320-8.
– Barrett et Gibson, « Development and validation of a comprehensive semi-quantitative food frequency questionnaire that includes FODMAP intake and glycemic index », J Am Diet Assoc, 2010, 110(10), p. 1469-76.
CERIN.
– Sabaté, Régimes et syndrome de l’intestin irritable, post’u., 2015, p. 213-219.

Raphaelle Santarelli

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