Ce siècle marque un tournant en termes d’épidémiologie pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) et on observe une forte augmentation de leur incidence. Plusieurs facteurs sont évoqués : les facteurs environnementaux, humains et génétiques mas aussi la dysbiose intestinale. Les connaissances sur le microbiote ont en effet fortement progressé ces dernières années et la dysbiose est indiscutable chez les patients souffrant de MICI. L’intérêt des probiotiques dans le traitement des MICI est donc fort. Un point s’impose !

L’intérêt des probiotiques dans le traitement des MICI

Dysbiose intestinale et MICI

On parle de dysbiose intestinale lorsque des anomalies qualitatives du microbiote sont observées. Ces dysbioses pourraient être l’une des clés de compréhension de plusieurs maladies digestives dont les MICI. Dans les MICI, il s’agit principalement d’une augmentation de bactéries anaérobiques de la famille des Enterobactéries. Cette dysbiose est associée à une prolifération de mycobactéries (Baisdiomycètes, Ascomycètes et Candida albican), de virus et d’helminthes (vers parasitaires intestinaux).

Ainsi, le rééquilibrage de la dysbiose reste la première piste d’intérêt dans l’utilisation des probiotiques dans le traitement des MICI.

Probiotiques

Les probiotiques sont « des micro-organismes, qui ingérés vivants exercent une influence positive sur la santé ou la physiologie de l’hôte ». Leurs modes d’action sont complexes car ils contiennent de nombreux principes actifs. Les probiotiques peuvent agir directement sur l’écosystème intestinal (dysbiose) mais aussi indirectement en réduisant l’hyperperméabilité intestinale (omniprésente au cours des MICI) ou en diminuant l’inflammation.

L’ensemble de ces propriétés en font des outils thérapeutiques d’importance pour les MICI.

Mais aussi nutrition, prébiotiques et greffe fécale

En matière de nutrition, les laits fermentés (yaourt utilisant des souches spécifiques de probiotiques) sont intéressants (même si leurs impacts restent difficiles à évaluer). Les fibres sont des composants nutritionnels à part entière. Dans un contexte thérapeutique, ces fibres sont des substrats nutritifs du microbiote ; elles peuvent donc complémenter l’alimentation sous forme de prébiotiques pour améliorer la dysbiose intestinale.

La greffe fécale est un médicament. En situation de dysbiose avérée comme c’est le cas dans les MICI, elle est évoquée comme outil thérapeutique.

Transplantation de microbiote fécal : des espoirs permis pour la maladie de Crohn ?

Les probiotiques dans le traitement des MICI ?

Quelles souches ?

Dans la littérature scientifique, 3 probiotiques sont étudiés et présentés pour leur intérêt dans le traitement des MICI :

VSL#3

Ce probiotique est un mélange de 4 souches de lactobacilles, 3 souches de bifidobactéries et d’un Streptococcus salivarus thermophilus.

Escherichia coli Nissle 1917

Il s’agit d’un Escherichia coli de sérotype bien défini, non pathogène.

Saccharomyces boulardii

Cette levure probiotique est communément utilisée lors de diarrhées post antibiothérapie ou en prévention des rechutes des infections liées à Clostridium difficile.

Pour limiter les périodes de poussée ou de crise

Les probiotiques n’ont pas vocation à remplacer les traitements mais plutôt à les potentialiser.

Les MICI regroupent la Maladie de Crohn (MC) et la Rectocolite Hémorragique (RCH). L’association de mésalazine et de probiotiques en prise quotidienne suggère une diminution de la fréquence des poussées en période quiescente (« tranquille »). Pour la maladie de Crohn, ces résultats ont été observés avec Saccharomyces boulardi mais doivent être confirmés.

Et pour la Rectocolite Hémorragique, plusieurs souches ont été testées : E. coli Nissle 1917, S. boulardi avec des niveaux de preuve suffisants pour envisager l’utilisation des probiotiques sélectionnés conjointement au traitement afin d’allonger les périodes de rémission.

En prévention des pochites (ou pouchites)

Les pochites (ou pouchites) sont la troisième MICI ; il s’agit en fait de l’une des conséquences du traitement chirurgicale de la RCH. Elles se caractérisent par une diminution des bifidobactéries et des lactobactéries dans le microbiote de ces malades. La prise quotidienne de VSL#3 a permis de traiter 85% de cette diminution bactérienne !

Ainsi, les probiotiques ne sont pas encore la solution miracle pour toutes les MICI mais les niveaux de preuve sont suffisants en cas de RCH ou de pochites pour envisager des périodes de rémission plus longues et donc une amélioration de la qualité de vie de ces malades.

Non, les probiotiques ne sont pas efficaces chez tout le monde !

Sources

– TaoZuo et Siew C. Ng, « The Gut Microbiota in the Pathogenesis and Therapeutics of Inflammatory Bowel Disease », Front Microbiol., 2018, 9 : 2247,
– Francisca Joly et al., « Lien entre les probiotiques et le microbiote – vision du clinicien », Cahiers de nutrition et de diététique, 2017, 52S, S5-S12,
– Claudio De Simone, « Contrôles qualité et réglementation des probiotiques, pourquoi une évolution est nécessaire et indispensable », Hegel, 2018, vol. 8, n° 1,
– Marc Girardin, Jean-Louis Frossard, « Place des probiotiques dans le traitement des maladies inflammatoires intestinales », Rev Med Suisse, 2012, vol. 8, 16741678,
– Marie-Astrid Piquet et al., « 
Traitements nutritionnels au cours des MICI – où en est-on ? », Gastroentérologie Clinique et Biologique, 2006, vol. 30, n° 2, 262-271,
– Harry Sokol, Philippe Seksik, Philippe Marteau, « Probiotiques et MICI », Hépato-Gastro, 2007, vol. 14, numéro spécial.

Séverine Gailler-Legendre