L’immuno-oncologie : un nom barbare néanmoins plein de sens et porteur d’espoir pour la prise en charge des patients atteints de cancer. L’immuno-oncologie, ou immunothérapie pour le cancer, c’est soigner le cancer par le système immunitaire du patient. Il s’agit là d’une nouvelle thérapie qui pourrait bien révolutionner la prise en charge des patients atteints de cancer.

L’immuno-oncologie a déjà fait ses preuves pour la rémission du cancer des poumons.

En 2012, M. Cochrane apprend qu’il a un cancer du poumon à un stade déjà bien avancé. Et le pessimisme des médecins est justifié : plus de 20 petites tumeurs sont retrouvées dans tout le corps. La chimiothérapie qui avait été instaurée a été stoppée, car son cancer était trop invasif et agressif. « En gros, je suis rentré chez moi pour mourir», a souligné Lorne Cochrane.

On lui propose alors de tester une nouvelle thérapie, dans le cadre d’un essai clinique. Sans espoir face à l’état avancé de son cancer, il accepte cette proposition, et suit cette fameuse nouvelle thérapie, l’immuno-oncologie. Aujourd’hui, il est en rémission et a été sauvé de son cancer.

En quoi consiste cette thérapie porteuse d’espoir ?

L’immunothérapie est une thérapie récente (année 2010) qui utilise le système immunitaire du patient. Les cellules immunitaires (qui protègent normalement l’organisme contre les corps étrangers notamment) sont utilisées pour attaquer les cellules cancéreuses et les détruire.

4 grands principes

1 – Ciblage des cellules immunitaires avec des médicaments : on sélectionne de façon préférentielle certaines cellules immunitaires.
2 – Rupture de la tolérance de ces cellules vis-à-vis des cellules cancéreuses : on stimule les cellules immunitaires pour qu’elles s’attaquent spécifiquement aux cellules cancéreuses, et préservent ainsi les cellules normales.
3 – Stimulation de ces cellules pour détruire les cellules cancéreuses.
4 – Mise en mémoire des cellules immunitaires : étape innovante et finalement pleine de sens : les traitements immuno-oncologiques donnent aux cellules immunitaires une mémoire de long terme. Il en résulte une possible adaptation du système immunitaire en cas de récidive. Ceci assure une réponse durable et à long terme contre le cancer.

Il s’agit donc là d’un traitement qui cible les cellules immunitaires en priorité pour qu’elles se retournent vers les cellules cancéreuses. L’immuno-thérapie est en ce sens innovante, comme le souligne Sebastian Amigorena, directeur du laboratoire Immunologie et cancer  (Inserm/Institut Curie) et directeur du Centre d’Immunothérapie des cancers de l’Institut Curie : « Désormais le cancer n’est plus uniquement vu comme une maladie des gènes, mais aussi comme une maladie de l’organisme, de l’environnement de la tumeur et du système immunitaire. »

Une thérapie à l’essai

Actuellement, cette thérapie est testée à la fois en mono-thérapie (c’est-à-dire sans autre moyen de lutter contre le cancer) ou associée avec des thérapies plus anciennes.

Les médicaments utilisés dans le cadre de l’immuno-thérapie ont reçu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour traiter le cancer comme le mélanome, les cancers du poumon non à petites cellules ainsi que le cancer du rein.

Cette thérapie nouvelle demande encore un travail d’investigation. L’Institut Gustave Roussy explore cette thérapie depuis 2010, avec plus de 80 essais cliniques en cours début 2017 et 1 600 patients traités depuis 2010.

Des effets secondaires davantage maîtrisables

Comme tout type de soin, cette thérapie n’est pas sans effet secondaire, hélas. Du fait de l’activation des cellules immunitaires, il est possible que ces cellules s’activent contre des cellules normales de l’organisme. Il en découle des réactions inflammatoires ou des symptômes auto-immuns, qui ne durent que le temps du traitement. Ces effets secondaires sont donc d’une part réversibles, et d’autre part plus facilement maîtrisables que d’autres thérapies actuelles.

Cette thérapie semble donc plus douce et les effets secondaires moins importants que la chimiothérapie par exemple. Au-delà de ces effets secondaires, on pourrait donc supposer que la personne est moins ébranlée d’un  point de vue psychologique. Si la chimiothérapie est souvent mal vécue (perte de cheveux, perte d’appétit, nausées, etc…), l’immunothérapie pourrait être une alternative moins violente pour la prise en charge des patients.

Comme cette thérapie est  encore nouvelle, il y a encore peu de connaissance sur les effets secondaires. L’institut Gustave Roussy, qui teste actuellement cette thérapie, a mis en place un réseau de médecins spécialisés pour la prise en compte des effets secondaires selon la localisation constatée. Les patients eux-mêmes peuvent également déclarer directement les effets secondaires auprès de l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et produits de sant » (ANSM). Ceci est vraiment important car cela perettra de mieux maîtriser par la suite cette thérapie.

Pour quels types de cancers ?

L’institut Gustave Roussy a démontré que certains anticorps sélectionnés dans l’immunothérapie sont efficaces pour le mélanome métastatique, sur certains types de cancers du poumon, le cancer de la prostate, le cancer du rein ou le cancer de la vessie. Actuellement, les études montrent que l’activité de ces médicaments serait possible dans d’autres types de cancers : cancer ORL, cancer de la peau, cancer de mésothélium (dit cancer de l’amiante), des ovaires, de la thyroïde, etc…

Les cancers ORL

Ces cancers ont un mauvais pronostic car ils s’étendent et récidivent plus que les autres cancers. Dans ce cas, l’immunothérapie peut être bénéfique. Pour l’instant, le traitement est d’abord la chirurgie et la radiothérapie doublée depuis une dizaine d’années d’une chimiothérapie, pour les cancers avancés. Cependant, plusieurs études ont montré que cette chimiothérapie en plus apportait peu de bénéfice contre la maladie. L’immunothérapie, ici, peut être bénéfique.

Les cancers digestifs

Les tumeurs qui présentent un grand nombre de mutations sont particulièrement immunogènes c’est-à-dire qu’elles peuvent provoquer une réaction immunitaire. C’est le cas de certains cancers digestifs, le cancer du poumon ou les mélanomes. C’est ainsi que plusieurs pistes de traitements d’immunothérapie sont à l’étude pour traiter certains cancers digestifs, au premier rang desquels les cancers de l’estomac, du canal anal et colorectal. Ces traitements ont déjà changé complètement la donne pour certains patients atteints d’autres types de cancers. « L’immunothérapie est aussi très prometteuse pour les cancers digestifs, surtout lorsque les tumeurs ont des profils génétiques très instables », détaille le Dr Wulfan Cacheux de l’Institut Curie.

Cette thérapie est-elle actuellement utilisée ?

En Europe, plusieurs traitements immuno-oncologiques sont en cours d’approbation pour leur utilisation chez des patients atteints d’un mélanome de stade avancé en cas de cancer du poumon, du cancer colorectal, du cancer hépatique, ou encore du cancer de la prostate. De nombreux autres traitements sont en cours d’étude dans le cadre d’essais cliniques et pourraient être mis à la disposition des patients au cours des années à venir. Toutefois, chaque pays d’Europe a son propre système d’admission au remboursement et de prix des nouveaux médicaments, c’est pourquoi certains traitements immuno-oncologiques pourraient être accessibles dans certains pays plus rapidement que dans d’autres.

Des questions en suspens

Cette thérapie est récente, innovante, et sera sûrement l’une des thérapies les plus utilisées dans les années à venir. Néanmoins, un certain nombre de questions restent en suspens. Par exemple, les traitements immuno-oncologiques n’agissent pas chez tous les patients, et de nombreuses études essaient de comprendre ce qui entraîne la réponse à un traitement particulier chez un patient donné. D’autres questions surviennent également : quels sont les mécanismes mis en jeu ? Comment limiter les effets secondaires ? La récidive est-elle réellement envisageable ? Y aura-t-il un intérêt à associer cette thérapie à des thérapies plus anciennes ou suffira-t-elle à elle seule ?

Bref, de nombreuses questions, de belles perspectives d’avenir pour contrer le cancer, et un réel espoir pour les patients !

Sources

Bel Âge
Gustave Roussy.
Institut Curie.
– Unicancer.
France Lymphome Espoir.
Le Quotidien du Médecin.

Raphaelle Santarelli