La vieillesse est un processus normal dans notre évolution. Nos cellules vieillissent et notre microbiote aussi, laissant ainsi s’installer des bactéries qui évoluent en maladie chronique voire en cancer. Mais quels liens existe-t-il entre microbiote intestinal et cancer ?

Influence du microbiote sur le vieillissement et inversement

Selon un rapport de la Ligue contre le cancer, « compte tenu des évolutions démographiques, et notamment du vieillissement de la population : on estime qu’en 2050, 1 cancer sur 2 surviendra chez des personnes âgées de 75 ans et + (contre 1cancer sur 3 en 2015)».

Ces chiffres montrent bien que vieillir signifie pour beaucoup être malade. Depuis quelques années des études ont montré une corrélation entre le processus de vieillissement et l’état de notre microbiote. Ainsi des chercheurs de la Western University et du Lawson Research Institute à London au Canada ainsi que du Tianyi Health Science Institute à Zhenjiang en Chine ont étudié les bactéries intestinales provenant d’une cohorte de plus de 1000 Chinois âgés de 3 à 100 ans, en bonne santé. Les résultats de l’étude ont montré une corrélation directe entre la santé des participants et le microbiote intestinal. Dans un communiqué de presse, le Pr Gregor Reid de la Western University de l’étude, posait tout à fait logiquement la question : « est-ce le fait de bien vieillir qui est influencé par vos bactéries intestinales ? ». D’autres études pourraient peut-être répondre à cette question.

Pour aller plus loin :

Tout savoir sur le microbiote intestinal

Acides gras et longévité

On sait que le microbiote agit sur les fonctions digestives. Mais qu’il régule aussi l’équilibre entre bactéries commensales (participant activement au maintien de la santé), et pathogènes. Le microbiote contribue en outre au maintien de l’intégrité de la barrière intestinale en stimulant la production de mucus, en produisant des acides gras à chaîne courte (AGCC). Ce sont ces acides gras qui contribueraient à la longévité du sujet.
Les études montrent que les sujets âgés fragiles ont moins de bactéries productrices d’AGCC. Ce qui entraîne une moindre protection de l’intégrité de la muqueuse intestinale. Et favorise une plus grande perméabilité du tractus digestif aux substances bactériennes pro-inflammatoires et tumorigènes chez les sujets âgés ou obèses. En bref, moins vous avez d’AGCC plus vous avez de risques de développer un cancer, a contrario plus vous en avez plus vous avez de chances d’être centenaire !

L’inflammaging

Avec l’âge, les cellules commensales auraient tendance à diminuer. Mais on remarque également que l’inflammation chronique de bas grade ou inflammaging, perturbe le système immunitaire favorisant ainsi la prolifération des cellules cancéreuses. Mais ce n’est pas tout ! La paroi intestinale joue également un rôle important. En effet, cette paroi est constituée de bactéries mais elle est protégée par des lymphocytes T qui assurent l’immunité d’une personne.

La dysbiose intestinale

Lorsque ces lymphocytes n’agissent plus, le mucus de la paroi est détruit favorisant ainsi l’introduction et l’expansion des virus dans l’organisme, c’est ce qu’on appelle la dysbiose intestinale. « Le virus prépare le terrain, la bactérie profite des dégâts. Elle consomme les sucres laissés disponibles par la malabsorption, produit des graisses et encombre le foie, baisse l’immunité en générant une inflammation chronique, signal d’alerte de l’organisme qui tente de se défendre,  et… favorise la réinfestation virale et la fragilité immunitaire ». En attaquant les lymphocytes, mais aussi des cellules qui participent à la protection du sujet contre les cellules cancéreuses (macrophages, par exemple), l’inflammaging participe à un processus de réduction de la vigilance du système immunitaire vis-à-vis des cellules cancéreuses.

Cure de jouvence au microbiote ?

Des interventions sur le microbiote intestinal pourraient réduire l’inflammation. Et aussi ramener les fonctions immunitaires vers un profil plus proche de personnes plus jeunes. De façon à limiter le risque de cancer chez les sujets âgés fragiles. 

Certaines recherches vont dans ce sens. Elles souhaitent offrir une cure de jouvence aux malades âgés. Des chercheurs ont montré qu’en mêlant la circulation sanguine de deux souris, une vieille et une jeune, la vieille « rajeunissait », autrement dit perdait les dégradations dues à l’âge. Seul problème : la jeune vieillit.

Sources

–  La Ligue contre le Cancer, « Observatoire sociétal des cancers »,
Creapharma,
– Biragyn A and Ferrucci L., « Gut dysbiosis: a potential link between increased cancer risk in ageing and inflammaging. », The Lancet Oncology, 2018, 19(6), e295–e304.
Passeport Santé,
Le Monde.

Léa Coulanges

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