La recherche essaie d’élucider depuis des années déjà le rapport entre le déséquilibre du microbiote et le syndrome de l’intestin irritable. En novembre la revue Neurogatroenterology & Motility a actualisé les informations que nous vous avions communiqué sur ce sujet. Les probiotiques reviennent sur le devant de la scène… Explications.

Déséquilibre du microbiote et syndrome de l’intestin irritable

La dysbiose intestinale, ou déséquilibre, est maintenant avérée dans la physiopathologie du SII. Pour rappel, la maladie se déclare chez 10% des malades après un épisode infectieux (SII Post-Infection). Une seconde preuve de la dysbiose dans le SII est la présence dans les selles des malades de marqueurs immunitaires spécifiques de bactéries pathogènes. Enfin, les études se multiplient démontrant la variation quantitative et qualitative du microbiote fécal des malades SII par rapport aux témoins sains.

La principale signature de la dysbiose typique du SII est l’augmentation du ratio entre les phyla Firmicutes/Bacteroides. Les espèces bactériennes pro-inflammatoires comme Enterobacteraicea sont plus abondantes tandis que les Lactobacillus ou les Bifidobacterium sont diminuées.

Les bactéries du genre Ruminococcus sont abondantes chez les patients SII ; ce pourrait être un biomarqueur de la maladie.

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est une maladie chronique qui empoisonne la vie des malades. Parlons-en !

Les probiotiques au secours d’un microbiote déséquilibré chez les patients SII ?

Les probiotiques sont « des micro-organismes vivants, qui administrés dans les quantités adéquates apportent des bénéfices santé à leur hôte » (définition FAO). Plusieurs mécanismes sont aujourd’hui proposés pour expliquer les interactions et les mécanismes d’action qui entrent en jeu.

En 2018, l’équipe du professeur Keren Hod a décidé d’étudier l’administration d’un mélange spécifique de probiotiques (BIO25) sur une population de 107 femmes souffrant de SII-D. Même si cette étude n’a pas permis de conclure sur l’effet thérapeutique des probiotiques, elle a permis d’identifier des facteurs de prédiction très intéressants. Les sujets ayant constaté une diminution de la douleur et des ballonnements avaient une « signature » particulière de leur microbiote fécal.

L’efficacité des probiotiques en traitement du SII pourrait donc être déduite de certains facteurs prédictifs grâce à l’analyse du microbiote fécal.

Les probiotiques seraient donc une alternative thérapeutique d’intérêt pour les malades SII en vue de corriger la dysbiose. Plusieurs souches de Ruminococcus ou de Lactobacillus ont été testées ; les résultats sont encourageants mais ils demeurent insuffisants pour tirer des conclusions. D’autres études doivent encore être menées.

Non, les probiotiques ne sont pas efficaces chez tout le monde !

Quels sont les modes d’action des probiotiques chez les malades SII ?

Les probiotiques peuvent agir sur plusieurs mécanismes physiopathologiques du SII : la modulation de la motilité intestinale, la réduction de l’hypersensibilité viscérale, la perméabilité intestinale, la réponse immunitaire, la communication de l’axe cerveau-intestin ou la dysbiose intestinale. Le professeur Vassilia Théodorou nous a fourni des explications et des pistes sur les probiotiques efficaces sur la perméabilité et l’hypersensibilité viscérale (Lactobacillus farciminis et Lactobacillus platarum WCFS). D’autres souches de Lactobacillus mais aussi Escherichia coli Nissle 1917 auraient une action anti-inflammatoire voire, pour cette dernière, rétablirait la barrière intestinale.

Récemment la souche Bifidobacterium longum NCC3001 a démontré une efficacité sur les scores de dépression (mais pas d’anxiété) de patients SII-D confirmant ainsi l’importance de l’axe cerveau-intestin dans cette maladie.

Peut-on prédire l’efficacité d’un traitement probiotique ?

Au final, peu d’études ont permis d’identifier des souches qui répondent aux besoins thérapeutiques du SII. L’effet placebo est à chaque fois avancé comme explication mais une autre explication, plus proche de la réalité de la maladie, est l’hétérogénéité tant physiopathologique que clinique du SII.

Le sous-type de SII (Diarrhées, Constipation, Mixte ou Indéfini) devrait permettre de mieux cibler les souches appropriées. D’autres critères tels que les traitements (anti-diarrhéique, laxatif ou séquestrant des acides biliaires) doivent pris en considération. Enfin, des biomarqueurs de la dysbiose doivent être intégrés pour identifier les malades ayant le plus de chance de répondre au traitement probiotique.

Récemment, le régime alimentaire a fait son introduction dans l’arsenal thérapeutique du SII. Certains malades ne répondent pas au régime pauvre en FODMAPs. L’analyse de leur microbiote fécal avant la mise en place du régime montre que les bactéries Streptococcus, Dorea et Ruminococcus gnavus sont très abondantes. Ce « profil » pourrait être un facteur prédictif avant tout changement alimentaire du malade.

Quand on souffre de SII, on ne peut se contenter d’un traitement « Prêt-à-porter »… C’est de la « Haute Couture », du « Sur-Mesure » dont on a besoin !

Du même auteur :

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Sources

– Barbara et al.« Probiotics in irritable bowel syndrome- Where are we ? », Neurogastroenterol Motil., décembre 2018, 30 (12),
– Hod et al.« The effect of a multispecies probiotic on microbiota composition in a clinical trial of patients with diarrhea‐predominant irritable bowel syndrome », Neurogastroenterol Motil., décembre 2018, 30 (12),
– Ford  et al.« Systematic review with meta-analysis: the efficacy of prebiotics, probiotics, synbiotics and antibiotics in irritable bowel syndrome. », Aliment Pharmacol Ther., novembre 2018, 48 (10), 1044-1060,
– Le syndrome de l’intestin irritable – Comment l’identifier et le combattre ? Severine Gailler Legendre, Jonathan Epaillard,
Comment suivre une alimentation sans FODMAPs sans galérer ? Béatrice Housez-fevrier.

Séverine Gailler-Legendre, diététicienne WeCook