Le verdict est tombé : la consommation d'édulcorants est nocive pour le microbiote intestinal

La publication d’une étude portant sur 6 édulcorants tourne en boucle sur les réseaux depuis fin septembre : la consommation d’édulcorants est nocive pour l’équilibre de notre microbiote intestinal !

Édulcorants et microbiote intestinal ne font (vraiment) pas bon ménage

Dans cette étude, portée par une équipe mixte Israël-Singapour, les effets de 6 édulcorants ont été testés sur des bactéries. Ces 6 édulcorants intenses (aspartame, sucralose, saccharine, neotame, advantame et acesulfame K) et 10 produits alimentaires pour sportifs contenant ces édulcorants ont été mis en contact avec des souches d’Escherichia coli, une bactérie caractéristique du microbiote intestinal. Au moyen d’un système de luminescence implanté dans la bactérie, les chercheurs ont pu observer une modification du comportement de ces dernières en présence des édulcorants.

Sans discuter les résultats de l’étude, ni les potentiels effets délétères des édulcorants sur le microbiote et la santé en général, voici quelques clés pour comprendre cette étude et la communication qui l’entoure :

1 – Des édulcorants présents dans votre assiette

Les 6 édulcorants testés sont des composés autorisés dans l’alimentation humaine aussi bien aux Etats-Unis (via l’agence de santé américaine (FDA)) qu’en Europe. La réglementation européenne autorise leur utilisation comme additifs alimentaires dans divers produits de consommation courante.

2 – Des édulcorants testés selon une dose journalière acceptable (DJA)

Ces édulcorants ont été testés à des doses correspondants à la dose journalière acceptable (DJA). Cette dose, déterminée en Europe par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et basée sur les connaissances scientifiques actuelles, est propre à chaque composé. Comme son nom l’indique, elle représente une dose journalière, donc susceptible d’être consommée par l’apport de différents aliments tout au long de la journée. Dans le cadre de cette étude, la quantité d’édulcorant utilisée était définie à partir de la DJA.

3 – Des seuils qui diffèrent selon l’édulcorant

Cette DJA diffère selon les édulcorants et les pays. Elle est ainsi plus élevée aux Etats-Unis pour l’aspartame, la saccharine, l’advantame et l’acesulfame K mais à l’inverse plus faible pour le sucralose et le neotame, comparativement aux quantités autorisées en Europe.

4 – Une seule souche bactérienne à l’étude…

Une seule souche bactérienne a été étudiée ici, alors que le microbiote intestinal comporte plus de 160 espèces identifiées. La santé de notre microbiote dépend de l’équilibre entre toutes ces espèces.

5 – …Mais une souche permettant de signaler la présence d’édulcorants

Enfin, au-delà des données portant sur la toxicité des édulcorants vis-à-vis de la souche bactérienne, les chercheurs mettent en avant l’intérêt de cette souche, modifiée dans le cadre de l’étude, comme marqueur de la présence d’édulcorants dans des aliments ou dans l’environnement.

LQDP avait déjà signalé l’impact d’un édulcorant sur la maladie de Crohn :

Maladie de Crohn : quand le sucralose (un édulcorant) passe à table

Sources

– Harpaz D, Yeo LP, Cecchini F, Koon THP, Kushmaro A, Tok AIY, Marks RS, Eltzov E., « Measuring Artificial Sweeteners Toxicity Using a Bioluminescent Bacterial Panel », Molecules, septembre, 23 (10).
– FDA, « Additional Information about High-Intensity Sweeteners Permitted for Use in Food in the United States ».
– Commission Européenne, « Sugars and Sweeteners ».

Béatrice Février