Depuis le 15 septembre, la téléconsultation permet à tous patients une consultation à distance de votre généraliste ou d’un spécialiste. Petit mode d’emploi.

La téléconsultation, c’est quoi exactement ?

La téléconsultation, c’est la possibilité de consulter son médecin via un ordinateur de chez soi. Le médecin est dans son cabinet, vous êtes chez vous. Plus de déplacements, d’attente. Quand on est franchement malade ou que se déplacer devient un problème, c’est un confort certain pour le patient. Si vous habitez dans une région, où le médecin généraliste le plus proche est à 50 km : la télémédecine est un progrès certain !

La téléconsultation : quelles réserves ?

Si vous préférez un vrai contact, ce n’est pas avec la téléconsultation que vous l’aurez. Parler d’un problème très personnel via un écran peut ne pas s’avérer très aisé. Comment être sûr qu’il n’y a personne autour du médecin (secrétaire, etc.) ?

La télémédecine permettra-t-elle à certains spécialistes, dont le carnet de rendez-vous est complet jusqu’en 2019, par exemple, de réduire le délai de consultation ? Oui, car selon la DRESS, la durée moyenne d’une consultation chez le médecin généraliste est de 16 minutes, alors que celle d’une téléconsultation est estimée à 10 minutes.

Enfin, petit détail technique, il faut avoir un ordinateur chez soi. Les ménages équipés en France représentent 73 % de la population. L’INSEE est plus précise : selon cet institut seulement un quart des 75 ans ou plus ont un ordinateur.

Qui choisit entre le médecin et le patient la téléconsultation ?

Très clairement, c’est le médecin qui peut vous proposer une téléconsultation. « … toutes les situations médicales peuvent donner lieu à la téléconsultation. Cependant, cette proposition relève de la seule décision du médecin (médecin traitant, médecin en accès direct ou médecin correspondant, selon les cas) qui doit juger de la pertinence d’une prise en charge médicale à distance plutôt qu’en face à face. » (2).

Oui mais…

Le médecin et le patient doivent donc être d’accord pour cette consultation à distance. Cela suppose donc que c’est le médecin qui a le dernier mot. Que fait le patient s’il n’est pas d’accord avec la décision du médecin ?

Quelles sont les exceptions à la téléconsultation ?

Quatre exceptions sont posées à la téléconsultation. L’accès direct spécifique à certaines spécialités (gynécologie, ophtalmologie, stomatologie, chirurgie orale ou en chirurgie maxillo-faciale, psychiatrie ou neuropsychiatrie et pédiatrie) ; les moins de 16 ans ; les situations d’urgences et enfin les patients sans médecin traitant (ou indisponible). Dans ce dernier cas, la téléconsultation pourra s’appuyer sur les organisations territoriales en place (CPTS, équipes de soins primaires, maisons et centres de santé).

Au niveau technologique, seules deux exigences sont posées : le recours à un échange vidéo et la connexion à une solution sécurisée.

On peut donc consulter un spécialiste à l’autre bout de la France sans se déplacer ?

Selon le site Ameli, « Tout médecin peut recourir à la téléconsultation, quels que soient : sa spécialité, son secteur d’exercice (secteur 1, secteur 2) et son lieu d’exercice, en ville ou en établissement de santé (cabinet de ville, maison de santé pluriprofessionnelle, centre de santé, Ehpad, hôpital, clinique…). Elle est réalisable partout en France métropolitaine et dans les départements et régions d’outre-mer.» 

Imaginez : vous souhaitez consulter LE grand spécialiste qu’on vous a conseillé pour votre pathologie. Celui-ci consulte à Montpellier, vous habitez à Lille. Une téléconsultation ? Oui, ce serait vraiment plus pratique. Surtout si vous voulez juste la confirmation d’un diagnostic qui a déjà été posé.

Un médecin peut même venir directement à la maison :

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D’autres freins à la téléconsultation ?

Les médecins ne sont pas beaucoup aidés pour s’équiper : 350 euros pour la vidéotransmission et l’abonnement aux plateformes ; et 175 euros pour les appareils médicaux connectés. Tous les médecins ne proposeront donc pas tout de suite une téléconsultation !

Toujours selon Ameli, il faut que le médecin téléconsultant vous connaisse ce qui implique que vous ayez eu au moins une consultation physique avec lui (cabinet, domicile patient ou établissement de santé) au cours des 12 derniers mois précédant la téléconsultation.

La téléconsultation est ouverte à tous, c’est vrai mais il existe quand même des restrictions afin d’éviter tout abus. Ainsi, les « téléconsultations remboursées s’organiseront « dans le parcours de soins coordonné », ce qui signifie l’orientation initiale par le médecin traitant (quand ce n’est pas lui-même qui téléconsulte) et une connaissance préalable par le praticien qui réalise la téléconsultation. L’objectif est clair : exclure de la prise en charge Sécu les conseils, avis et consultations à distance. » 

Aura-t-on une augmentation du tarif des consultations ?

Le Dr Jérôme Marty (UFML Syndicat) répond très clairement à cette question. « La télémédecine, outil demain incontournable, n’amène aucune augmentation tarifaire pour le médecin généraliste, le tarif de base est toujours à 25 euros, pour une augmentation de la responsabilité inhérente à ce type d’exercice ». On le voit, les dent grincent du côté des syndicats.

Source : Le Quotidien du Médecin

Que pensent les médecins de la téléconsultation ?

Voici quelques réactions des syndicats.

« Certes, 80 % des médecins sont réticents au changement mais je suis convaincu que l’ancrage de la télémédecine prendra beaucoup moins de temps que d’autres innovations comme le dossier médical partagé », lance, un brin ironique, le Dr Claude Bronner, président d’Union Généraliste (une des trois branches catégorielles de la Fédération des médecins de France (FMF). Le Dr Jean-Louis Bensoussan, secrétaire général de MG France (nom usuel de la Fédération française des médecins généralistes), croit à la dynamique. « Nous faisions déjà des téléconsultations mais l’avenant 6 et la rémunération associée donnent un cadre clair. Les médecins vont y aller… progressivement ». Selon une enquête de la MACSF, 73 % des médecins pensent que la télémédecine (comme la consultation classique) fera partie de leur quotidien professionnel en 2030.

Et qu’en pensent les patients ?

Selon une étude réalisée par BVA pour la société Zava (site de consultations médicales) en 2017, les Français sont habitués à certains actes par Internet mais la consultation reste une affaire de tête à tête. Ainsi, 51 % des Français ont déjà utilisé un service en ligne d’accès aux soins. Un Français sur trois a déjà pris un rendez-vous médical grâce à Internet, un sur quatre a acheté des médicaments en ligne (sans ordonnance) et, enfin, 3 % ont déjà consulté un médecin en ligne. 42 % des sondés se disent prêts à téléconsulter. Cela signifie donc que 58 % des Français ne sont pas encore prêts.

Les médicaments peuvent aussi venir directement à la maison :

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Quelles sont les garanties contre une utilisation des données de santé à des fins publicitaires ou marketing ?

Elie Lobel, directeur général d’Orange Healthcare, explique « Les données personnelles sont régulées par un règlement européen qui va entrer en pleine application en 2018 avec le Règlement Général de Protection de Données Personnelles (RGPD). En Europe, la France est un précurseur. En plus du RGPD, elle a une réglementation particulière pour la protection des données de santé. Les données appartiennent au patient (…)». Selon une étude sur l’impact du numérique dans le domaine de la santé de 2017, menée par le Digital Society Forum et l’Observatoire du Numérique BVA, les Français demandent une sécurité maximale et une garantie de l’anonymat si leurs données de santé sont partagées (80%). Ils restent méfiants vis-à-vis des grands acteurs d’Internet toujours en ce qui concerne leurs données de santé (87%), enfin ils ne sont pas favorables à la consultation par Internet (60%).

Les Français restent donc très méfiants vis-à-vis des grandes sociétés qui règnent sur Internet (les Gafa, c’est-à-dire Google, Apple, Facebook et Amazon). Beaucoup de promesses sur la sécurité des données ont été faites. Très peu ont été tenues. C’est peut-être pour cela que la méfiance s’est installée.

Sources

Le blog du Modérateur,
INSEE,
Ameli,
Le Quotidien du Médecin,
Le Parisien,
L’Usine digitale.

Léa Coulanges