Après le tabac, les maladies cardio-vasculaires, les cancers, et tant d’autres, un nouveau tueur en série se fait connaître du grand public : l’antibiorésistance.
Avec 5500 décès attribués chaque année à ce phénomène par an en France, 33000 en Europe et jusque 700000 à l’échelle mondiale, l’évolution actuelle laisse présager que la perte d’efficacité des antibiotiques deviendra l’une des premières causes de mortalité dans le monde en 2050 !
Mais qui est ce tueur jusqu’alors sous-estimé ?

Antibiotiques : première ligne de défense contre les infections bactériennes

A l’origine il y a des bactéries, dont certaines peuvent être nuisibles à l’homme en provoquant des infections : pneumonies, cystites, angine bactérienne, bronchites, méningites, septicémies …

Les antibiotiques sont des médicaments qui ont la capacité de bloquer le développement de ces bactéries, voire de les tuer. Il existe des antibiotiques actifs pour une seule bactérie ou un nombre restreint d’entre elles (ciblés ou à spectre restreint) et ceux qui peuvent agir sur un grand nombre de bactéries (à large spectre).

Attention ! Les antibiotiques ne sont efficaces que sur les bactéries, et n’ont aucun effet sur les virus et les champignons, qui peuvent eux-aussi être à l’origine de maladies.

Trop de médicaments à la maison : la solution est en nous !

On parle d’antibiorésistance lorsque les bactéries, ciblées par les antibiotiques, développent une résistance vis-à-vis de ces derniers. Les bactéries sont des organismes en constante évolution, capables de s’adapter à leur environnement. Au contact répété et prolongé des antibiotiques, elles développent des mécanismes de défense qui leur permettent de résister à ces traitements. Ce phénomène d’antibiorésistance est observé chez les bactéries responsables des infections mais également chez les bactéries naturelles de l’environnement et non pathogènes : les bactéries présentes dans notre organisme, mais également celles présentes chez les animaux (de compagnie, d’élevage) et dans l’environnement au sens large.

Antibiorésistance : pourquoi on pourrait perdre la bataille

Les 4 causes principales

Depuis la découverte de la pénicilline en 1928, l’usage des antibiotiques s’est largement répandu, pour l’usage humain, dans le traitement de maladies, mais également chez les animaux, comme moyen de traitement ou comme facteur de croissance (cet usage est interdit en Europe depuis 2006).

Plusieurs facteurs ont conduit à l’émergence de l’antibiorésistance :
– Un usage excessif et parfois inapproprié
– L’arrêt de production de certains antibiotiques
– La diminution de la recherche dans ce domaine
– La contamination de l’environnement
Chacun de ces cas a favorisé une exposition importante et régulière des bactéries aux mêmes antibiotiques, ce qui les a amenées à développer les mécanismes de défense à l’origine de l’antibiorésistance.

La fin des antibiotiques ?

Du fait du développement de l’antibiorésistance, les antibiotiques existants deviennent inefficaces et perdent leur capacité à nous soigner.
Les médecins, sont alors contraints d’en utiliser des toujours plus puissants, notamment dans les milieux hospitaliers plus exposés aux problèmes d’infections. Or l’usage régulier de ces antibiotiques plus puissants va entraîner à son tour une antibiorésistance…

Certaines souches bactériennes sont déjà multi-résistantes, c’est-à-dire résistantes à plusieurs antibiotiques et depuis une quinzaine d’années, les spécialistes voient émerger des souches hautement résistantes qui sont récalcitrantes à quasiment tous les antibiotiques existants !
Le risque extrême est donc de se retrouver dans des situations où les antibiotiques ne sont plus efficaces pour traiter les infections et où aucune autre alternative thérapeutique n’est disponible. Ceci conduirait à la situation où l’antibiorésistance deviendrait l’une des premières causes mondiales de mortalité.

Perspectives et moyens d’action

Rassurez-vous, il n’est pas pour autant question d’arrêter tout usage des antibiotiques !
Mais l’objectif actuel est de préserver son efficacité  le plus longtemps possible. Pour cela, plusieurs actions sont à portée de main :
Pour les patients
:
– Ne pas prendre d’antibiotiques sans prescription médicale justifiée
– Respecter les indications de traitement (posologie, fréquence des prises, durée du traitement, …)
Pour les médecins :
– Les prescrire dans les situations appropriées, en l’occurrence en cas d’infection bactérienne
– Choisir un antibiotique pertinent pour la bactérie ciblée
– Adapter le traitement, notamment la durée, au strict nécessaire
Le milieu scientifique travaille également de son côté pour lutter contre l’antibiorésistance en développant de nouvelles stratégies thérapeutiques, notamment par la recherche de nouveaux antibiotiques et le déploiement de la phagothérapie.

Les phages attaquent

 

Sources :

Site Ameli, Les antibiotiques sont souvent utilisés à tort https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/utiliser-medicaments/utiliser-antibiotiques

Site Ameli, Antibiorésistance https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/antibioresistance/antibioresistance

Site de la Commission Européenne, communiqué de presse « Interdiction des antibiotiques comme facteurs de croissance dans les aliments pour animaux », décembre 2005 http://europa.eu/rapid/press-release_IP-05-1687_fr.htm?locale=FR

Site Inserm, Résistance aux antibiotiques https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/resistance-antibiotiques

Site de l’Institut Pasteur, Résistance aux antibiotiques https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/resistance-aux-antibiotiques

Site du Ministère des Solidarités et de la Santé, L’antibiorésistance : pourquoi est-ce si grave ?  https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/les-antibiotiques-des-medicaments-essentiels-a-preserver/des-antibiotiques-a-l-antibioresistance/article/l-antibioresistance-pourquoi-est-ce-si-grave

Béatrice Février