Lors d’une hospitalisation, les patients en situation de faiblesse ou immunodéprimées peuvent être victimes d’une infection due à une ou plusieurs bactéries qui se propagent d’autant plus vite que les patients sont en situation de proximité. Si un traitement par antibiothérapie est en général suffisant, certaines bactéries développent une antibiorésistance.

L’antibiorésistance à l’hôpital, des inquiétudes fondées

L’antibiorésistance est un phénomène préoccupant contre lequel l’OMS a décidé de se mobiliser. En effet, la mauvaise utilisation de ces médicaments, surconsommation et surtout le mauvais usage, cause la mort de 700 000 personnes dans le monde chaque année dont 33 000 en Europe. La bactérie Klebsiella pneumoniae est un exemple de cette antibiorésistance inquiétante. Cette bactérie est commensale, c’est-à-dire qu’elle ne présente aucun danger lorsqu’elle se trouve dans son milieu naturel : le tube digestif et les voies aériennes de l’homme. Cependant, lorsque K. pneumoniae change de milieu et si la personne est hospitalisée donc fragilisée ou immunodéprimée, cette bactérie devient dangereuse voire mortelle. En parlant d’hôpital, une étude récente publiée dans le British Medical Journal concernant ladite bactérie a souligné que les hôpitaux constitueraient l’endroit où la transmission est la plus conséquente. Fait inquiétant lorsque l’on sait que cette bactérie a été responsable de 2094 morts en Europe en 2015, contre 341 en 2007.

Quand les bactéries prennent le pouvoir

Jusqu’en 2014, les patients étaient traités avec un antibiotique de dernière génération, les céphalosporines. Puis les scientifiques ont remarqué que K. pneumoniae résistait aux céphalosporines et ont donc administré des carbapénèmes, antibiotiques de dernier recours. Mais cette étude, menée sur 1700 échantillons de bactéries prélevés sur des patients de 244 hôpitaux dans 32 pays européens, souligne qu’une fois encore, K. pneumoniae résiste. Elle produit en effet des carbapénémases, des enzymes capables de résister à ces antibiotiques de derniers recours, les carbapénèmes. L’antibiorésistance a de quoi inquiéter les organismes de santé, d’autant plus que plus de cette bactérie semble se propager entre les patients d’un même hôpital : plus de 50% des prélèvements contenant des carbapénémases étaient particulièrement proches d’autres échantillons prélevés au sein d’un même hôpital. Conclusion ? Les bactéries se propageraient au sein d’un même hôpital…

Une autre bactérie qui donne du fil à retordre aux hôpitaux :

Les infections à Clostridium difficile, bête noire des hôpitaux

Pendant ce temps là, fabrication d’un antibiotique contre… l’antibiorésistance !

Alors que l’antibiorésistance ne cesse de progresser, cet été, le Pr Brice Felden et son équipe du laboratoire Inserm-Université de Rennes 1 avec une équipe de l’Institut des sciences chimiques de Rennes (ISCR) déclarait avoir potentiellement trouvé un nouvel antibiotique capable de lutter contre les bactéries résistantes et surtout qui ne déclenche pas de résistance.

« Tout est parti d’une découverte fondamentale en 2011, explique Brice Feldennous nous sommes rendu compte qu’une toxine fabriquée par les staphylocoques dorés dont le rôle était de faciliter l’infection était également capable de tuer d’autres bactéries présentes dans notre organisme. Nous avions ainsi identifié une molécule qui possédait une double activité toxique et antibiotique. Nous nous sommes dit que si nous arrivions à dissocier ces 2 activités, nous serions capables de créer un nouvel antibiotique dépourvu de toxicité sur notre organisme. Restait à relever ce challenge ».

Les peptidomométiques…

Les chercheurs ont ainsi créé une nouvelle famille de peptides bactériens synthétiques, appelés peptidomométiques. Parmi eux, deux peptides se sont révélés efficaces contre le staphylocoque doré et les pseudomonas aeruginosa résistants. Ces deux peptides montrent une très bonne tolérance mais aussi aucune toxicité sur les cellules humaines et animales testées. « Nous les avons testés à des doses 10 à 50 fois supérieures à la dose efficace sans observer de toxicité », précise Brice Felden. Et le professeur Felden de conclure : « Nous pensons que ces nouvelles molécules représentent des candidats prometteurs au développement de nouveaux antibiotiques, pouvant apporter des traitements alternatifs à la résistance aux antimicrobiens ». Une aventure à suivre car les essais cliniques de phase 1 chez l’homme n’ont pas encore commencé… Mais un antibiotique pour lutter contre l’antibiorésistance, n’est-ce pas un peu le serpent qui se mord la queue ?

La phagothérapie vous dit quelque chose ? Et l’utilisation de virus contre les bactéries résistantes ?

Les phages attaquent

Sources

– British Medical Journal,
Inserm,
Le Figaro Santé,
La Nutrition.

Léa Coulanges

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