Des recherches émergent quant aux potentiels bénéfices de la fermentation des légumineuses sur le système digestif ! Leur fermentation permettrait à terme de réduire les troubles intestinaux. Décryptage.

Les légumineuses à l’honneur

Les légumineuses, nous connaissons tous. Soja, pois chiches, lentilles, haricots secs… Ils ont beau avoir leur place dans nos assiettes, nous en mangeons néanmoins encore trop peu. En effet, un Français n’en consommerait en moyenne que 1,4 kg/an par personne. Si la consommation de légumineuses se révèle être une réelle et viable alternative à la viande grâce à des bénéfices nutritionnels et écologiques, la vague légumineuses peine à décoller (seulement 14% de la population française en consommerait).

Pourtant, de l’autre côté de la scène, les légumineuses ont été mises à l’honneur lors de la deuxième édition des Rencontres Francophones sur les Légumineuses (RFL2). Une intervention a tout particulièrement retenu notre attention, « Fermentation : nouveaux avenirs pour les légumineuses ? ».

Légumineuses et digestion ne font pas la paire

Leur réputation leur colle à la gousse. Leur teneur en glucides serait en cause dans les troubles digestifs du quotidien. Malgré le trempage et la cuisson, les glucides sont peu absorbés et fermentés par l’intestin, provoquant de fait ballonnements et inconfort digestif. À tel point que de nombreuses personnes souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) les ont écartées de leur alimentation.

Quelques astuces :

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Afin de limiter ces troubles fonctionnels intestinaux, des chercheurs de l’INRA étudient actuellement les légumineuses fermentées et leur digestibilité.

La fermentation des légumineuses ?

Procédé ancestral, la fermentation offre de multiples bienfaits : d’un point de vue nutritionnel tout d’abord grâce à la production de vitamines B et l’amélioration de la digestibilité ; des bénéfices sanitaires, notamment grâce à une activité antimicrobienne, ou encore sensoriels et environnementaux.

Légumineuses et fermentation : un pari d’avenir ?

Les légumineuses étant peu consommées par les personnes souffrant de troubles digestifs fonctionnels comme le syndrome de l’intestin irritable (SII), leur fermentation permettrait de les réintroduire dans leur alimentation. Une équipe de l’INRA, dirigée par Valérie Gagnaire, a conçu et amené à fermentation des composés alimentaires capables de fermenter les sucres. Pour ce faire, un mixte de lait et de farine de lupin (une légumineuse trop peu considérée) a été fermenté grâce à des bactéries lactiques. Le lupin contient des oligosaccharides, sucres en cause dans les troubles digestifs, reconnus comme des FODMAPs. Après fermentation, les chercheurs ont constaté que les teneurs en sucres fermentescibles du lupin étaient diminuées. Autrement dit, la fermentation de ce mixte lait-lupin permet une meilleure digestibilité d’une légumineuse très largement évitée (quand elle n’est pas méconnue).

Comprendre les FODMAPs

Du soja fermenté un jour dans nos assiettes ?

Le soja fait partie des aliments les plus difficilement digérés. Il contient en effet des inhibiteurs de la protéase, une enzyme permettant au système digestif de décomposer les protéines. De fait, consommer du soja revient donc à limiter voire à freiner la digestion. Il contient en outre des carbohydrates (glucides) que le système gastro-intestinal n’assimile guère. La suite, vous la connaissez : gaz, ballonnements et crampes intestinales. Une équipe de recherche de l’INRA, dirigée par Françoise Rul, a donc décidé de passer à fermentation du jus de soja à l’aide de la bactérie lactique S. thermophilus et de comparer ses capacités de fermentation au lait développé grâce à la même bactérie.

Une diminution de l’inflammation grâce à la fermentation

Les chercheurs ont constaté que la souche LMD-9 pouvait se développer dans le jus de soja. Cette souche est particulièrement intéressante pour les personnes souffrant de troubles intestinaux, car elle permet la consommation des sucres et produit des acides gras à chaîne courte (lactate), véritable substrat énergétique pour les cellules épithéliales. Le surnageant de jus de soja serait responsable d’une réponse inflammatoire induite par l’augmentation de la cytokine pro-inflammatoire IL-8. Cette réponse inflammatoire diminue lorsque le jus de soja est fermenté par la souche LMD-9.

Il reste encore un long chemin à parcourir avant la démocratisation des légumineuses fermentées sur les tables occidentales. Mais le processus de fermentation pourrait un jour changer la donne, offrant une véritable alternative aux personnes en proie à des troubles digestifs.

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Contenu relu et validé par une diététicienne WeCook.

Jonathan Epaillard