Une étude publiée récemment dans la prestigieuse revue Nature a étudié l’évolution de l’indice de masse corporelle (IMC) de près de 112 millions d’individus sur plus de trente années. Alors que dans la pensée commune les zones urbaines sont associées à malbouffe et surpoids, cette étude tend à démontrer le contraire. Décryptage.

La campagne, ça vous gagne ? Pas vraiment !

Les travaux menés par le professeur Majid Ezzati de l’Imperial College de Londres ont étudié plus de 2 000 études concernant 112 millions d’adultes de 200 pays sur 32 années. Et les résultats ont de quoi nous étonner. Si sur cette période, l’IMC a augmenté de 2 points pour les femmes et de 2,2 points pour les hommes – soit une augmentation de 5 à 6 kilos en moyenne -, « 55% de cette hausse globale est due à l’augmentation observée dans les zones rurales » soulignent les auteurs de cette étude. Dans certains pays à faibles et moyens revenus, les zones les plus reculées comptent jusqu’à 80% de l’augmentation de l’IMC observée à l’échelle du pays.

Entre 1985 et 2017, l’IMC a augmenté de 2,1 points pour les hommes comme pour les femmes en zones rurales, une hausse bien supérieure à l’IMC en zones urbaines : +1,6 point pour les femmes et +1,3 point pour les hommes. Des chiffres qui mettent à mal « l’idée communément répandue selon laquelle l’augmentation mondiale de l’obésité est due au fait que de plus en plus de gens vivent dans des villes. »

Surpoids et obésité : quelles différences ?

Obésité : une augmentation plus conséquente à la campagne qu’à la ville

L’équipe du professeur Ezzati relève des « changements frappants ». En effet, dans les pays les plus développés, l’IMC était déjà plus élevé en 1985 en zone rurale qu’en zone urbaine, mais pour près de 75% des pays étudiés l’IMC était alors moins élevé en zone rurale. Or, les temps changent et les habitudes évoluent puisque l’IMC a proportionnellement plus augmenté dans les zones rurales. L’obésité progresse donc plus vite à la campagne qu’à la ville, hormis en Afrique subsaharienne. Pour le professeur Ezzati, si les populations urbaines ont acquis les bases d’un équilibre alimentaire c’est qu’elles ont longtemps été la cible des politiques anti-obésité. Aujourd’hui, il est nécessaire de revoir lesdites politiques, afin d’inclure tous les territoires dont les zones rurales.

Mais pour quelle(s) raison(s) ?

Dans les années 80, une dichotomie assez nette apparaissait : en ville, on avait accès à de la nourriture prête à manger – avec l’avènement des aliments ultra-transformés – et on bougeait moins. La sédentarité, le manque d’exercice et la malbouffe ont contribué à l’augmentation de la prévalence de l’obésité en zones urbaines. A contrario, ainsi que le souligne l’équipe de recherche, « les zones rurales ont été perçues comme un autre type de désert nutritif, où les habitants consomment principalement des produits de leur ferme et de leur jardin et ont moins accès à une nourriture ultra-transformée. »

Mais le paradigme a évolué : aujourd’hui, vivre en ville permet d’avoir accès à un meilleur équilibre alimentaire et à plus d’infrastructures dédiées à l’activité physique. Alors qu’en zones rurales, on assiste à une véritable urbanisation des comportements. En d’autres termes, l’agriculture est chaque jour davantage mécanisée, les transports de plus en plus motorisés, et les hypermarchés pullulent comme coquelicots au soleil. Résultat : l’accès à la nourriture industrielle, et donc à la malbouffe, s’est clairement développé puis banalisé dans les campagnes. L’équipe du professeur Ezzati met également en avant des niveaux de revenus et d’éducation nutritionnelle plus bas en zones rurales. Le professeur souligne en outre un nouveau problème : « avec la hausse de leur niveau de vie, ces populations rurales sont confrontées à un nouveau défi, qui n’est plus de se fournir suffisamment à manger, mais de se fournir une nourriture de bonne qualité. » Ainsi, Les zones rurale semblent être passées d’une sous-nutrition à une malnutrition.

Malbouffe : quand les petits plaisirs nous font honte

Sources

Nature,
Le Monde,
Slate,
Le Parisien.

Jonathan Epaillard

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