Les aliments ultra-transformés (AUT) reviennent sur le devant de la scène. Après, les AUT et les cancers, voici les AUT et la mortalité. En effet, une nouvelle étude a montré une corrélation possible entre la consommation d’aliments ultra-transformés et des décès survenus chez des participants de la cohorte Nutri-net santé. Explications.

Aliments ultra-transformés, de quoi parle-t-on ?

Les aliments ultra-transformés ont été définis en 2009 par des épidémiologistes brésiliens, et notamment par le Pr Montero de l’université de Sao Paulo. Ce sont des formulations industrielles élaborées par recombinaison d’ingrédients et/ou d’additifs d’utilisation strictement industrielle, plus de 4 ou 5 additifs dans un produit en fait un AUT.

Cette expression est donc utilisée pour décrire un groupe d’aliments non pas en fonction de sa valeur nutritive mais de son degré de transformation. Il existe 4 groupes d’aliments :
les aliments frais ou peu transformés, comme les fruits, légumes et légumineuses frais. Œufs, céréales (pâtes, riz…) ;
les ingrédients culinaires transformés (food ingredient), comme les condiments, les amidons, le beurre et les huiles végétales ;
les aliments transformés (processed food), commeles aliments en conserve, les aliments fumés, les fromages, les pains ;
les aliments ultra-transformés (ultraprocessed food), dont le produit final comprend au moins 4 ingrédients ajoutés : additifs alimentaires, protéines hydrolysées, amidons modifiés et/ou huiles hydrogénées, comme les barres chocolatées, les paquets de gâteaux industriels, les viennoiseries, les céréales du petit-déjeuner.

Tout savoir (pour les éviter !) sur les aliments ultra-transformés (AUT)

Aliments ultra-transformés et cancers du sein, des poumons…

L’industrie agro-alimentaire est de plus en plus attaquée. Des études scientifiques de plus en plus nombreuses montrent que certains produits sont dangereux pour la santé des consommateurs. Épidémie d’obésité, de diabète… tout cela serait aussi dû à notre consommation de produits ultra-transformés.

Anthony Fardet, chercheur au département de nutrition humaine, Inra et université d’Auvergne, à Clermont-Ferrand écrit dans un article :  « Lorsque les aliments ultra-transformés constituent la base de nos régimes alimentaires, nous créons un terrain favorable au développement des maladies chroniques (…) l’adhésion massive à des régimes à base d’aliments ultra-transformés (comme le régime omnivore de type occidental, dit « Western Diet », riche en énergie et aliments raffinés ultra-transformés) observée dans certaines grandes villes augmente les risques d’obésité, de diabète de type 2 (le diabète non insulinodépendant), de maladies cardiovasculaires et de cancers (parmi les enjeux majeurs de santé publique), mais aussi de mortalité . »

Des études scientifiques ont montré également qu’il existe une corrélation entre la consommation de ces aliments et l’augmentation du risque de cancer. En 2018 déjà, une étude française qui a été très critiquée par l’Industrie agro-alimentaire publiait une étude qui montrait qu’ « une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire est associée à une augmentation de 11 % du risque global de cancer (…) et de 12 % du risque de cancer du sein (…). ». Anthony Fardet précise bien les résultats de cette étude : « Cette étude montre une association et non une loi de cause et d’effets. Ce qui est éthiquement impossible car pour démontrer la cause et l’effet, il faudrait prendre une population assez nombreuse, entre 50 et 100 000 personnes, leur faire manger pendant 30 ans une nourriture qu’à base de produits ultra-transformés et voir l’apparition des cancers par rapport à un groupe témoin. Donc, on se base sur des études d’association qui est le cas de cette étude, qui montre une corrélation. Pour chaque 10 % d’augmentation en poids de produits ultra-transformés on a un risque accru de 10 % des cancers globaux  et des cancers du sein et inversement pour chaque augmentation de 10 % en produits peu transformés on a une réduction des cancers globaux de 9 %. Ce qui est intéressant, c’est que cette étude est basée sur la cohorte Nutri-net, dans laquelle les participants ont un niveau socio-économique plus élevé que la moyenne. Il y a plus de femmes qui sont souvent plus soucieuses de leurs santé que les hommes et un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne. Ceci nous laisse donc penser que les résultats auraient pu être plus élevés, s’ils avaient été mesurés parmi une population moyenne plus représentative des français ou plus pauvre, consommant plus de produits ultra-transformés. »

Les AUT (aliments ultra transformés) responsables mais pas coupables ?

En 2017, une étude montrait les méfaits d’une alimentation trop riche en acides gras saturés sur le risque de développer un cancer du poumon. Les résultats sont tout aussi inquiétants : « les individus ayant les régimes alimentaires les plus riches en graisses et en acides gras saturés présentent un risque accru de cancer du poumon de 14%, comparativement à ceux optant pour une alimentation pauvre en graisses. »

Aliments ultra-transformés et hausse de la mortalité ?

La dernière étude parue montre cette fois une corrélation entre produits ultra-transformés et mortalité. Cette étude éditée en février 2019 dans une revue américaine montre le suivi épidémiologique de 44 551 volontaires de plus de 45 ans entre 2009 et 2017, dans le cadre de l’étude Nutr-iNet Santé, « une association statistiquement significative » entre une hausse de la consommation d’aliments ultra-transformés (AUT) et un accroissement de la mortalité, toutes causes confondues et après prise en compte de nombreux facteurs socio-démographiques et de modes de vie (niveau d’étude, revenu, activité physique, consommation d’alcool, antécédents familiaux de pathologies chroniques…).

Les chercheurs font remarquer que même si « les AUT sont en général denses en énergie, riches en sucres, sel et en gras, et pauvres en fibres et vitamines.(…) l’association persiste après prise en compte de ces aspects nutritionnels (…). Ce qui signifie que d’autres mécanismes pourraient être invoqués. » En bref, on ne peut uniquement incriminer la composition des AUT. La mortalité serait liée également à d’autres facteurs comme :
– une présence fréquente d’additifs, le dioxyde de titane, certains émulsifiants, par exemple. Les auteurs de l’étude précisent bien « sauf rares exceptions pour quelques substances, il n’existe pas d’étude évaluant l’exposition chronique aux additifs et les liens avec le risque de pathologies chroniques chez l’homme.De plus, les potentiels effets cocktails dus à l’exposition simultanée à plusieurs additifs alimentaires sont encore moins connus. » ;
– la présence de composés néoformés suspectés d’être cancérogènes et génotoxiques ;
– certains plastiques et encres des emballages, en contact avec les aliments, seraient des perturbateurs endocriniens. (7)

Les AUT, mortels ?

Ce ne sont pas ces produits qui sont mortels, mais l’utilisation qu’on en fait qui est dangereuse.

Anthony Fardet précise : « On peut consommer des produits ultra-transformés, de temps en temps, ça ne pose aucun problème pour la santé. Je préconise de ne pas dépasser plus de 15 % calories quotidiennes, c’est-à-dire pas plus de 2 portions par jour, idéalement. Il faudrait utiliser ces produits pour ce qu’ils ont été conçus initialement. C’est-à-dire pour être conservés longtemps, pour leur praticité, pour dépanner (…) par contre, ils sont en train de devenir la base de l’alimentation dans les pays anglo-saxons, en Amérique du nord et du sud et dans les pays émergents. En France, on est à 36 % voire plus dans la population adulte. C’est là que ça commence à poser de vrais problèmes. D’autres études lancent des signaux d’alerte et montrent que quand on dépasse un certain seuil de calories ultra-transformées, on augmente les risques de certaines maladies chroniques, obésité, diabète de type 2 et peut-être de cancer. »

Les acides gras saturés mauvais pour la santé ?

Contenu relu et validé par une diététicienne WeCook.

Sources

JAMA Internal Medicine,
Reporterre,
The British Medical Journal,
Medscape,
Que Choisir,
Youtube.

Léa Coulanges