Au bout de 20 ans de ménage, les dégâts sur la fonction pulmonaire sont au même stade qu'une personne fumant 1 paquet de cigarettes par jour sur 20 ans.

Si vous faites partie de ces nombreuses personnes qui n’éprouvent aucun plaisir à nettoyer de fond en comble leur home sweet home, vous avez là un argument de poids pour ne plus rien nettoyer ! Une étude norvégienne a récemment comparé les dommages pulmonaires liés à l’usage des produits d’entretien aux dommages chez les fumeurs réguliers, de l’ordre d’un paquet par jour. Explications.

Faire le ménage : c’est aussi nocif que la cigarette (et c’est sérieux) !

Une équipe de chercheurs de l’université de Bergen a suivi durant plus de 20 ans un total de 6 235 participants grâce à la cohorte de l’European Community Respiratory Health Survey. Cette étude s’inscrit dans le prolongement d’études déjà menées soulignant la dégradation du système respiratoire du fait d’une exposition trop conséquente aux produits ménagers. En effet, les auteurs de l’étude rappellent qu’il était « déjà connu que les tâches ménagères peuvent exposer à des agents chimiques avec des effets nocifs potentiels sur le système respiratoire. » Les conséquences ? Un risque accru d’asthme et des symptômes respiratoires non négligeables.

En cause ? Les produits chimiques de nettoyage, comme le souligne le Pr Cecile Svanes « nous craignons que de tels produits chimiques, en causant régulièrement des dommages aux voies respiratoires jour après jour, année après année, puissent accélérer le taux de déclin de la fonction pulmonaire qui survient avec l’âge. » Certains produits comme les sprays d’entretien seraient parmi les plus nocifs.

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Un impact même à très long terme

Afin de mesurer les effets délétères sur notre système respiratoire, l’équipe de chercheurs a notamment observé la quantité d’air maximale expirée en une seconde (VEMS). Chez les femmes adeptes du ménage par exemple, le VEMS diminue de 22 millilitres chaque année, contre 18,6 millilitres chez celles qui pratiquent peu ou pas cette activité. Bon à savoir, le VEMS diminue davantage encore chez les personnes dont le ménage est l’activité professionnelle. L’équipe a en outre mesuré la quantité totale d’air qu’une personne expire de force, que l’on connaît sous le nom de capacité totale forcée (CVF). Utiliser des produits de nettoyage chimiques diminue considérablement la CVF : 13,2 millilitres de moins chaque année, contre 7,9 millilitres chez les personnes faisant peu ou pas le ménage. Une nouvelle fois, les professionnels du nettoyage sont davantage concernés : la CVF s’affaiblit de 14,4 millilitres par an chaque année.

Ce déclin de la fonction pulmonaire est tel chez les professionnels du nettoyage que cela revient « au tabagisme d’un peu moins de 20 paquets-années », soit environ 1 paquet par jour pendant 20 ans. L’asthme est aussi plus fréquent chez les professionnels du nettoyage (13,7% des cas) que chez les non adeptes du ménage (9,6% des cas).

Des résultats nuls chez les hommes

Fait ô combien étonnant, l’équipe de l’université de Bergen n’est pas parvenue à dégager de différences significatives sur la fonction pulmonaire chez les hommes qui pratiquent ou non le ménage. Mais pourquoi ?

Tout d’abord, les effectifs des professionnels du nettoyage suivis durant ces 20 ans ne comprenaient que 57 hommes, contre 293 femmes, un échantillon trop peu conséquent pour élaborer de solides conclusions. De plus, les hommes étaient moins nombreux que les femmes à déclarer faire le ménage à la maison (ça vous étonne ?) : 85 % des femmes déclaraient pratiquer une activité ménagère régulière contre 46 % des hommes. Si le panel était suffisant pour établir une analyse statistique, les biais auraient été presque inéluctables : les résultats pourraient en effet être mis à mal par les risques qu’encourent les hommes dans des activités autres, comme l’industrie ou l’artisanat où ils peuvent être exposés à des substances nocives. Enfin, les femmes pourraient être plus sensibles à ces produits que les hommes, « comme cela est rapporté pour […] la fumée du tabac et […] la poussière de bois. »

Il appert que des biais sont possibles car cette étude ne distingue pas les différents types de produits utilisés ni les modalités de ménage.

Mesdames, laissez le ménage aux hommes. C’est bien-fait pour eux !

Sources

American Journal Of Respiratory and Critical Care Medicine,
Sciences et Avenir,

Jonathan Epaillard