On entend beaucoup parler des perturbateurs endocriniens et de leurs effets néfastes sur l’organisme. LQDP a découvert l’ouvrage Les perturbateurs endocriniens : comment affectent-ils notre santé au quotidien, une pépite qui remet les pendules à l’heure. Décryptage.

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

La notion de perturbateur endocrinien (PE) date des années 1990. Elle est le résultat de diverses observations épidémiologiques. Un exemple : dans les années 60, certaines futures mamans ont pris du distilbène – médicament pour éviter les fausses couches. Résultat : cancers gynécologiques rares chez certaines de leurs filles.

En 2002, l’Organisation Mondiale de la Santé propose une définition afin de qualifier ces PE. Il s’agit d’«une substance ou d’un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et, de ce fait, induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations ».
En d’autres termes, les PE sont des molécules issues notamment d’aliments que l’on ingère. Une fois absorbées, elles viennent perturber notre milieu intérieur en interfèrant dans le métabolisme des hormones.
Le système endocrinien décrit les organes qui sécrètent les hormones (molécules qui portent des messages d’un organe à l’autre). Les principaux organes endocriniens sont les ovaires, le pancréas, l’hypophyse…

Le danger des PE sur le système endocrinien

Ils sont malheureusement étendus et nombreux :

• Mimétisme d’une action d’une hormone naturelle et entraînant ainsi la réponse due à cette hormone ;
• Impossibilité pour une hormone de se fixer à son récepteur et bloquant ainsi la transmission du signal hormonal ;
• Perturbation de la production ou de la régulation des hormones ou de leurs récepteurs.

Dès lors, plusieurs observations ont été faites :
– La consommation de PE induit une réponse à de très faibles concentrations ;
– L’effet néfaste des PE dépend du moment d’exposition : certaines périodes de la vie nous rendent plus fragiles et plus susceptibles face au PE (c’est ce qu’on appelle des fenêtres de susceptibilité). Chez l’humain, ces moments de vulnérabilité correspondent à des périodes de développement et de fortes activités hormonales (vie intra-utérine, puberté notamment) ;
– Les effets des PE peuvent prendre du temps : la dose absorbée à un moment de notre vie provoquera un effet quelques années plus tard ;
– Ils ont un effet « cocktail » : une substance prise isolément n’aura pas peut être pas d’effet, mais pris en mélange avec d’autres molécules, il y aura alors un effet.

Les sources des perturbateurs endocriniens

Des produits chimiques synthétiques (bisphénol A, parabène, pesticides organochlorés, etc…) sont des perturbateurs endocriniens. Citons également, les hormones de synthèses utilisées comme traitements médicamenteux. De même, le mercure, résidus de pesticides, myco-toxine ou phyto-oestrogènes : tous ces composés sont considérés comme PE car ils interagissent avec le système hormonal.
L’exposition peut se faire dans l’environnement quotidien (air, eau, alimentation), via des produits qu’on utilise tous les jours (contenant plastique, produits d’hygiène et de beauté…) ainsi que dans certaines situations professionnelles imposant une politique de gestion des risques.

Dans l’alimentation, de nombreux aliments sont incriminés :

– Les poissons gras contiennent du méthyl-mercure qui sont des perturbateurs endocriniens ;
– Les pesticides qu’on peut retrouver dans des fruits, des légumes, des céréales ;
– Des denrées contaminées qui ont moisi, et qui développent des myco-toxines (céréales, fruits, amandes, noix, lait, œuf, viandes, abats, volailles, etc…)
– Les oestrogènes présents dans le soja sont également connus pour être des perturbateurs endocriniens. Donc tous les aliments à base de soja peuvent contenir des PE, mais également les produits industriels qui contiennent souvent du soja (sous forme de flocons dans les steaks hachés, les boulettes de viandes, les brownies, etc…)
– Les emballages des aliments. N’avez jamais entendu parler du bisphénol A présent dans les plastiques d’emballages ? Cette molécule peut migrer de l’emballage vers la denrée alimentaire, et nous exposer à des doses relativement importantes. Ce composé est interdit depuis 2015 en France.

Pour aller plus loin :

Du poison ou du poisson dans nos assiettes, au nom des oméga-3 ?

Quels sont les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé ?

Les effets des perturbateurs endocriniens sont divers :
– Les perturbateurs endocriniens semblent être associés à une augmentation des maladies chroniques, comme le diabète de type 2.
– Ils diminuent la fertilité : on observe en effet de plus en plus d’anomalies génitales chez les jeunes enfants, les cancers des appareils génitaux augmentent également, à la fois chez l’homme et chez la femme. De plus en plus d’études suggèrent un lien fort entre la consommation de PE et ce type de maladies
– L’ingestion de PE semble également associée à une augmentation de différents types de cancers (sein, endomètre, ovaires, prostate, thyroïde
– Plus d’une 20aine de PE sont « obésogènes », c’est-à-dire que ce sont des substances capables d’augmenter la susceptibilité d’un individu à développer une obésité via une altération du métabolisme des lipides ». Par exemple, le bisphénol A est une molécule obésogène.

Comment se protéger de toutes ces molécules ?

L’article n’a pas pour but d’être alarmiste. Certes le danger existe, mais il est possible d’éviter de (trop) s’exposer à ces molécules. Il est possible d’agir, et ce sur plusieurs niveaux :

Les organismes publics

Depuis 2005, le gouvernement français a lancé deux programmes nationaux de recherches sur les perturbateurs endocriniens, afin de mieux connaître ces molécules et de limiter l’exposition à celles-ci.
Par ailleurs, l’ANSES est en charge de veiller à l’utilisation de ces molécules dans les aliments ; alors que l’ANSM veille au niveau des produits de beauté et des médicaments. Enfin, une biosurveillance est effectuée par l’ANSP (agence nationale de santé publique).

Et moi, que puis-je faire ?

Etant donné que des PE sont présents dans les pesticides, idéalement vous pourriez vous tourner vers des produits issus de l’agriculture biologique. Pour cela, privilégiez les produits marqués « AB » (pour agriculture biologique). Vous pouvez choisir tous les aliments biologiques : fruits et légumes, mais également viandes, œufs, poissons, etc…

Si vous ne voulez pas acheter vos produits bios, voici quelques pistes pour limiter tout de même votre exposition aux PE :

– Lavez et épluchez vos fruits et légumes ;
– Choisissez des viandes, poissons peu gras : les PE ont tendance à s’accumuler dans les graisses ;
– Retirez la peau des poissons gras ;
– Réduisez votre consommation de produits transformés et sur-emballés ! Cuisinez des produits frais et bruts ;

Pour aller plus loin :

Tout savoir (pour les éviter !) sur les aliments ultra-transformés (AUT)

– Privilégiez les emballages en verre, acier inoxydable ou céramique ;
– Evitez de chauffer les emballages plastiques : à l’heure actuelle, il est encore difficile d’identifier les emballages contenant des PE, même si de plus en plus de surveillance est mise en place. Regardez sous les contenants en plastique et évitez les contenants marqués 3 (présence à priori de phtalates), 6 (polystyrène contenant su styrène et avant 2015 avec du bisphénol A), et le 7 (présence de polycarbonate). Et encore une fois : ne les chauffez pas !
– Jetez vos poêles et casseroles avec un revêtement antiadhésif abimé. Préférez des ustensiles de cuisine en fonte ou en émail
– Si vous consommez l’eau du robinet, renseignez-vous sur sa qualité en vous adressant à la mairie ;
– Veillez au produit de beauté que vous utilisez. Si vous voulez bien faire, privilégiez des produits éco-labellisés. Ou bien limitez l’usage de maquillage.

Et de façon plus générale :

– Dès lors que vous avez un objet neuf (voiture, mobilier, téléphone, etc…), aérez les au maximum : ils contiennent des retardateurs de flamme susceptibles de contenir des PE.
– Attention aux produits ménagers ! Vérifiez leur composition auprès des fabricants, et privilégiez ceux qui indiquent un moindre impact sur l’environnement

Toutes ces indications sont valables pour toute personne, mais ceci est d’autant plus vrai pour les femmes enceintes, les enfants et adolescents !

Sources

ANSES,
– INSERM,
INRA,
Le Figaro.

Raphaelle Santarelli