Vous est-il est déjà arrivé de rêver que vous étiez superman ou superwoman, et que vous pourriez sauver des vies entières ? Vous envoler pour aller défendre les causes perdues ? Eh bien, à défaut d’être l’un de ces héros, vous pourrez sauver des vies d’une autre façon : avec vos super-excréments !! Alors endossez votre plus beau costume marron, imprimez dessus les lettres « SCM » pour super caca-man, et volez au secours des personnes en souffrance !

Certaines personnes produisent de super-excréments

On vous l’a déjà signifié : la transplantation fécale est une thérapie prometteuse pour soigner des pathologies comme la rectocolite hémorragique. Pour rappel, cette technique consiste à extraire le microbiote contenu dans les excréments de sujets sains, et le transférer à des patients malades. Mais certains donneurs sains se montrent très généreux : ces super-donneurs fournissent en effet des excréments de très bonne qualité !

Rectocolite hémorragique et greffe fécale : des espoirs permis ?

Les super-donneurs à la rescousse de patients atteints de diabète ou de syndrome de l’intestin irritable

Des études cliniques le montrent : chez les sujets sains donneurs d’excréments, tous les cacas ne se valent pas. Et certains sont bien plus prometteurs que d’autres. Ces super-donneurs ont des selles aux qualités exceptionnelles : elles ont en effet de fortes chances d’influer sur le système digestif du patient, et une nette amélioration est observée : « les greffes de super donneurs atteignent un taux de rémission clinique pouvant atteindre le double de la moyenne restante » explique Justin O’Sullivan, auteur de l’étude montrant cet effet de super-donneurs.
Ceci est une bonne nouvelle : si la transplantation fécale était utile pour la rectocolite hémorragique ou les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin), elle ne montrait que peu d’effets sur d’autres pathologies comme le syndrome de l’intestin irritable, la maladie d’Alzheimer, les maladies auto-immunes ou le diabète de type 2. La qualité des excréments de ces super-donneurs pourrait donc ouvrir de nouvelles perspectives de guérison pour ces pathologies.

La qualité des excréments des super donneurs

Si des travaux supplémentaires seront nécessaires, la qualité des excréments des super-donneurs montre :
– Une diversité du microbiote fécal très importante,
– Une concentration plus importante en certaines bactéries, notamment de « bonnes » bactéries ou des espèces « clé ». Ces espèces « clé » pourraient être des bactéries productrices de butyrate, impliqué dans le système immunitaire, avec des propriétés anti-inflammatoires.

Dans la transplantation fécale, le microbiote fécal a une visée thérapeutique. Alors tenez-vous bien : notre microbiote fécal pourrait être considéré comme un médicament. Il est donc soumis au code de la santé publique : « A ce stade précoce de développement de ce produit et en l’absence d’autorisation de mise sur le marché, celui-ci peut être utilisé dans le cadre législatif et réglementaire applicable aux préparations magistrales et hospitalières (article L. 5121-1 du Code de la Santé publique), ou aux médicaments expérimentaux destinés à un essai clinique (article L. 5121-1-1 du même code) ».

Si vous voulez être donneur, sachez qu’un questionnaire minutieux vous sera demandé afin d’écarter tout risque de contamination par des agents pathogènes. Ce questionnaire prend en compte si le donneur a été malade, prend des médicaments, a eu de la fièvre, a des troubles digestifs, les voyages effectués, l’âge, le statut pondéral, etc… Une fois cette pré-sélection faire, on étudiera l’aspect macroscopique des selles données et une analyse sera effectuée pour vérifier l’absence d’agents infectieux. Donc soignez votre alimentation, car cela améliorera sans aucun doute votre microbiote fécal. Et qui sait, vous serez peut-être un super-donneur prêt à voler au secours des autres.

Le microbiote fécal, parent pauvre du microbiote intestinal

Sources

– Justin M. O’Sullivan et al., « The Super-Donor Phenomenon in Fecal Microbiota Transplantation. », Front. Cell. Infect. Microbiol., janvier 2019,
ANSM.
Maxisciences,
Sciencepost.

Raphaelle Santarelli