Un nouveau plan national contre les perturbateurs endocriniens (PE) est en consultation jusqu’au 8 février afin que vous puissiez exprimer votre voix. En effet, 13 mesures viennent s’inscrire dans ce plan national, d’une durée de 3 ans, pour lutter contre les PE. Mais que faut-il en penser ?

Perturbateurs endocriniens : de quoi parle-t-on ?

L’Organisation Mondiale de la Santé les définit comme suit : « une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien et, de fait, induit des effets nocifs sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou de (sous)populations. »  On peut notamment les retrouver dans l’assiette, plus particulièrement certains pesticides présents dans les fruits et légumes, dans les emballages alimentaires, les chewing-gums, les cosmétiques ou encore les jeux pour enfants.

Le ministère de la Transition écologique et solidaire souligne que « de nombreux effets potentiels sur les organismes vivants ont été mis en évidence. Ainsi, le développement de certains cancers (du sein, des testicules, de la prostate…), des malformations d’organes reproducteurs, des troubles de la reproduction et du neuro-développement […] ont été associés à l’action de certaines substances perturbatrices endocriniennes. »

Pour aller plus loin :

Perturbateurs endocriniens : comment affectent-ils notre santé au quotidien ?

Nouveau plan national contre les perturbateurs endocriniens : à quoi s’attendre ?

La deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (PE) – la première ayant été amorcée en 2014 – démarre par une consultation publique concernant les treize mesures de ce plan. Un nouveau plan semble en effet nécessaire car, comme le souligne le communiqué du Ministère, « au regard des enjeux majeurs de santé publique et de préservation de la biodiversité, les perturbateurs endocriniens soulèvent des inquiétudes légitimes. »

D’ailleurs, vous avez jusqu’au 8 février pour formuler vos suggestions et remarques quant aux mesures proposées. La plan national est articulé autour des 13 grands axes suivants pour la période 2019-2022 :

1- Publier la liste des substances perturbatrices endocriniennes pour fin 2021

L’une des mesures les plus attendues de ce plan national. Il s’agit d’établir une liste « scientifiquement robuste » des produits à risque selon le type de perturbations et le niveau de preuves.

2- Informer les citoyens sur les produits chimiques, dont les perturbateurs endocriniens

Un site internet devrait être mis en place cette année, suivi par une campagne d’information grand public. Dans quel but ? Nous informer de leur présence dans les produits de consommation courante.

3- Former et s’appuyer sur les réseaux des professionnels de santé

De nouvelles formations devraient voir le jour afin que les professionnels de santé soient acteurs de la prévention.

4- Améliorer la connaissance de l’imprégnation de l’environnement par les perturbateurs

Il est actuellement difficile de dresser une liste exhaustive des effets des perturbateurs endocriniens sur l’environnement. De nouveaux systèmes de surveillance devraient être développés pour que l’ensemble des données relatives aux PE soient accessibles aux chercheurs et aux citoyens.

5- Renforcer la connaissance de l’exposition aux PE via l’alimentation et prendre des mesures pour réduire cette exposition

L’Autorité européenne de sécurité des aliments, dans son rapport de l’été 2018, a souligné que les résidus de pesticides sont présents dans la majorité des aliments, mais à faible dose. Il faut donc que l’impact des PE sur notre alimentation soit clairement établi, afin de diminuer leur présence.

6- Comprendre l’impact des PE sur la biodiversité

D’ici fin 2020, une synthèse devra être publiée quant aux effets des PE sur la faune et sur la flore.

7- Préserver et restaurer l’environnement

L’enjeu est énorme, l’objectif du plan national est clair : réduire la contamination à la source des écosystèmes, notamment aquatiques, mais aussi l’air intérieur et extérieur ou le sol. Il s’agirait dans un premier temps de modifier les valeurs réglementaires d’acceptabilité des PE dans ces divers milieux.

8- Harmoniser la réglementation européenne

Les PE doivent être reconnus et admis selon les mêmes seuils afin d’exclure dès que possible les pesticides contenant des perturbations endocriniennes avérées ou présumées.

9- Guider l’action de l’industrie pour substituer et protéger

Des alternatives doivent être proposées et envisagées chez les industriels afin de préserver la santé des consommateurs. Le plan national évoque aussi une possible valorisation des entreprises vertueuses.

10- Accélérer la recherche pour adapter la gestion des risques et la réglementation

Les pouvoirs publics et les différentes parties prenantes devraient avoir à leur disposition une expertise s’appuyant sur des travaux de recherche clinique, épidémiologique ou fondamentale.

11- Développer une recherche appliquée en santé pour mieux prévenir et traiter les effets des PE

Dans une volonté d’efficience, les données des études de surveillance de Santé publique France et les études cliniques consacrées aux PE devraient être davantage croisées pour mieux comprendre les liens entre notre exposition aux PE et ses effets sur la santé.

12- Élargir la surveillance des effets des PE

Santé publique France surveille depuis plusieurs années la santé reproductive masculine et féminine et leur lien avec l’exposition aux PE. Il est à présent question de considérer leur impact sur les cancers hormono-dépendants, les troubles neuro-développementaux ou les troubles du métabolisme.

13- Définir les nouvelles perspectives du programme national de biosurveillance en harmonie avec l’Europe

Il s’agira donc de prendre de nouvelles mesures et de poursuivre les études de biosurveillance à l’issue de ce deuxième plan national.

Que penser de ce nouveau plan national contre les perturbateurs endocriniens ?

On regrette que les industriels dont les produits contiennent de PE soient simplement incités à « s’engager volontairement » à les retirer de leurs produits pour des alternatives moins nocives pour le consommateur. Nulle mesure punitive n’est signalée dans ce plan national, tout est donc au bon vouloir de l’entreprise.

L‘association Générations Futures, qui fait des pesticides et des PE son combat quotidien, souligne une « avancée » quant à une formation plus complète et conséquente pour faire des professionnels de santé des acteurs de notre prévention. Elle déplore néanmoins l’absence de mesures ayant pour dessein de protéger les consommateurs, comme le souligne Fleur Gorre de l’association : « L’alimentation est le grand oublié de ce plan qui ne propose rien de concret pour réduire la présence de ces substances dans les produits que l’on mange alors que c’est la voie principale de contamination […]. L’idéal serait de disposer d’un étiquetage pour informer les consommateurs. »

Pour donner votre avis sur le nouveau plan national

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Sources

Deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens,
Ministère de la transition écologique et solidaire,
Le Parisien.

Jonathan Epaillard