Le laboratoire Pfizer et le Cercle P viennent de publier les résultats de leur enquête annuelle : « L’e-santé vue par les patients : risque ou opportunité ? » Voici les conclusions sur l’accès à la médecine de demain pour tous et surtout leurs 5 propositions.

Pfizer et le Cercle P

En effet, dès 2016, le laboratoire Pfizer réunit des experts et fonde le Cercle P : un cercle de réflexion sur la place du patient dans la médecine de demain. Michel Ginestet, Président de Pfizer France explique : « Ce Cercle traduit notre souhait de continuer d’intégrer le patient dans chacune de nos réflexions, et ici face aux défis futurs de notre système de santé. Par cette initiative, nous souhaitons porter la santé comme véritable sujet de société et participer au débat public sur les grands enjeux de notre secteur.»

Et en octobre dernier, auprès de 350 acteurs de la société civile (associations de patients par exemple) et du secteur de la santé, le Cercle P a mené une grande enquête intitulée « L’e-santé vue par les patients : risque ou opportunité ? » Son ambition : recueillir l’opinion sur l’e-santé et sur les conséquences liées à son développement afin d’enrichir et parfaire le travail de réflexion réalisé par les experts du Cercle de réflexion.

Les membres du Cercle P du Laboratoire Pfizer

Les 5 experts du Cercle P du Laboratoire Pfizer

Globalement, cette enquête révèle une adhésion pleine des associations de patients, assortie, cependant, d’un certain nombre de réserves. Elle pointe, notamment, l’inégalité à l’accès de cette médecine de demain et spécule sur la détérioration de la relation entre professionnels de santé et patients. Revenons sur l’enquête plus en détails.

Etes-vous a priori favorables au développement de l’e-santé ?

À cette première question, 76% des associations interrogées répondent « oui ». Les trois quarts (77%) estiment que l’e-santé est une solution efficace pour lutter contre les déserts médicaux. Pour 57% d’entre elles, le recours à la téléconsultation pourrait notamment permettre un meilleur accès aux soins et pallier le manque de médecins dans certaines spécialités.

Majoritairement, les associations de patients pensent que l’e-santé peut avoir un impact positif sur la prévention, le suivi et l’adhésion au traitement (62%), sur le niveau et la qualité de l’information (65%) et sur l’hygiène de vie (72%).

La téléconsultation : consulter son médecin à distance, c’est possible !

De plus, la moitié des associations attendent des effets concrets du développement de l’e-santé sur le rôle des aidants, même si 16% des répondants ne savent pas comment se positionner vis-à-vis de l’e-santé, probablement en raison d’un manque de connaissance ou d’information sur le sujet.

L’e-santé, responsable (mais pas coupable) d’inégalités

« Pour éviter que l’e-santé n’engendre des inégalités entre citoyens, pour que tous puissent disposer de la solution digitale utilement, il est absolument nécessaire d’assurer sa prise en main. [..]. Il est donc important de se mettre à la portée de l’utilisateur, de la conception à la diffusion d’une solution digitale » explique Anne Buisson, Directrice adjointe de l’association François Aupetit (Afa Crohn RCH).

De fait, 72% des associations pense que le recours croissant à l’e-santé risque de créer des inégalités en raison d’une absence d’équipement ou par manque de maîtrise de l’outil numérique (85%). Ce bilan fait apparaître une différence générationnelle puisque les craintes sont plus importantes chez les plus âgés (97% des plus de 65 ans contre 56% des moins de 20 ans, et 75% des 20-45 ans).

De plus, si une amélioration du niveau et de la qualité de l’information est attendue par plus de 65% des associations, 20% de celles dont les adhérents sont majoritairement âgés (plus de 65 ans) craignent, au contraire, une dégradation (contre moins de 9% des associations pour les autres classes d’âges).

Anne Buisson, poursuit : « Pour les malades, la qualité de la relation avec son médecin est très liée à l’écoute, à la disponibilité tout autant qu’à l’efficacité de la prise en charge. Si l’e-santé, sous certains aspects, peut largement améliorer la qualité de cette relation, il est difficile de savoir pour l’instant si elle aura, ou a déjà, un impact positif sur celle-ci. »

Et paradoxalement, si 57 % des patients (cf. plus haut) parient sur les bienfaits de la téléconsultation, 20% craignent une détérioration. Et 50% redoutent une dégradation des relations entre professionnels et patients.

les 5 propositions du cercle P pour anticiper les évolutions de la médecine de demain

1. Encourager l’indépendance des patients en accompagnant leur processus d’autonomisation

Constat : le développement des nouvelles technologies et l’accès facilité à l’information médicale participent à une autonomisation croissante des patients. Dans ce contexte, les professionnels de santé doivent adapter leurs pratiques pour un meilleur partage de responsabilité avec leurs patients.
=>
 créer une fonction de Référent Patient chargé d’accompagner et de conseiller le patient dans son parcours de soins.

2. Promouvoir l’information des patients pour un meilleur accès aux soins

Constat : la lourdeur administrative dans le secteur médical détourne encore trop fréquemment les praticiens de leurs patients. Pour faire face à cet enjeu majeur de « libérer du temps patient », le Cercle souhaite que les patients Experts jouent un rôle prédominant en apportant une connaissance expérientielle mais également médicale, familiale ou sociale parfaitement complémentaire à celle du médecin.
=>
créer un statut de Patient Enseignant  pour que les patients puissent enseigner, à l’université, l’empathie et l’écoute aux futurs professionnels de santé.

Immersion à l’Université des Patients, experts des maladies chroniques

3. Favoriser l’égalité d’accès aux soins pour tous les patients

Constat : malgré la qualité du système de santé français qui est reconnu à l’international, et la volonté affichée d’offrir à tous les citoyens l’égalité dans l’accès aux soins, des disparités se font encore ressentir sur le territoire national. Les experts du Cercle proposent des mesures destinées à fluidifier le parcours de soins, pour faciliter l’orientation des patients et désengorger les structures de prise en charge.
=> créer des Zones de Santé Prioritaires, sur le même modèle que les Zones d’Education Prioritaires, afin de répondre à la problématique sociale des déserts médicaux.

4. Renforcer les actions de prévention

Constat : la prévention et la médecine prédictive ont une place prédominante dans la médecine de demain. Pourtant, les campagnes actuelles demeurent informatives plutôt que préventives et sont peu séduisantes pour le grand public.
=> développer une culture de la prévention dès le plus jeune âge en France, à l’image des Pays-Bas, où des modules d’enseignements sont prodigués aux élèves de manière à leur transmettre des repères le plus tôt possible.
=> associer, systématiquement, l’expertise de patients experts dans l’élaboration des campagnes de sensibilisation qui y apporteront ainsi leur expérience et leur vécu.

5. Mettre à disposition des patients des moyens concrets pour protéger leurs données

Constat : les progrès technologiques et la place croissante du numérique dans le domaine médical ont entraîné la multiplication des collectes de données patients. La protection des données de santé est un sujet majeur dont les acteurs de la santé doivent s’emparer.
=> engager une campagne de sensibilisation publique, à l’échelle nationale, sur le consentement de la personne dans le secteur de la santé pour promouvoir sa lisibilité et sa compréhension par celui qui le donne, comme par celui qui le reçoit.

Catherine Tourette-Turgis, à l’origine de l’Université des Patients

En conclusion, il apparaît effectivement opportun que les patients, surtout les plus âgés – par le biais des associations -, soient informés et rassurés. Sans cet accompagnement du patient, il est probable que l’e-santé ne rencontre pas l’adhésion entière des patients, surtout parmi les plus vulnérables.

En effet, si 75 % des moins de 20 ans s’attendent à un effet positif de l’e-santé sur la relation médecins-patients, 30 % de plus de 65 ans redoutent un effet négatif.

Sources

Les 5 propositions du Cercle de réflexion

 

Agnès Viénot pour LQDP