Vendredi 14 juin avait lieu la Journée Mondiale du Don du Sang, l’occasion de sensibiliser chacun à l’importance de ce geste, anodin pour une personne en bonne santé, mais essentiel pour les malades nécessitant une transfusion. Hémorragies, maladies du sang, cancers, … les besoins en produits sanguins sont quotidiens mais leur fabrication impossible à l’heure actuelle. Le don reste la seule solution pour fournir les établissements de soins. Face aux besoins croissants, quel avenir pour le don du sang ?

Chimie des groupes sanguins, petit rappel

Disposer de sang ne résout pas tout. La transfusion sanguine est conditionnée par la compatibilité entre le sang du donneur et celui du receveur. Parmi les systèmes de compatibilité les plus connus, il existe le système ABO et le Rhésus.

Toutes nos cellules portent à leur surface des molécules appelées Antigène, qui leurs servent en quelque sorte de passe-droit et permettent à notre organisme de les identifier comme des cellules du « soi ». Les cellules sanguines ne dérogent pas à la règle et présentent elles-aussi des antigènes à leur surface. Dans la classification ABO, 3 types d’antigènes existent : les antigènes A, les antigènes B et les antigènes H (qui sont en fait des précurseurs de A et B). Selon les antigènes présents sur nos globules rouges, nous appartenons à un groupe sanguin ou un autre.

Tableau 1 : Antigènes et groupes sanguins

Les Anticorps, session révision

Afin de se protéger contre les cellules du « non soi », l’organisme développe des moyens de défense dirigés contre les antigènes qu’il ne connaît pas. Ce moyen de défense sont les Anticorps. Ainsi une personne du groupe O va par exemple développer des anticorps anti-A et anti-B. Par contre, il n’existe pas d’anticorps anti-H donc une personne du groupe A ne développera que des anticorps anti-B, et réciproquement une personne du groupe B ne développera que des anticorps anti-A. Ce mécanisme régit donc les règles de transfusion sanguine : on ne peut transfuser à une personne que des cellules sanguines portant les mêmes antigènes que les siens.

Tableau 2 : Compatibilité des groupes sanguins

De par leur compatibilité respectivement limitée et large avec les autres groupes sanguins, les personnes du groupe O sont couramment appelées « donneurs universels » tandis que les personnes du groupe AB sont des « receveurs universels ».

Au système ABO s’ajoute le système Rhésus, qui correspond aux signes « + » ou « – » de notre groupe sanguin. Nous faisons ainsi partie de l’un des groupes suivants : O+, O-, A+, A-, B+, B-, AB+ ou AB-. Le rhésus est également pris en compte pour vérifier la compatibilité entre donneur et receveur lors d’une transfusion sanguine.

Vers la création d’un sang universel ?

Actuellement, aucun médicament ou produit de synthèse ne permet de remplacer le sang. Le don de sang reste donc la seule solution pour toutes les personnes nécessitant des produits sanguins. A l’heure actuelle, 10 000 dons par jour sont nécessaires pour pallier aux besoins en France.

Don du sang : pourquoi moins de donneurs que de receveurs potentiels ?

Depuis plusieurs décennies, des scientifiques cherchent la possibilité de rendre le sang plus universel en supprimant les antigènes présents à la surface des globules rouges pour les rendre compatibles quel que soit le groupe sanguin du receveur. Jusqu’à présent, les expérimentations n’ont jamais abouti à un usage à grande échelle : les enzymes utilisées pour supprimer les antigènes n’étaient pas assez efficaces.

Des enzymes du microbiote intestinal au sous le feu des projecteurs

Grâce aux nouvelles techniques d’analyse, des chercheurs canadiens ont réussi à identifier de nouvelles enzymes d’intérêt. Celles-ci ont été identifiées chez des bactéries du microbiote intestinal présentes chez l’Homme et ont la capacité à convertir les antigènes A en antigène H. En mettant en contact du sang de groupe A avec 2 de ces enzymes, les chercheurs ont ainsi réussi à fabriquer du sang du groupe O. Le point fort de cette découverte réside dans les enzymes identifiées : celles-ci sont plus spécifiques et ont une activité plus forte que les enzymes précédemment étudiées, d’où une meilleure efficacité.

Malgré ces données encourageantes, l’ère du sang universel n’est pas encore arrivée. Même si l’équipe de chercheurs a validé que le « nouveau » sang de groupe O n’était pas reconnu par les anticorps anti-A, ceci reste à confirmer chez l’Homme. En effet plusieurs systèmes de compatibilité sont présents sur nos cellules, les système ABO et rhésus étant les plus communs pour les cellules sanguines. Il faut donc s’assurer que d’autres mécanismes de reconnaissance du « soi » ne risquent pas de compliquer la transfusion sanguine.

L’analyse de sang : une mine d’informations sur votre état de santé

En attendant de trouver un substitut au sang, le don reste la seule solution ! Il s’agit d’un geste simple, utile et essentiel. Habitué ou néophyte, profitez de l’occasion « Un mois pour TOUS donner ! » pour continuer cet élan de générosité.
Vous trouverez toutes les infos sur le don du sang sur le site de l’Établissement Français du Sang.

© Établissement Français du Sang

Sources

Établissement Français du Sang,
– Raffled P et al., « An enzymatic pathway in the human gut microbiome that converts A to universal O type blood. », Nat Microbiol., juin 2019,,
Science,
Futura Sciences.

Béatrice Février

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