Entre nos reins et notre microbiote intestinal, apparemment aucun point commun. Pour autant, notre microbiote s’immisce dans de nombreux troubles métaboliques, physiologiques ou comportementaux à différents niveaux de notre organisme. Alors pourquoi n’aurait-il pas un rôle dans l’insuffisance rénale chronique ?

Au début était l’insuffisance rénale chronique

L’insuffisance rénale chronique ou IRC correspond à une diminution de la fonction rénale. Cette maladie s’installe progressivement et de manière irréversible, le stade ultime étant la perte totale de l’activité des reins. Le sang n’est alors plus filtré et les déchets s’accumulent dans le sang et l’organisme : déchets de notre propre métabolisme, déchets alimentaires ou composés microbiens.
Le développement d’une IRC est souvent associé à la présence d’une autre pathologie chronique : diabète,hypertension artérielle, maladie génétique, maladie auto-immune inflammatoire, … Les reins sont alors des victimes collatérales.

Le microbiote intestinal entre dans le jeu

Le microbiote intestinal s’avère lui-aussi être une victime collatérale. L’environnement de l’IRC va favoriser l’installation d’une dysbiose : la modification de l’alimentation, le transit ralenti, la supplémentation en fer, la moindre consommation de fibres alimentaires, la prise régulière d’antibiotiques, … tous ces éléments contribuent à modifier le microbiote.

Ensuite tout s’enchaîne et tout est relié :
– l’accumulation de toxines (non filtrées et éliminées par les reins) favorise l’inflammation,
– la barrière intestinale est altérée, et une augmentation de la perméabilité intestinale est observée,

La perméabilité intestinale, quand notre intestin devient une passoire

– la présence de résidus protéiques dans le côlon participe au développement des bactéries protéolytiques (qui utilisent les protéines comme source d’énergie) et augmente la production de toxines issues de leur dégradation
– à l’inverse, les bactéries qui fermentent les fibres alimentaires et résidus glucidiques sont lésées et ne synthétisent plus les composés bénéfiques à une fonction intestinale normale (acides gras à chaîne courte, vitamine K, …).

Cet état d’inflammation généralisée et la présence de toxines dans l’organisme favorisent à leur tour la progression de l’IRC et de ses complications.

Le microbiote intestinal comme cible thérapeutique ?

Comme pour toutes les autres pathologies ayant montré une implication du microbiote intestinal, ce dernier peut constituer une cible thérapeutique dans le cas de l’IRC.
La découverte du rôle du microbiote intestinal étant récente, la recherche n’en est encore qu’à ses débuts mais plusieurs pistes sont déjà envisagées pour moduler le microbiote intestinal :
Intervention nutritionnelle (augmenter les apports en fibres alimentaires par exemple),
– Apport de prébiotiques, probiotiques ou symbiotiques,
Transplantation fécale.

Dans tous les cas, la finalité sera de réduire la production de toxines et rééquilibrer le microbiote vers un état plus physiologique voire néphroprotecteur.

Le microbiote fécal, parent pauvre du microbiote intestinal

Sources

Ameli,
– Castillo-Rodriguez E, Fernandez-Prado R et al., « Impact of Altered Intestinal Microbiota on Chronic Kidney Disease Progression » Toxins (Basel), 2018 Jul 19;10(7).
– Chen YY, Chen DQ et al., « Microbiome-metabolome reveals the contribution of gut-kidney axis on kidney disease », J Transl Med., 2019 Jan 3;17(1):5.
–  Cigarran Guldris S, González Parra E, Cases Amenós A., « Gut microbiota in chronic kidney disease », Nefrologia, 2017 Jan – Feb;37(1):9-19.

Béatrice Février