À ma gauche, l’aluminium, un composé extrêmement présent dans notre environnement. À ma droite, le Syndrome de l’Intestin Irritable (SII), un trouble fonctionnel de l’intestin mal connu et mal pris en charge. Aluminium et SII, quel lien entre les deux ?

Vous avez dit Aluminium… ?

L’aluminium est un composé très présent dans notre environnement. Métal le plus abondant sur terre, sa présence explique, d’une part, que nous soyons naturellement en contact avec lui.

D’autre part, l’aluminium est également présent dans notre alimentation, pour au moins trois (mauvaises) raisons :
– son utilisation comme additif alimentaire,
– la contamination d’aliments par des ustensiles de cuisine ou des emballages contenant de l’aluminium
– la consommation de produits alimentaires qui ont poussé dans des sols chargés en aluminium.

Bref il s’avère que, volontairement ou non, notre ingestion d’aluminium peut être beaucoup plus élevée que les doses tolérables déterminées par les Autorités.
Néanmoins à l’heure actuelle, cette exposition n’est pas suffisamment élevée pour conduire aux effets toxiques imputables à un surdosage d’aluminium (troubles du système nerveux et des os).

…et SII !?

Une équipe de chercheurs de l’Université de Lille a voulu étudier le lien entre aluminium et SII afin d’identifier le rôle du second sur la survenue de ce trouble fonctionnel.

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Leurs travaux s’appuyaient sur des études précédentes ayant montré que l’aluminium pouvait altérer l’intégrité intestinale et, ainsi, favoriser l’inflammation dans des modèles de maladies inflammatoires de l’intestin. Et leur piste était intéressante…

Pendant un mois, les chercheurs ont soumis des rongeurs à des doses d’aluminium équivalentes aux expositions humaines.

En comparaison aux rongeurs témoins, ils ont alors observé une augmentation de la sensibilité intestinale chez ces rongeurs, à l’origine des douleurs abdominales décrites dans les cas de SII.

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Cet effet était par ailleurs dose-dépendant – la sensibilité augmentait quand la dose d’aluminium administrée augmentait – et perdurait dans le temps – l’hypersensibilité persistait malgré l’arrêt des administrations.
De plus, en cas de nouvelle exposition à l’aluminium, la sensibilité réapparaissait et était plus importante que lors de la première exposition.
Enfin, une plus grande sensibilité était observée chez les rongeurs femelles comparativement aux rongeurs mâles, à l’instar de l’effet genre observé chez les patients souffrant du SII.

Forts de ces découvertes, les chercheurs ont poussé un peu plus loin leurs investigations pour tenter de comprendre les mécanismes mis en jeu. Ceux-ci mettent en évidence une activation de cellules du système immunitaire et une stimulation de récepteurs liés à la douleur.

En définitive, d’après ces résultats, l’aluminium pourrait être considéré comme un facteur de risque du SII. Cette première conclusion ouvre la voie à des prises en charge ciblées : alimentation pauvre en aluminium, moindre contact avec l’aluminium environnemental, médicaments ciblant l’aluminium…

Sources

– Bretin A, Gewirtz AT. Aluminum Meddles With Visceral Pain Perception. Cell Mol Gastroenterol Hepatol. 2019;7(1):235-236.
– Esquerre N, Basso L, Dubuquoy C, Djouina M, Chappard D, Blanpied C, Desreumaux P, Vergnolle N, Vignal C, Body-Malapel M. Aluminum Ingestion Promotes Colorectal 
– EFSA. Scientific Opinion of the Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Food Contact Materials on a request from European Commission on Safety of aluminium from dietary intake. The EFSA Journal (2008) 754, 1-34.
– Anses. Exposition à l’aluminium par l’alimentation. Définitions et présentation des travaux de l’Agence.

béatrice Février

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