Les travaux du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France ont estimé la part des cancers liés à des facteurs de risque ou à l’environnement. Le verdict de ces travaux est sans appel : près de 4 cancers sur 10 pourraient être évités car directement imputables à des facteurs de risque ou à l’environnement. 

Les facteurs pris en compte

Ce projet collaboratif de 2018, réunissant plus de 80 experts de la santé publique en France, a étudié la part des cancers liés à notre mode de vie ou à l’environnement. Pour ce faire, ce projet a étudié en 2015 des adultes de plus de 30 ans exposés à 13 facteurs comme par exemple le tabac, l’alcool, l’alimentation, un manque d’activité physique, la pollution atmosphérique… Une estimation de la fraction de cancers attribuable à chacun desdits facteurs a été estimée pour toutes les personnes étudiées.

Parmi les 346 000 nouveaux cas de cancers, 142 000 sont liés aux facteurs de risque étudiés. Ainsi, plus de 4 cas de cancers sur 10 seraient liés à notre mode de vie ou à l’environnement. 84 000 ont été enregistrés chez les hommes contre 58 000 chez les femmes. Fait important : chez 44% des hommes et 37% des femmes, la maladie est directement liée au mode de vie et à l’environnement.

Le podium des facteurs à risque

1 – Le tabac

Vous ne serez guère surpris : le tabac, l’alcool et l’alimentation ont un rôle important dans l’incidence des cancers. Le tabac en France a causé près de 20% des cancers. Aussi les mesures prises par l’État font-elles du tabac une priorité de santé publique. Paquet neutre, forte augmentation du prix – multiplié par 4 depuis 2000 – , les mesures semblent efficaces : depuis 2000, la consommation de tabac a diminué de 46% en France. Si Agnès Buzyn (notre ministre des solidarités et de la santé, NDLR) se félicite de la forte baisse de la vente de tabac en 2018 – 9,3%, un record – il reste encore un long chemin à parcourir.

2 – L’alcool

La deuxième cause de cancers des Français est attribuée à… l’alcool, responsable de 8% des nouveaux cas. Si la lutte de l’État contre le tabac est effective et bien engagée, celle contre l’alcool se fait attendre. Aussi est-il actuellement question d’instaurer un prix minimum des boissons alcoolisées sur les lieux de fête. Augmenter le prix pour que décline la consommation ? Cette stratégie commence à faire ses preuves pour la cigarette, alors pourquoi ne serait-ce pas le cas pour l’alcool ? Marie-Josée Augé-Caumon, du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) affirme à l’APF que « l’idée, c’est d’instaurer un prix minimum dans tous les lieux qui ont l’habitude de pratiquer des prix bas pour l’alcool, c’est-à-dire les lieux de fêtes pour les étudiants ou les fêtes professionnelles ». Mais Agnès Buzyn rétorque que « c’est très compliqué d’imposer un prix minimal dans certains lieux et pas dans d’autres. C’est une belle proposition, mais techniquement très compliqué [à mettre en place] ». Affaire à suivre…

3 – Alimentation, surpoids et obésité

L’alimentation des Français vient compléter ce podium, responsable de 5,7% de nouveaux cas de cancers chez les hommes. Produits trop gras, trop sucrés ou trop salés, aliments ultra-transformés… la liste des produits alimentaires néfastes à notre alimentation est toujours plus longue. Si le Programme National Nutrition Santé a mis a jour ses recommandations, la prévention semble à ce jour bien trop limitée.

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Chez les femmes, ce n’est pas l’alimentation qui complète ce podium des facteurs à risque de cancers mais le surpoids et l’obésité, dont on ne peut que souligner la causalité certaines existant entre ces facteurs. Le surpoids et l’obésité représentent en effet 6,8 % des nouveaux cas de cancers chez les femmes.

4 cancers sur 10 pourraient être évités : la faute à la prévention ?

Les experts sont unanimes : hormis le tabac, la prévention concernant lesdits facteurs à risque est très largement insuffisante. Si des idées et des mesures fusent ça et là, elles peinent à s’inscrire dans la pensée collective, qu’il s’agisse des deuxième et troisième facteurs à risque (alcool, alimentation/surpoids), ou des autres facteurs (exposition aux UV, infection, activité physique insuffisante…). Pourtant, c’est bel et bien la prévention qui semble être la meilleure manière de lutter contre le cancer.
Mais une amélioration est attendue. Une donnée a retenu toute notre attention : deux tiers des Français estiment que les cancers causés par la pollution sont plus conséquents que ceux liés à l’alcool. Or, la pollution atmosphérique ne représente qu’1% des causes de cancers. Information et prévention semblent donc nécessaires et urgents pour une prise de conscience collective permettant, à terme, de réduire le nombre de nouveaux cas de cancers.

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Sources

Bulletin épidémiologique hebdomadaire,
Réseau Régional de Cancérologie Île-de-France,
Santé Pratique Paris,
Le Monde.

Jonathan Epaillard