Cela fait un moment que les sucres dans l’assiette sont diabolisés. Pourtant, des chercheurs s’en inspirent aujourd’hui dans l’espoir de mettre un terme à certaines pathologies. Explications.

Les sucres au service de la santé, vraiment ?

Si l’on se méfie beaucoup du sucre, ce dernier donne aussi des idées presque loufoques à certains chercheurs. Les spécialistes des glycosciences notamment pensent à de nouvelles voies thérapeutiques. Pour rappel, il convient de distinguer le terme « sucre » signifiant saccharose et les « sucres », qui évoquent l’ensemble des glucides.

Anne Imberty, directrice du Centre de recherche sur les macromolécules végétales (Cermav) du CNRS à Grenoble explique parfaitement cet intérêt : « Ces sucres complexes sont impliqués dans la plupart des maladies chroniques et infectieusesIls sont en effet reconnus par des récepteurs protéiques qui se trouvent sur les bactéries et les virus mais aussi sur les cellules du système immunitaire. »

Sucres et microbiote intestinal : une catastrophe annoncée

Des leurres pour lutter contre les agents pathogènes

Ainsi, les équipes de recherche ont commencé à façonner des molécules « leurres » afin d’imiter l’action desdits glucides et avec un pouvoir d’attraction démultiplié. Ces leurres permettent ainsi aux agents pathogènes de s’y fixer pour ne pas s’accrocher aux cellules de la paroi intestinale ou pulmonaire, déclenchant de fait une réaction infectieuse. La chercheuse Julie Bouckaert explicite parfaitement le fonctionnement des molécules leurres : « Ces molécules “antiadhésives” permettent de neutraliser un micro-­organisme pathogène, d’atténuer non seulement l’infection mais aussi l’inflammation ».

D’ailleurs, il est important de comprendre que les glucides complexes connaissent un enchaînement de réactions enzymatiques dans un dessein d’assemblage et d’association à d’autres molécules, à savoir les lipides ou les protéines. C’est ce que l’on appelle la glycosylation. La biochimiste Anne Harduin-Lepers veille activement à comprendre cet enchaînement de réactions : « Si nous parvenons un jour à identifier les mécanismes moléculaires qui sous-tendent cette perturbation, nous pourrons développer de nouvelles voies thérapeutiques agissant directement sur les enzymes de la ­glycosylation ». Un dérèglement des réactions enzymatiques des glucides serait en cause dans les cancers épithéliaux tels ceux du sein ou du côlon.

Le monde de la recherche focalisé sur les sucres

Les équipes du CNRS multiplient les recherches sur les potentiels bénéfices des sucres. Zoom sur deux travaux très prometteurs.

1 – Des oligosaccharides en guise de prébiotiques

Un procédé d’extraction des hémicelluloses (un constituant du bois qui contient de nombreux glucides) a permis à l’équipe LGP2 du Cermay d’isoler « un mélange d’oligosaccharides au fort potentiel prébiotiques ».

Lesdits glucides ont d’abord été testés sur des bactéries de notre microbiote intestinal, puis sur des souris. Les chercheurs ont ainsi pu prouver que l’absorption des oligosaccharides permettait la prolifération des « bonnes » bactéries au sein de leur microbiote. Christine Chirat, professeure en chimie du bois au LGP2 et coordinatrice des travaux souligne d’ailleurs que « les indicateurs moléculaires de l’inflammation atteignaient des niveaux de concentration moins élevés que chez des souris n’ayant pas reçu de prébiotiques ».

Ce mélange d’oligosaccharides naturel, permettrait à terme de corriger une carence en fibres et pourrait être utilisé dans la lutte contre l’obésité ou les MICI.

Dans la famille FODMAPs, on demande la lettre O comme Oligosaccharide !

2 – De l’acide hyaluronique pour lutter contre la destruction du tissu cérébral

Oui, il s’agit du même acide hyaluronique que l’on retrouve dans nombre d’anti-rides ! Mais il faut également savoir que ses longues chaînes de sucres permettent à nos cellules de bien se développer, notamment au niveau du cerveau. L’équipe de Rachel Auzély-Velty a eu l’ingénieuse idée de le combiner à un oligomère d’acides aminés (des fragments de protéines courts) afin de créer un gel pouvant potentiellement contrôler la régénération du tissu cérébral : « En injectant notre gel dans le cerveau de rats, nous avons déjà pu démontrer sa biocompatibilité tout en constatant par IRM que celui-ci restait parfaitement localisé dans la zone ciblée par l’injection ».

 L’association de ce gel et des cellules souches neurales, l’équipe pense actuellement à la reconstruction « des réseaux de neurones fonctionnels au niveau de zones cérébrales lésées à la suite d’un AVC ». Outre l’AVC, cette association permettrait un jour de compenser l’annihilation des cellules nerveuses liées à la maladie de Parkinson.

Sources

– Grégory Fléchet, « Les sucres, nouvelles molécules de la santé », Le Journal du CNRS. Toutes les citations de notre article proviennent du Journal du CNRS.

LQDP