Ce mardi 8 octobre, Agnès Buzyn a exposé la feuille de route sur la prise en charge de l’obésité 2019 – 2022 du gouvernement lors des 5e journées des Centres spécialisées d’Ile-de-France. Cette feuille de route s’appuie sur le 4e plan national nutrition santé (PNNS) et s’articule autour de trois grands axes : la prévention, l’’encadrement de la chirurgie bariatrique et les Centres spécialisés de l’obésité. Décryptage.

Prévention de l’obésité : l’enfant d’abord

Cette feuille de route suit les directives du 4e plan national nutrition santé exposé en septembre. Sans surprise, elle insiste sur la prévention de l’obésité chez l’enfant et rappelle les objectifs du gouvernement pour 2023 «une diminution de 15% de l’obésité, une stabilisation du surpoids chez les adultes et de diminution de 20% du surpoids et de l’obésité chez les enfants et les adolescents ».

La ministre a déclaré que cette prévention se fera dès le plus jeune âge. Le médecin ou professionnel de santé sera chargé de détecter précocement les personnes obèses ou à risque d’obésité par « une saisie régulière du poids et de la taille par tout médecin ou autre professionnel de santé, dans le Dossier Médical Partagé-DMP, dès le plus jeune âge ». Le gouvernement suit les constatations et recommandations de l’OMS « Les enfants en surpoids et obèses risquent de rester obèses une fois adultes et sont plus susceptibles de contracter des maladies non transmissibles telles que diabète et maladies cardiovasculaires à un âge plus précoce. Le surpoids et l’obésité, ainsi que les maladies qui leur sont liées, sont en grande partie évitables. La prévention de l’obésité de l’enfant doit donc se voir accorder un haut degré de priorité ».

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Obésité : vers un contrôle de la chirurgie bariatrique

Deuxième axe, exposé par la ministre de la Santé, contrôle de la pertinence des soins et plus particulièrement le recours à la chirurgie bariatrique. 

La ministre précise : « Je l’annonce donc aujourd’hui devant vous : l’activité de chirurgie de l’obésité fera l’objet d’une autorisation spécifique donnée aux établissements de santé autour de critères qualité soigneusement définis. ». Il existe actuellement un nombre important de patients qui ont recours à cette méthode de façon abusive. Agnès Buzyn n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que la chirurgie bariatrique doit être « régulée ».

En effet, selon un rapport de la Drees, « La chirurgie bariatrique, destinée à traiter chirurgicalement les grands obèses, s’est développée de manière très rapide en France depuis plus de vingt ans. Le nombre d’interventions a été multiplié par plus de 20, passant de 2 800 en 1997 à 59 300 en 2016. Le taux d’hospitalisation a, lui, progressé de 0,5 à 8,9 séjours pour 10 000 personnes ». Face à cet engouement, la ministre rappelle que le recours à cette chirurgie doit se faire « dans des cas très précis, définis par la HAS ». Ainsi, la HAS précise bien que cette chirurgie est le dernier recours et ne doit être pratiquée que dans des conditions précises :
« La chirurgie bariatrique est réservée aux personnes :
– avec un indice de masse corporelle (ou IMC) > 40 kg/m², ou > 35 kg/m² avec une complication associée (par exemple diabète de type 2, HTA, syndrome d’apnée-hypopnée obstructive du sommeil) ;
– âgées de 18 à 60 ans ;
– n’ayant pas de contre-indication d’ordre psychologique ;
– qui ne présentent pas de risque opératoire particulier. »

La ministre s’inquiète notamment de cette pratique sur les mineurs « Et je suis particulièrement alertée par des interventions qui se pratiquent sur des patients mineurs, pour lesquels la chirurgie bariatrique ne doit intervenir qu’à titre très exceptionnel. »

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Orientation et formation pour une prise en charge optimale de l’obésité

Afin de mettre en place un parcours de soin adapté à chaque personne, la ministre a choisi de s’appuyer sur les centres spécialisés de l’obésité (CSO) qui seront « les garants d’une prise en charge pertinente et concertée des patients ». Ces centres seront des pivots qui devront conseiller et diriger les patients vers la solution la plus adaptée pour eux mais aussi informer voire former les professionnels de santé. C’est pourquoi, la ministre a bien précisé que le professionel « doit (…) accéder aux formations nécessaires, notamment pour promouvoir l’éducation thérapeutique de son patient ». 

Enfin, la recherche clinique et épidémiologique n’est pas oubliée. Elles sont l’unique moyen « pour mieux comprendre les causes de l’obésité et mieux orienter les dispositifs de prise en charge ».

Sources

– Discours d’Agnès Buzyn, 8 octobre 2019,
Organisation Mondiale de la Santé,
Ameli.

Léa Coulanges