Souffrir de la maladie de Crohn, c’est osciller indéfiniment entre des périodes de poussées avec des symptômes, digestifs et plus généraux, particulièrement handicapants dans la vie de tous les jours, et des périodes de rémission sans symptômes. Autant de phases et autant de causes à essayer de comprendre…

Au début est la maladie de Crohn

Tout comme les mécanismes de survenue de la maladie de Crohn ne sont pas clairement établis, la succession des phases d’activités et de rémission reste obscure. Quels facteurs sont à l’origine des poussées ? Pourquoi l’inflammation de l’iléon et tous les symptômes associés diminuent-ils ensuite ? Et pourquoi le mécanisme inflammatoire se ré-active ? Même si plusieurs pistes co-existent, parmi lesquelles l’environnement et la génétique, celle du microbiote intestinal intéresse particulièrement les chercheurs.

Microbiote intestinal et maladie de Crohn

L’affaire est maintenant connue : les patients atteints de la maladie de Crohn ont un microbiote intestinal différent de celui des personnes considérées saines. Moindre diversité microbienne, diminution de certaines bactéries aux propriétés anti-inflammatoires, abondance de bactéries toxiques,… chez ces patients, l’équation n’est pas en faveur d’une bonne santé intestinale et d’une bonne santé tout court.
Mais quand on parle de maladie de Crohn et de déséquilibre du microbiote, il serait restrictif de considérer sur le même plan les patients en période de crise et les patients en rémission.

Microbiote intestinal et MICI : et si tout était lié ?

La phase de rémission : un microbiote pas tout à fait malade, mais pas complètement sain non plus

Une équipe de recherche brésilienne a étudié en particulier le statut et le microbiote intestinal de patients en phase de rémission et les a comparés à des personnes saines. En théorie, ces deux groupes de personnes devraient être similaires puisque pour les patients, les symptômes de la maladie sont absents et l’inflammation est calmée. Or la réalité est un peu différente :
Une dysbiose est observée même lors des phases de rémission, avec une population de bactéries déplétées, en quantité moindre, (dont Akkermansia connue pour ses propriétés anti-inflammatoires) et à l’inverse des bactéries néfastes plus nombreuses ;
– Des similitudes avec le microbiote intestinal des patients en phase active de la maladie de Crohn, observées au niveau de souches bactériennes corrélées à cette phase active ;
– La faible présence de Saccharomyces cerevisiae, une levure naturelle de notre microbiote intestinale, connue pour limiter les réactions inflammatoires. Sa carence pourrait favoriser les rechutes ;
– Comme lors des phases de poussées, une production plus importante de mucines, des protéines présentent dans le mucus qui protège les cellules intestinales des agressions. La présence de ces mucines pourrait constituer un système d’anticipation pour atténuer la réponse inflammatoire en cas de nouvelle poussée.

Les données reportées ici sont issues d’une étude de faible envergure et devront donc être confirmées pour en tirer des conclusions. Elles apportent néanmoins de nouveaux éléments pour mieux comprendre la maladie de Crohn et prendre en charge les patients.

Game of Crohn – Journal d’une maladie difficile à digérer

Sources

Gut Microbiota for Health,
– Magro DO, Santos A, Guadagnini D, et al., « Remission in Crohn’s disease is accompanied by alterations in the gut microbiota and mucins production ». Sci Rep., 2019 Sep 13;9(1):13263,
Ameli, « Comprendre la maladie de Crohn ».

Béatrice Février

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