Il existe différentes formes de jeûne. Le jeûne complet, ni boire, ni manger. Le jeûne hydrique, on ne boit que de l’eau ; ou encore le jeûne avec monodiète, on ne boit que du bouillon de légumes, par exemple. Le jeûne a beaucoup attiré l’attention des médecins surtout en raison des témoignages positifs des patients. Dans le cas des maladies comme Crohn ou la RCH, le jeûne a des vertus que l’on remarque chez les souris. Quand va-t-on les remarquer chez l’homme ? 

Jeûne et MICI : qu’en pensent les médecins ?

En 2015, le Pr Schlienger de la Faculté de Strasbourg, écrivait « Le jeûne entraîne une diminution du stress oxydatif et de l’inflammation, accroît la protection et la résistance cellulaire aux agressions, augmente la sensibilité à l’insuline, et modifie la régulation hormonale du métabolisme cellulaire ». S’il ne reconnaît pas les bienfaits du jeûne dans le cadre d’un régime contre l’obésité ou l’insulinorésistance, il note en revanche que « Le jeûne a des effets intéressants dans la prévention et le traitement du cancer. Appliqué à des modèles animaux de tumeur, il ralentit la prolifération et optimise l’efficacité de la chimiothérapie, tout en améliorant sa tolérance, à condition d’éviter l’installation d’une dénutrition ». Cette remarque est importante, jeûner ne doit pas entraîner un état de dénutrition qui serait fatal dans le cas d’une personne cancéreuse. Cependant, il regrette le peu d’études scientifiques et « les rares études chez l’homme. »

Une nouvelle formule de jeûne

Depuis 2017, le chercheur Valter Longo,  directeur de l’institut de longévité de l’University of Southern California,  propose une nouvelle forme de jeûne : le Fasting Mimicking Diet (FMD), ou la « diète qui imite le jeûne ». Concrètement, il remarque que certains patients ont du mal à jeûner durant 5 jours. Il  crée donc « un régime qui place le corps dans un état de restriction calorique (750 à 1 100 calories par jour) pendant 4 à 5 jours, tout en apportant en bonnes proportions des carbohydrates, des protéines et des acides gras, ainsi que des vitamines et des minéraux. » Les études ont toutes été menées chez des modèles murins présentant une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). Deux groupes de souris ont été testés. Le premier a suivi le régime FMD en consommant pendant 4 jours, 50 % de l’apport calorique normal le premier jour puis du 2e au 4e jour seulement 10 % de l’apport calorique normal. Le second groupe jeûne pendant 48 heures, ne buvant que de l’eau.

« Les résultats montrent que 2 cycles de régime FMD, espacés par 4 semaines d’alimentation normale, semblent suffisants pour atténuer certaines pathologies (et en inverser d’autres) ou certains symptômes associés aux MICI. Ces 2 cycles réduisent l’inflammation intestinale, augmentent le nombre de cellules souches, stimulent un microbiote intestinal protecteur (riche notamment en Lactobacillus) et inversent la pathologie intestinale. En revanche, le jeûne à l’eau est moins efficace : il favorise la régénération et réduit l’inflammation, mais n’inverse pas la pathologie intestinale. » Et les résultats, plutôt favorables à ce régime, sont publiés dans des revues médicales en 2017.

Le jeûne intermittent, bon pour le corps ?

Des bénéfices aussi constatés sur la glycémie

Ils montrent aussi que cette nouvelle forme de jeûne permet, en outre, de stabiliser la glycémie dans des modèles animaux de diabète en régénérant de nouvelles cellules pancréatiques à la place de celles qui dysfonctionnent. « Ainsi, pour la première fois, une diète qui imite les effets du jeûne semble permettre de renverser l’évolution d’un diabète en reprogrammant de nouvelles cellules pancréatiques réduisant ainsi les symptômes de diabète de type 2 mais également de type 1 chez les souris. Cette étude a été également menée sur des tissus de pancréas de donneurs humains avec des résultats prometteurs. Ils ont démontré que le jeûne et la FMD permettent l’augmentation de l’expression d’une protéine (neurogénin-3) qui favorise la production de cellules saines productrices d’insuline ».

Attention, le Pr Longo souligne aussi l’importance de la réalimentation« Il est vraiment remarquable de constater qu’au cours des 100 dernières années de recherche sur la restriction calorique, personne n’a reconnu l’importance de la réalimentation. La restriction est comparable à une démolition. Mais il faut reconstruire. Sans cela, il n’y a pas de bénéfice ». Les résultats de ces expériences ont en effet montré que la croissance et le remplacement des tissus intestinaux endommagés surviennent surtout durant la période de réalimentation après le régime FMD.

Des MICI, des souris et des hommes

Face à ces résultats très encourageants, le Pr Longo a décidé de reporter cette expérience chez l’homme. C’est ainsi qu’en mars dernier, il déclarait au Quotidien du Médecin, « Nous allons débuter dans six mois une étude randomisée afin d’évaluer l’efficacité d’un régime mimant le jeûne chez 150 patients affectés de la maladie de Crohn ou de la rectocolite hémorragique. Nous devrions avoir les résultats dans 2 ans ».

En attendant les résultats, le Pr Longo a mis au point un package d’aliments sains confectionnés sous forme de sachets, box, boissons… contenant des aliments hypocaloriques faibles en protéines et en glucides et riche en bonnes graisses qui vont mimer l’état de jeûne. Pour l’instant cette diète n’est pas commercialisée en France mais uniquement aux État-Unis, en Italie ou en Australie.

Microbiote intestinal et MICI : et si tout était lié ?

Sources

Schlienger J.-L. « Le jeûne a-t-il un intérêt médical ? », Médecine des maladies Métaboliques, nov. 2015, Vol. 9, n° 7, p. 681-686 (novembre 2015),
Le Quotidien du Médecin,
– Cheng CW et al., « Fasting-Mimicking Diet Promotes Ngn3-Driven β-Cell Regeneration to Reverse Diabetes », Cell., février 2017, 168 (5), p. 775-788,
– Wei M et al., « Fasting-mimicking diet and markers/risk factors for aging, diabetes, cancer, and cardiovascular disease »,  février 2017, 9(377),
La Nutrition Santé.

Léa Coulanges