L’équipe médicale du Centre Antoine Lacassagne de Nice a réalisé une grande prouesse : 40 secondes d’irradiation au lieu de 6 semaines de radiothérapie pour traiter certaines patientes atteintes d’un cancer du sein. Une prouesse possible grâce à une machine : le Papillon +.

Le Papillon + et l’irradiation express

Le Pr Jean-Pierre Gérard, radiothérapeute au Centre Antoine Lacassagne, a conçu en partenariat avec la start-up Ariane Cpy une machine permettant de réduire drastiquement le temps d’irradiation pour certaines patientes ayant un cancer du sein : le Papillon +. Une première opération réussie, réalisée durant l’opération alors que la patiente était sous anesthésie générale. Une innovation encore sur le banc d’essai mais qui pourrait, à terme, permettre de soigner 10 % des patientes, notamment les plus âgées avec de petites tumeurs.

La machine à irradiation accélérée existe depuis une dizaine d’années. Jusqu’alors, la plus réputée était l’Intrabeam, qui permettait d’irradier les tumeurs en une trentaine de minutes. Mais aujourd’hui, grâce au Papillon +, la même dose de rayon X est délivrée en moins d’une minute via un système de refroidissement breveté.

Le principe ? Une fois la tumeur enlevée, les médecins positionnent sur la zone concernée un applicateur sphérique afin de placer un tube à rayons X. L’irradiation peut alors commencer, la patiente étant sous anesthésie générale.

Le double intérêt de Papillon +

La mise au point d’une irradiation si rapide fait gagner énormément de temps aux équipes médicales qui n’ont plus à sortir de la salle d’opération 30 minutes durant. Cela devrait en outre permettre de libérer plus rapidement les blocs opératoires.
Et surtout, comme l’explique le Pr Gérard à Sciences et Avenir, « ça dédramatise la maladie ». La première patiente qui a bénéficié du Papillon + a été admise le matin du 26 octobre 2018 au bloc, s’est réveillée à midi et a pu rentrer chez elle le soir même. Une angoisse en moins pour les patientes chez qui le traitement usuel nécessite plusieurs jours d’hospitalisation suivant l’opération ainsi que 6 semaines de radiothérapie.

Un essai est en cours sur 46 patientes atteintes d’un cancer du sein afin de démontrer l’efficacité de Papillon +. Et l’Agence Nationale de Sécurité du médicament (ANSM) étudie actuellement l’efficacité de l’Intrabeam pour un usage étendu à l’ensemble des centres du territoire français. Si l’Intrabeam est validé par l’ANSM, Papillon + devrait très probablement connaître un destin similaire.

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L’irradiation express à destination des patientes les plus âgées

Le Professeur estime que cette voie de traitement doit être réservée aux patientes les plus fragiles, âgées de plus de 70 ans. Un traitement dédié à ces patientes pas uniquement à cause de leur fragilité, mais aussi en fonction de la densité mammaire. En effet, la densité mammaire est calculée selon la quantité de tissu par rapport à la graisse et se révèle plus élevée chez les sujets les plus jeunes, les tumeurs étant de fait plus difficiles à caractériser.

De plus, ce type d’irradiation doit être proposé uniquement si les tumeurs font moins de 2 centimètres, classées T1. Car, le Pr Gérard le rappelle, « il y a plus de risques d’avoir des cellules tumorales en périphérie des grosses tumeurs par rapport aux petites ». Les rayons X de cette machine ciblant une zone très limitée, des cellules cancéreuses pourraient ne pas être traitées, provoquant de fait une rechute. Si ce traitement facilite le quotidien des patientes et du personnel médical, il ne doit pas être systématisé à toutes les patientes, mais destiné aux 20 % de patientes de plus de 70 ans présentant une petite tumeur. Le Professeur Gérard, avec son dispositif, souhaiterait un taux de rechute inférieur à 4 % pour une toxicité nulle.

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Source

Sciences et Avenir.

LQDP