Lors des Journées francophones d’hépatologie-gastro-entérologie et d’oncologie digestive (JFHOD 2019), une équipe a présenté une étude dont certains résultats ont étonné, notamment sur le taux de prescriptions d’IPP (inhibiteurs de la pompe à proton).

Le Dr Philippe Tuppin, épidémiologiste à la Caisse nationale d’Assurance maladie (Cnam), a mené une étude à partir du système national des données de santé (SNDS) de l’année 2016 avec des gastro-entérologues de l’hôpital Avicenne (Bobigny, 93), pour estimer le poids économique des médicaments gastro-intestinaux. « L’analyse a pris en compte les médicaments remboursés pour des symptômes gastro-intestinaux parmi 57,5 millions de personnes soit 86 % de la population. »

Trop de prescriptions d’inhibiteurs de la pompe à proton

Les résultats montrent que 24 % des patients avaient une prescription d’IPP. Rappelons que les inhibiteurs de la pompe à proton ou IPP, sont prescrits en cas d’ulcère mais ils sont aussi utilisés contre la dyspepsie non ulcéreuse, les œsophagites et la prévention des lésions gastriques induites par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Viennent ensuite les prescriptions pour troubles fonctionnels intestinaux (20 %), 10 % pour des laxatifs, 10 % d’anti-diarrhéiques.

Trop coûteuses

Le remboursement des IPP représente un coût de 423 millions d’euros contre 47 millions pour le remboursement des prescriptions contre les troubles fonctionnels intestinaux ; 72 millions pour les laxatifs et 76 millions pour les anti-diarrhéiques. Ils sont en général prescrits selon les recommandations, c’est-à-dire chez les nourrissons de 0 à 1 an (5 %), chez les adultes en cas d’utilisation chronique d’anti-inflammatoire (62 %) et chez les plus de 75 ans mais ils sont aussi prescrits en cas d’insuffisance rénale terminale, prescription discutable par rapport aux recommandations actuelles.

Et pas toujours recommandées

Selon l’ANSM, dans la plupart des cas les IPP sont prescrits en prévention des lésions gastroduodénales dues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez des patients ne présentant pas de facteur de risque justifiant une protection gastrique systématique ». L’agence tient à préciser que « l’intérêt de la prévention des lésions gastroduodénales en cas de prise d’AINS, chez l’adulte, n’est établi qu’en présence de facteurs de risque » précis. Les patients doivent : être âgés de plus de 65 ans ; avoir un antécédent d’ulcère gastrique ou duodénal ; être traités par antiagrégant plaquettaire, anticoagulant ou corticoïde.

Et l’agence de conclure : « Il est important de ne pas banaliser l’utilisation des IPP. En effet, bien que les IPP soient généralement bien tolérés à court terme, leur utilisation au long cours n’est pas sans risque. »

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Des effets secondaires à prendre en compte

Les effets secondaires connus des IPP, au bout d’un an de prise régulière sont assez bien connus. Il s’agit d’un risque plus élevé de fractures osseuses (chez les personnes à risques : + de 65 ans, ostéoporose connue, antécédents familiaux de fractures…), d’infections digestives et pulmonaires, de carence en vitamine B12 (risques de troubles neurologiques, cognitifs ou hématologiques) et/ou en magnésium, de cancers gastriques. Enfin, on mentionne aussi un effet rebond acide qui se « définit comme une augmentation de la sécrétion acide à l’arrêt des IPP (…) pouvant contribuer à la dépendance au traitement » (3).

Cette étude nous rappelle bien que les médicaments ne doivent pas être utilisés à tort. Citons à cette occasion un Professeur de pharmacologie de Lausanne, Georges Peters (1920-2006), «Si un médicament n’a pas d’effet secondaire, c’est qu’il n’a pas d’effet primaire ».

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Sources

Agence Nationale de la Sécurité du Médicament,
– Association Française de Formation Médicale Continue en Hépato-Gastro-Entérologie,
Egora.

Léa Coulanges

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