Afin de traiter une gastrite, les médecins prescrivent des IPP, ou inhibiteurs de la pompe à protons. Mais cette forte prescription des médicaments contre la gastrite va à l’encontre des recommandations de l’ANSM. Une utilisation trop conséquente et à long terme des IPP impliquerait-elle des risques pour la santé ? Décryptage.

Gastrite et inhibiteurs de la pompe à protons (IPP)

La gastrite aiguë se caractérise par une inflammation aiguë de la muqueuse gastrique (couche interne de l’estomac) définie par des lésions endoscopiques. Elle est le plus souvent provoquée par l’alcool, les médicaments (comme l’aspirine) ou la primo-infection à Helicobacter pylori. Ce sont les IPP qui sont majoritairement prescrits en cas de gastrite mais pas seulement. Ils peuvent aussi faire l’objet d’une prescription en cas de :
reflux gastro-œsophagien,
– ulcère gastrique,
– ulcère duodénal,
– lésions gastroduodénales liées aux anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Les IPP inhibent la pompe produisant l’acidité dans l’estomac, donc régulent la production d’acide. Les IPP sont absorbés au niveau de l’intestin grêle pour bloquer la sécrétion acide des cellules situées dans la paroi de l’estomac.

Une prescription des IPP trop conséquente

L’Agence Nationale de la Sécurité du Médicament (ANSM) souligne dans une étude récente que près de 16 millions de personnes ont eu une prescription d’IPP, « qui ne semble pas toujours en adéquation avec les recommandations ». En effet, les IPP sont fréquemment utilisés « en prévention des lésions gastroduodénales dues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez des patients ne présentant pas de facteur de risque justifiant une protection gastrique systématique ». Sur ces 16 millions d’utilisateurs, il s’agissait d’une première prescription d’IPP dans la moitié des cas. Pour ces derniers, les IPP étaient associés à un traitement par AINS. Or, l’ANSM révèle que dans 80% des cas, « aucun facteur de risque justifiant l’utilisation systématique d’un IPP en association avec un AINS n’était identifié ».

L’ANSM rappelle en outre que la prévention des lésions gastroduodénales en cas de prise d’AINS chez l’adulte n’a d’intérêt que si les facteurs de risque suivants sont présents :
– être âgé de plus de 65 ans,
– avoir un traitement d’ulcère gastrique ou duodénal,
– être traité par un antiagrégant plaquettaire, anticoagulant ou corticoïde.

Si 16 millions de personnes ont eu une prescription d’IPP, l’ANSM souligne « qu’il est important de ne pas banaliser l’utilisation des IPP. En effet, bien que les IPP soient généralement bien tolérés à court terme, leur utilisation au long cours n’est pas sans risque. »

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Les IPP sont-ils dangereux pour la santé ?

Libération a récemment relayé l’inquiétude de l’un de ses internautes ayant lu des études préoccupantes sur l’utilisation des IPP. En effet, les IPP ne sont pas quelconques. La fiche de l’Omeprazole (l’IPP le plus courant) sur la base de données publique des médicaments n’est guère rassurante : « la prise d’un inhibiteur de la pompe à protons pendant plusieurs mois expose à un risque de baisse importante du taux de magnésium dans le sang, de carence en vitamine B12 et de fracture de la hancge, du poignet et des vertèbres ».

Une étude allemande a mis en lumière le lien entre la prise d’IPP et l’apparition de démence chez les personnes âgées de plus de 75 ans. Or, comme le souligne si bien Olivier Monod pour Libération, les auteurs restent prudents en employant le conditionnel : « une baisse des prescriptions d’IPP pourrait prévenir le développement de démence ». Un conditionnel pas anodin car le mécanisme biologique derrière ce lien n’est à ce jour pas résolu.

Une autre étude récente souligne les risques et controverses en lien avec les IPP comme la fracture osseuse, les infections, l’infarctus du myocarde, une défaillance rénale ou encore la démence. Or, la conclusion de ladite étude est moins alarmante, « les IPP ont été associés à de nombreux effets secondaires mais il y a un manque d’études de qualité sur le sujet et les effets secondaires restent rares ».

Aussi est-il nécessaire de surveiller de près une utilisation d’IPP sur le long cours et de penser à des alternatives moins controversées.

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Sources

Société Nationale Française de Gastro-Entérologie,
ANSM,
Base de données publique des médicaments,
Libération,
– Simon Brisebois et al., « Proton pump inhibitors : Review of reported rosks and controversies« , Laryngoscope Investig Otolaryngol, décembre 2018, 3(6), 457-462,
– Gomm W. et al., « Association of Proton Pump Inhibitors With Risk of Dementia: A Pharmacoepidemiological Claims Data Analysis« , JAMA Neurol., avril 2016, 73(4), 410-416.

LQDP

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