Pas une journée ne passe sans qu’un sujet sur l’obésité ne fasse la une. Pourtant réel problème de santé publique, l’obésité est particulièrement connotée. Lélia Bracco fait usage de sa plume dans Obésité : Au-delà de l’impasse pour rappeler que la prise de poids n’est pas uniquement liée au contenu de notre assiette. Loin de là.

« L’obésité est une maladie »

Ainsi commence la préface de l’ouvrage de Lélia Bracco. Quelques mots apparemment anodins mais qui nous rappellent implicitement – et de plein fouet – que l’obésité est trop peu considérée comme une maladie. Elle est très fortement connotée et inéluctabement associée à la malbouffe, à la sédentarité, à l’absence de volonté. Si ces facteurs sociaux sont depuis longtemps connus de tous, les facteurs génétiques, psychologiques ou encore neurohormonaux peinent à sortir de l’ombre alors que les recherches scientifiques sont formelles.

Il existe bel et bien une inégalité face à la prise de poids. Certains grossissent en regardant une feuille de laitue, d’autres perdent du poids après une semaine de raclette. Une légende urbaine loin d’être infondée. L’auteur rappelle qu’à ce jour, plus de 250 gènes liés à l’obésité ont été découverts. Le facteur génétique n’est certes pas systématique chez les personnes obèses mais une personne ayant deux parents obèses aura tout de même 80% de chances d’être elle aussi obèse. C’est toute l’injustice de la génétique, corrélée à des facteurs sociaux et psychologiques. Mais pourtant cette réalité, nombreux l’ignorent. La stigmatisation à l’encontre des personnes obèses semble donc être invariable, et incessante.

Une quête de la norme

Si la science met progressivement en lumière les multiples facteurs en cause dans l’obésité, cette vérité peine à se démocratiser. Car nous avons été configurés à considérer les personnes obèses non comme des malades mais comme des personnes dénuées de volonté. Parce que nous sommes sans cesse confrontés au culte de la minceur. Magazines, publicités, shopping… tout a été pensé par et pour des personnes  »normales ». La minceur est donc la norme. Et puis, comme le souligne très justement Lélia Bracco, « de nombreuses croyances inconscientes dans la société véhiculent l’idée qu’une personne obèse peut perdre du poids avec de la volonté ». Vrai. Nous l’avons tous pensé un jour ou l’autre. Et toutes ces personnes obèses ont conscience du regard que porte la société sur leur poids, balayant de fait le peu de confiance en soi qui subsistait.

Moi en double : le poids psychologique de l’obésité

Obésité : au-delà de l’impasse ?

L’obésité apparaît telle une impasse. Les personnes obèses souhaitent faire partie de la norme, espèrent secrètement qu’un jour la société les acceptera. Et cela impliquera forcément une perte de poids. L’obésité ne signifie nullement absence de volonté. Toutes ces personnes en souffrance s’infligent de nombreuses restrictions, frustrations ou privations à l’origine d’un yo-yo réitératif et leur culpabilité à l’égard de la nourriture ne fait que croître. Résultat ? Une souffrance multiple : le corps et l’esprit en pâtissent, tout s’assombrit.

Quelles solutions apporter face à ce fléau qu’est l’obésité ? Notre société nous-permet elle de mettre à mal cette maladie ? S’il est avéré que « pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré ou trop salé », force est de constater que les produits à disposition du consommateur ne vont pas dans ce sens. Les aliments ultra-transformés (AUT) inondent depuis plusieurs décennies les rayons du supermarché et leur part ne cesse de croître à mesure que les recommandations nutritionnelles nous mettent en garde contre l’obésité et ses risques sur la santé. Et si les auteurs desdites recommandations estimaient également que tout n’est qu’une question de volonté ?

Les AUT (aliments ultra transformés) responsables mais pas coupables ?

Des espoirs permis ?

Si le facteur génétique est indéniable dans l’incidence de l’obésité, Lélia Bracco souligne qu’il existe de réelles solutions, non pour y mettre un terme en un simple claquement de doigts, mais pour tendre vers des alternatives durables. Éducation, méditation et psychologie sont autant de situations envisagées par l’auteur pour apaiser cette souffrance. Car l’échec et la honte ne doivent plus dominer, plus jamais. Nous ne sommes pas qu’un corps face à un miroir, nous sommes pas qu’apparence.

Si Lélia Bracco ne nie pas l’impact de l’hygiène de vie ou de l’alimentation sur l’obésité, elle remet les points sur les i sous l’égide de la science en rappelant que l’obésité, ce n’est pas juste cela. Sortir de l’impasse est possible, mais cette dernière doit d’abord être entendue par les personnes obèses, et par la société. Parce que tout ne se passe pas que dans l’assiette.

© EDP Sciences

Lélia Bracco, Obésité : Au-delà de l’impasse, EDP Sciences, septembre 2018, 14 €. Disponible sur le site de l’éditeur.

Jonathan Epaillard