Grâce à la nutrigénomique, les chercheurs pourront adapter la quantité de nutriments et de micronutriments dont chacun a besoin. Ce progrès majeur pourrait prévenir certaines maladies métaboliques comme le diabète grâce à la personnalisation du profil alimentaire. Décryptage.

La nutrigénomique en question

D’après l’INRA, la nutrigénomique « étudie les effets des nutriments et des micronutriments sur l’expression des gènes, ceci dans le but d’expliquer les effets de ces molécules sur notre métabolisme, sur notre santé ». Autrement ditla nutrigénomique a deux objectifs :
1 – Elle analyse les effets des composants alimentaires sur le génome (ensemble de nos chromosomes et de nos gènes) d’une personne. L’absorption, le transport et l’élimination des nutriments impliquent certains de nos gènes, et c’est là toute la recherche de la nutrigénomique ;
2 – Elle étudie également les facteurs génétiques influençant la manière dont une personne réagit à une alimentation particulière ou à un régime. Dans ce cas, on parle de nutrigénétique : un champ plus restreint qui se limite aux facteurs génétiques individuels et leur influence sur les réactions d’un individu à l’alimentation.

Pour ne plus confondre :

La nutrigénétique : quand notre profil génétique définira notre régime alimentaire…

Un exemple concret de l’intérêt de la nutrigénomique :

Vous et votre moitié souhaitez diminuer votre taux de cholestérol. Vous décidez alors de suivre un régime particulier. À trois mois, votre taux de cholestérol a connu une baisse conséquente, mais pas votre moitié. C’est là qu’interviendrait la nutrigénomique. Elle pourrait permettre de déterminer les variantes des gènes déclenchant une réaction positive et donc de proposer des conseils nutritionnels aux personnes chez qui l’effet serait avéré, afin d’optimiser le suivi nutritionnel.

Les 5 grandes promesses de la nutrigénomique

La nutrigénomique nous ferait presque rêver à monts et merveilles. En effet, les applications à venir de la nutrigénomique pourraient :

1 – Remplacer ou accompagner les médicaments

Il s’agit d’identifier les aliments et composants alimentaires permettant de traiter ou d’améliorer le traitement d’une maladie. Ces composants pourraient accompagner un traitement médicamenteux ou mieux, le remplacer. Il serait fondamental d’écarter en amont toute prédisposition ou caractéristique génétique individuelle.

2 – Prévenir l’apparition de maladies

Une grande promesse de la nutrigénomique. En effet, si le monde de la recherche parvenait à comprendre les mécanismes qui régissent les interactions entre le génome et l’alimentation et leurs liens avec la santé, alors il serait possible de prévenir l’apparition de certaines maladies.

3 – Traiter les susceptibilités et les prédispositions génétiques

Adapter voire personnaliser le régime alimentaire de personnes dont la probabilité de voir apparaitre des maladies génétiques est élevée. Cette approche personnalisée permettrait de prescrire une alimentation particulière, ou de l’adapter, à une personne certes en bonne santé, mais dont les prédispositions génétiques sont préoccupantes.

4 – Créer et développer de nouveaux produits alimentaires pour améliorer notre santé

Afin de prévenir un déséquilibre de l’état de santé général, l’emploi d’aliments dits fonctionnels (qui renferment des éléments bénéfiques pour la santé autres que leurs propres propriétés nutritionnelles de base) ou de produits nutraceutiques (composants extraits d’un aliment fonctionnel, disponible sous forme de pilules ou de poudre) pourrait être une solution. Ainsi, certains aliments concentrés en certains nutriments seraient développés pour le maintien en bonne santé de tous.

5 – Améliorer nos performances

Identifier les ingrédients responsables de nos performances permettrait de les moduler. Dès lors, augmenter nos capacités physiques voire même intellectuelles ne relèverait plus de l’impossible.

Face à de telles promesses, on ne peut qu’être sceptique quant aux possibilités de réalisation desdites promesses. Néanmoins, à ce jour, la recherche confirme déjà l’impact de l’alimentation sur les gènes de chacun, favorisant de fait le risque de développer certaines maladies.

Quels nutriments pour la nutrigénomique ?

L’essor de la nutrigénomique est tel que certaines entreprises privées développent des tests génétiques afin de tenter d’élucider la manière dont les nutriments, les micronutriments et autres composants alimentaires influencent l’expression du génome. Sont déjà à l’étude les acides gras, le sodium, la vitamine C, le folate, le lycopène, le bêta-carotène…

Et les chercheurs ont déjà prouvé leur rôle sur le foie ou l’activité musculaire par exemple. Ils cherchent désormais à définir comment une alimentation ciblée autour de ces micronutriments pourrait empêcher ou prévenir une maladie chronique comme le diabète. « Il y a des groupes de populations, principalement les jeunes et les personnes âgées, qui peuvent avoir des carences importantes, explique Walter Wahli, professeur en endocrinologie à Lausanne dans les colonnes de Planète Santé. Leur organisme ne reçoit pas ou ne retient pas assez de micronutriments régulateurs. (…) On s’apercevra très probablement qu’un apport de combinaisons micronutritionnelles est plus bénéfique qu’un seul micronutriment à haute dose. Mais les situations sont différentes d’un individu à l’autre. Et c’est bien là ce que cherche à démontrer la nutrigénomique: il s’agit de prendre en considération les caractéristiques propres de chaque individu et d’offrir des apports nutritionnels spécifiques et ciblés ».

Pour en savoir plus :

Macro et micronutriments, ça vous dit quelque chose ? C’est l’heure des rattrapages !

Un avenir prometteur et des preuves attendues pour la nutrigénomique

La nutrigénomique, en Europe, reste encore du domaine de la recherche, même si celle-ci avance. L’union Européenne a financé un projet de recherche intitulé Food4Me  qui a étudié la relation entre l’alimentation et le patrimoine génétique de 1 200 personnes répartis en trois groupes distincts. « En moyenne, les groupes de nutrition personnalisée ont toujours obtenu de meilleurs résultats en termes d’amélioration des apports alimentaires par rapport au groupe de contrôle, indépendamment du niveau de conseils », souligne le Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation (EUFIC) .

Actuellement, les conseils nutritionnels sont certes personnalisés et prennent en compte le patrimoine génétique via les antécédents familiaux mais n’évaluent pas pour autant notre génome dans toute sa spécificité.

Contenu relu et validé par une diététicienne WeCook.

Sources :

La nutrigénomique dans votre assiette de W. Wahli et N. Constantin, édition De Boeck.
– « Les promesses de la nutrigénomique », Université de Montréal, 
Programme de bioéthique, Département de médecine sociale et préventive.
– « Les nouveaux apports de la science et de la technologie à la qualité et à la sûreté des aliments », Sénat.

Jonathan Epaillard & Vanessa Pageot