Il a suffi d’une rencontre pour que Mathilde Golla se lance un défi inattendu : vivre 100 jours sans supermarché. Et nous avons découvert chaque semaine de son parcours dans son excellent 100 jours sans supermarché, Le premier guide des circuits courts publié chez Flammarion. 

100 jours sans supermarché, la genèse

Le projet de Mathilde Golla a vu le jour suite à une rencontre entre le voisin de sa mère, agriculteur dans le nord du Cotentin contraint de vendre sa ferme et ses vaches. Car il ne s’en sort plus, son métier n’est plus rentable malgré 70 heures de travail par semaine. Consternée par cette réalité qui lui explose en plein visage, elle se lance alors le défi de ne plus mettre les pieds dans un supermarché pendant 100 jours, soit plus de 3 mois !

Grandeur et décadence du supermarché

L’ère des supermarchés fut une véritable révolution pour des millions de consommateurs. C’était un signe de progrès, la promesse d’un accès pour tous à une multitude de produits de consommation à bas prix. Économies et gain de temps étaient à portée de main, il suffisait de passer la porte d’un supermarché.

Mais l’avènement de ce mode de consommation n’est pas sans conséquences. Des millions de kilomètres carrés de terres défrichées, des centres-villes abandonnés, une explosion du gâchis alimentaire et du suremballage ou encore des émissions de CO2 en permanence – le supermarché n’est vraiment pas fait pour les piétons.

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La mort programmée du petit producteur

Le triste cas du voisin de sa mère, Jean Médard, n’est pas un cas isolé. Loin de là. Pléthore de fermes du coin sont également en sursis. Mathilde Golla va à la rencontre des agriculteurs en difficulté. Tous se livrent corps et âme dans leur exploitation, renonçant aux vacances et même aux jours de repos. De 6 millions d’agriculteurs en 1955, le territoire français n’en compte plus aujourd’hui que 850 000. Et ce chiffre ne devrait cesser de décroître. Dix ans en arrière, sur 100 euros de produits agricoles, 30 revenaient aux agriculteurs. Et aujourd’hui ? Moins de 20 euros pour les agriculteurs.

Le circuit court apparaît dès lors comme une alternative offerte au consommateur permettant à des milliers d’agriculteurs de pérenniser leur exploitation. Car, sur 100 euros de produits agricoles en circuit court, entre 44,50 et 78,50 reviennent au producteur. Les chiffres sont suffisamment évocateurs. Mathilde Golla se lance.

Le défi des 100 jours sans supermarché

L’auteur se fixe des objectifs précis : exclure tout supermarché, supérette et même supérette bio durant plus de trois mois. Impossible de survivre ? Il semblerait que si, puisque 21 % des exploitants vendent en circuit court. L’occasion pour la journaliste de « privilégier les systèmes les plus vertueux pour les producteurs » et d’évaluer les conséquences de ce nouveau mode de consommation sur son porte-monnaie. Elle a d’ailleurs calculé qu’un mois de courses en supermarché lui coûtait 300 €, soit 80 € par semaine.

Tout commence à Marseille, au marché de Noailles. Pleine de bonne volonté, elle part à la découverte des différents étals. Ananas, kiwis, tomates, oranges… Première difficulté : se rendre au marché ne permet pas de favoriser les producteurs français. Nul producteur sur ce marché, seulement des revendeurs. Une première entorse à son nouveau règlement de vie.

L’achat local… sur la toile

Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle découvre que l’on peut aisément acheter des produits de saison et de région sur Internet. Des paniers de fruits et légumes, de la viande et même du poisson, tout semble possible à l’ère du 2.0. Mais elle ne se limite pas à des achats derrière un écran. Mathilde Golla adhère à une AMAP, se rend dans une épicerie coopérative, essaie les paniers-recettes et découvre les potagers participatifs. Preuve qu’un large éventail de solutions s’offre au consommateur. Alors, pourquoi s’évertuer à aller dans un hypermarché ?

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Outre l’alimentation, la question des produits d’entretien se pose. Comment se procurer du dentifrice, des cotons-tiges ou du papier toilette ? Pas découragée, l’auteur se lance dans la confection de ses propres produits d’entretien et ne peut plus se passer de bicarbonate de soude ni de vinaigre blanc. Une alternative est trouvée aux cotons-tiges et à l’aluminium. Néanmoins, malgré de nombreuses – et déconcertantes – suggestions des internautes, elle doit enfreindre une nouvelle fois son règlement de vie pour un produit du quotidien : le papier toilette. Après nombre de recherches, elle capitule et se rend finalement dans un supermarché…

Un porte-monnaie soulagé et une reprise du tablier

Contrairement à ce que pensent la majorité des Français, les dépenses de Mathilde Golla diminuent. Le premier mois de son défi lui permet d’économiser plus de 30 €, ses dépenses passant de 300 à 264,50 € (malgré l’acquisition de nouveaux produits d’entretien). Force est de constater que les produits artisanaux sont plus chers en circuit court, ce dont l’auteur a parfaitement conscience, mais les fruits et les légumes sont moins chers et de bien meilleure qualité. Elle a compris « qu’on pouvait dépenser moins en consommant mieux« .

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Renoncer au supermarché pour se limiter aux circuits courts implique également la fin des produits transformés. Davantage de temps à passer derrière les fourneaux donc. Mais surtout davantage de plaisir à cuisiner de bons produits.

Consommer autrement, c’est bel et bien possible !

L’aventure que nous conte Mathilde Golla nous invite inéluctablement à la réflexion et à la remise en question. Nous découvrons que de multiples possibilités s’offrent à nous pour consommer autrement. Ce livre a été dévoré et se révèle être à l’origine d’une nuit (presque) blanche. La lecture de ce défi est percutante, croule de bon sens et fourmille d’astuces à appliquer au quotidien.
« Pour prendre soin de soi, des autres et du monde qui nous entoure ».

100 jours sans supermarché, Le premier guide des circuits courts

100 jours sans supermarché, Le premier guide des circuits courts – © Flammarion.

Mathilde Golla, 100 jours sans supermarché. Le premier guide des circuits courts, Flammarion, 2018, 248 pages, 18 €. Disponible sur le site de la Fnac.

Jonathan Epaillard