LQDP est allé à la rencontre de Rivana Narainsamy, socio-esthéticienne engagée dans le projet Échappée rose, mené par Tout le monde contre le cancer. La tournée 2019 commence aujourd’hui et va durer deux mois durant lesquels l’Échappée rose se rendra dans 30 hôpitaux. L’objectif de cette échappée rose ? Fournir aux femmes touchées par un cancer un soin socio-esthétique, un moment hors du temps, une échappatoire. Découvrez le témoignage de Rivana, qui fera rimer ces moments avec détente et apaisement :

D’où vient l’idée de cette aventure qu’est l’Échappée rose?

C’est avant tout, l’association Tout le monde contre le cancer qui a eu l’idée, il y a 4 ans, de mettre en place un projet apportant un maximum de bien-être à toutes personnes touchées par le cancer (patientes, accompagnantes, enfants, adolescentes, personnes âgées), hors des murs de l’hôpital. Ce projet leur propose à travers un soin esthétique, un accompagnement non seulement psychologique, nous écoutons ces patient.e.s ; nous les accompagnons et les conseillons. Cette double mission, c’est-à-dire un soin mais aussi une aide, demande la collaboration de socio-esthéticienne. C’est pourquoi, avec Latifa El Houmaidi, nous avons tout de suite participé à ce projet.

Qu’est-ce qu’une socio-esthéticienne ?

C’est une esthéticienne spécialisée qui accompagne aussi les personnes en difficulté. La formation suppose l’acquis de compétences psychologiques, médico-sociales… Elle accompagne la personne dans sa globalité, pour qu’elle se sente mieux, par un travail sur son estime et sa confiance en elle mais surtout pour répondre à des problématiques réelles. Dans le cas de L’échappée Rose, les patient.e.s viennent parce que l’équipe médicale leur a conseillé, souvent elles ont des questions purement esthétiques mais finalement, elles repartent avec beaucoup plus qu’un soin esthétique. Chez les patient.e.s atteints de cancer, les effets secondaires étant visibles (perte des cheveux, des sourcils, de l’autonomie, mais aussi, pour les femmes, perte de sa féminité), tout ceci entraîne une série de questionnements qui vont au-delà des simples questions de l’esthétique. Cette prise en charge leur propose donc plus. Lorsque les personnes arrivent dans cet espace de soins socio-esthétiques, c’est aussi pour avoir une écoute, un moment pour elles, de l’attention. Nous accordons à ces personnes le temps nécessaire selon leur état d’esprit et leur envies, pour qu’elles puissent se confier à nous, nous raconter leurs parcours, leurs peurs, leurs craintes, leurs émotions et parfois ne rien dire du tout. Il y a donc un véritable accompagnement psychologique même si au premier abord, elles ne viennent pas pour ça. C’est une prise en charge globale de la personne.

Comment se déroulent vos interventions ?

Nous transmettons, à l’avance, un planning à l’hôpital qui s’occupe de le gérer en fonction des malades présents. L’idée c’est que l’équipe médicale choisisse les patients car elle connaît le besoin du patient. Lorsque le jour du rendez-vous arrive, nous recevons le planning et le référent de l’hôpital qui nous explique quelles personnes nous allons recevoir avec quelles pathologies. Nous sommes aussi dans le cadre du secret médical, on se doit de savoir quelles sont les pathologies et parfois des informations que le personnel juge nécessaire au bon déroulement du soin du patient que nous allons rencontrer. Nous proposons aux hommes, la même chose qu’aux femmes. Ils choisissent souvent un massage relaxant, un soin du visage ou une beauté des mains ; même si nous pouvons aussi leur proposer un maquillage pour atténuer certaines alopécies (sourcils, barbes…).

Quand nous arrivons dans un hôpital, nous présentons nos actions au personnel. C’est pourquoi le matin est réservé au personnel. L’équipe leur fait visiter la caravane et on leur explique le concept et les soins.

Quand les patient.e.s arrivent, nous les accueillons d’abord dans un lieu que nous appelons la pause gourmande où ces personnes rencontrent des bénévoles mais aussi référent et bénévole de l’association qui leur expliquent la démarche de l’association. On leur sert une boisson, elles discutent avec des bénévoles et voient les différents soins qu’on leur propose. Puis ensuite, ces personnes entrent dans la caravane où elles choisissent le ou les soins qu’elles voudraient. C’est leur soins, leurs moments donc il nous semble important que les personnes choisissent leur soin, nous répondons autant que possible à leurs demandes durant le temps qui nous est imparti pour ne pas les laisser dans la frustration.

Quelles sont les réactions des personnes participant à l’Échappée rose ?

Tout d’abord, quand les personnes entrent dans notre caravane, elles sont surprises car elles n’imaginent pas qu’un espace si grand, si intime puisse leur être dédié, de plus nous sommes en nombre réduit, il n’y a que deux socio-esthéticienne pour deux patient.e.s donc nous ne sommes que 4 dans un espace qui leur est consacré. Et surtout, on ne s’occupe que d’elle/lui durant cet instant. C’est important car la personne se sent alors valorisée, c’est un moment pour elle/eux. Pour certaines, elles n’ont jamais pris un moment pour elles.

Des liens se créent avec des hôpitaux qui nous soutiennent et sont fidèles depuis le début de cette opération. Nous y retournons donc à chaque fois mais pour autant les personnes qui viennent nous voir ne sont pas forcément déjà venues. Nous n’avons pas d’habituées car d’une année sur l’autre beaucoup sont retournées chez eux.elles. 

Les réactions sont plutôt favorables, certaines sont timides et pudiques, selon l’origine et la culture des patient.e.s mais on a aussi des pleurs, des joies même pendant le soin. Car nous leur précisons bien qu’elles sont dans un espace où on leur autorise à prendre le temps de se poser, à « lâcher prise », beaucoup se confient ou pleurent. Nous sommes tenus au le secret professionnel, nous avons d’ailleurs pour habitudes de dire: « ce qui se passe dans la caravane reste dans la caravane ! »

Pour en découvrir plus sur l’Échappée rose

Et les enfants, sont-ils sensibles à votre action ?

On peut s’occuper des enfants mais aussi de leurs frères et sœurs. On va souvent faire des massages relaxants aux plus petits. Les adolescentes sont très friandes de maquillage, elles le choisiront donc. De plus, elles sont très au courant des techniques grâce aux tuto sur Internet. Les adolescents demandent plutôt des massages.    

Quelle est votre politique vis-à-vis des marques ? Vous privilégiez le conseil ou la vente des produits que vous utilisez ?

Une socio-esthéticienne ne vend pas un produit, elle travaille avec toutes marques ou avec une marque qu’elle a choisie en fonction du besoin et du budget du public avec lequel elle travaille et de la disponibilité des produits autour du patient. Nous pouvons autant travailler avec des produits bio, naturels, que des produits dermo-cosmétique (dans le cas de patient), ou même proposé des recettes à faire chez soi.

Lorsque nous avons mis en place le projet de l’Echappée, nous avons proposé à l’association différentes marques. Avène nous a proposé un soutien important, c’est pourquoi nous utilisons principalement leurs produits depuis le début de cette aventure. Nous conseillons aussi aux patient.e.s d’autres produits car ces produits peuvent être chers pour certain.e.s. ou ils ont peut-être déjà achetés d’autres produits. Mais, à la fin du soin, nous avons la chance de pouvoir leur offrir une box avec les produits que nous avons choisis pour la personne que nous venons de voir. Cela faisait partie de notre souhait. C’est une chance d’apporter un soin à ces personnes et de leur donner des conseils mais il faut aussi être réaliste et pouvoir leur apporter un suivi après pour qu’elles puissent prendre soin d’elles. C’est pourquoi nous avons tenu avec Avène à pouvoir leur offrir des produits que nous avons jugés nécessaires pour un bon accompagnement. Ces produits leur permettront de prolonger ces instants de mieux-être chez eux ou à l’hôpital. C’est primordial pour renforcer leur estime d’elles.eux-mêmes. 

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Léa Coulanges

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