Notre article « Manger ses émotions : rencontre avec le Dr Gauthier » a suscité une vive agitation sur les réseaux sociaux. Des commentaires sur Facebook, Twitter ou directement sur notre site ont afflué. Car les rapports entre alimentation et dépression, ou dépression et alimentation, résonnent pour beaucoup comme un souvenir, souvenir que beaucoup ont désiré partager. Et l’un d’entre eux nous a particulièrement touché. Voici le témoignage d’Edith et son histoire.

Le poids, véritable baromètre de l’état émotionnel

« Votre approche est géniale, et je pense qu’une information plus large serait pertinente et rassurante pour les gens concernés, mais aussi pour permettre d’aller vers le “préventif” en invitant les gens à découvrir l’incidence que certains bouleversements peuvent avoir sur leur corps (poids, maladie). J’ai 63 ans, je suis retraitée et je vis seule depuis plus de 15 ans. J’ai rencontré le problème du surpoids il y a quelques années. Avant, une forte contrariété, un mauvais passage dans ma vie, je perdais des kilos et des kilos et je le vivais bien, l’image véhiculée par la société accepte plus volontiers la maigreur excessive.

Interlude : A la rédaction de ce témoignage je prends conscience que mon poids a été le baromètre de mon état émotionnel. La mutation de la tendance est apparue à l’approche de ma retraite, mon métier était l’Accompagnement à la Création d’Entreprise – le métier est une source riche, une mine de renseignements sur la personnalité (exemple : inconsciemment, accompagner peut être une façon légitime de s’oublier ou d’apporter à l’autre ce dont on a besoin). Ces dernières années, j’ai constaté que la nourriture prenait une autre place (surtout le soir), un besoin de remplir, de combler un manque, un vide ? Je ne l’ai pas identifié tout de suite, résultat +20 kg en 2 ans, avec un dégoût à l’idée de me vêtir, une violence verbale à l’encontre de mon corps devant le miroir, avec la sensation de m’enlaidir volontairement.

La perte de confiance en soi s’est installée, et dans le regard des autres, je lisais du jugement type gros tas, pour enfin m’isoler en restant chez moi, en privilégiant les activités solitaires, la victime était née.

Devenir son pire ennemi

A la mise en place de divers régimes, ma réaction a été le rejet, la colère et après quelque temps de privations, le sabotage survenait sous forme de boulimie, avec un arrière goût de guerre moi contre moi, le tout accompagné de la culpabilité, de la honte, de la castration et du jugement, la dualité dans toute son horreur, j’étais devenue mon pire ennemi. Ensuite, je suis passée à l’étape plus paisible de l’analyse (bilan de vie) et de la compréhension du pourquoi cette prise de poids”, pourquoi un tel regard sur moi et, tout en poursuivant mes investigations, je me suis orientée vers un Équilibre Alimentaire dans le respect de ce qui me correspondait, me convenait.

Pour moi, le nom est important et a un impact considérable : Régime = violence/ barbarie/punition/privation/frustration. J’ai semé mon changement, ma douceur a germé et j’ai pris du plaisir à m’occuper de moi, mon corps a repris voire pris sa vraie place faire un avec moi, la dualité s’est dissipée. Aujourd’hui, j’en suis à l’étape de réapprendre voire d’apprendre à aimer mon corps et j’ai plaisir à prendre soin de moi, de mon corps en m’apportant de l’attention au travers de soins, de repas équilibrés, d’activités physiques, en reprenant goût à m’habiller, en m’intégrant dans la préparation et la participation à des manifestations et, en menant pacifiquement ma vie de retraitée comme un nouveau défi.

Je suis ouverte, dans le partage et à l’écoute de mes émotions et j’ai pris conscience que durant longtemps je n’étais pas en harmonie avec mon corps, avec la sensation de le considérer comme un véhicule, un élément extérieur dont je me servais. Durant ma vie active, me nourrir n’avait pas d’importance (1 sandwich ou une pomme, 1 café, souvent en travaillant, ou débout entre 2 RDV), les repas n’avaient plus leur vraie valeur, la faim était rarement au RDV, je devais remplir mon estomac pour assurer ma journée sans perte d’énergie. Au fil du temps, l’indifférence, le manque de respect et la prise de distance avec mon corps se sont installés, pour chavirer vers le robot, la machine à bosser.

Redevenir le capitaine de sa vie

Ma réflexion, mon introspection m’ont également amené à quitter les “je dois – Il faut trop souvent rattachés à l’obligation par rapport à des concepts, pour aller vers le je choisis et la différence est énorme. L’effet a été de “retrouver ma liberté”, de redevenir le “capitaine de ma vie”, de prendre mes responsabilités en harmonie avec mes besoins et avec bienveillance, dans tous les domaines de ma vie. J’ai donc choisi de mincir, ma façon de faire les courses a totalement changé, en conscience, j’ai réappris à varier et aimer la nourriture. Aujourd’hui, je suis ravie de sélectionner les produits avec lesquels je vais cuisiner de bons petits plats qui vont me régaler et me rassasier.

Enfin, la retraite est une étape délicate de la vie qui ne doit pas être prise à la légère. J’ai choisi de faire le bilan de ma vie, de la réorganiser, y compris la clarification de mes besoins fondamentaux, la sélection de mes priorités. En fait édifier mon “projet retraite” sur les mêmes bases, les mêmes critères qu’est bâti un “projet professionnel” afin de poursuivre mon évolution, mon épanouissement.

Aujourd’hui, le processus d’amincissement opère, mais ma perte de poids n’est plus ma priorité, mon obsession du poids était l’arbre qui cachait la forêt. Je suis heureuse de m’être engagée sereinement sur la route du changement vers la cohésion, le respect, le mieux être et c’est dans le plaisir que je poursuis ma “quête aux trésors et que je partage ce témoignage. Par contre, je sais que ce dérèglement de poids est, pour mon corps, sa façon subtile de me lancer une  alerte sur mon état émotionnel. Merci pour votre article, sa lecture a généré, la reconnaissance de mon vécu, un apaisement et la légitimité de mon cheminement actuel. Bien à vous. Edith. »