Clémence Franc, vous portez bien votre nom !

Effectivement, Clémence Franc est sans langue de bois. J’ajouterai à l’écoute et pragmatique.
Clémence Franc, vous avancez vite et bien ! Vous avez rejoint le Professeur David Azria, médecin-chercheur et coordinateur du pôle de radiothérapie-oncologique de l’Institut du Cancer de Montpellier en 2015 et en 2 ans, vous avez fondé NovaGray, obtenu la validation de votre premier test pour le cancer du sein sur 500 patientes dans le cadre d’un essai clinique financé par l’INCa et labellisé par la SFRO, déposé deux brevets, raflé plus de 10 prix récompensant la pertinence de votre innovation et reçu le marquage CE pour ce même test ! Un sans-faute.

LQDP : Vous est-il arrivé de douter ?
Clémence Franc : La rencontre avec le Professeur Azria fut décisive. Ses travaux sont visionnaires, nos équipes sont extrêmement motivées et nous bénéficions d’un fort soutien de la communauté médicale. Cet environnement, neuf et novateur, est formidablement stimulant. Nous développons une innovation de rupture qui ne remplace aucune technologie existante, il n’y a pas chemin ou de voie toute tracée pour notre développement. Il m’arrive donc bien sûr de douter, comme tout entrepreneurs! Le doute est sain, il permet de se remettre en question et d’avancer.

NovaGray, une innovation qui va changer le quotidien de tous les patients atteints de cancer

C’est effectivement une innovation unique au monde : une simple analyse de sang permet désormais de prédire le risque de séquelles des patientes traitées par radiothérapie pour un cancer du sein.
En effet, NovaGray permet d’identifier, avant le démarrage de la radiothérapie, les patientes qui risquent de subir les effets secondaires lourds et irréversibles des rayons – soit, aujourd’hui, 5 et 10 % des malades.
NovaGray permet ainsi aux médecins d’adapter leur traitement à la résistance de chaque patient. (Je renvoie nos lecteurs à votre site, clair et pédagogique.)

– LQDP : Vous me confirmez que la vocation première de ce dispositif est d’épargner au malade des souffrances inutiles et de lui procurer un traitement personnalisé le plus efficace possible ? Au-delà, ce dispositif permet aux patients de mieux récupérer et d’être moins fatigué après une séance de radiothérapie ?
Clémence Franc : Absolument. Notre dispositif permet d’identifier les patients radiosensibles, c’est à dire à risque de développer des complications dites tardives après une radiothérapie. En effet, il existe 2 types de complications liées à la radiothérapie: les précoces ou aigus (des rougeurs par exemple) qui se résorbent à la fin du traitement et les tardives qui peuvent apparaître jusqu’à 3 ans après la fin du traitement et sont irréversibles. Ce sont celles-ci que NovaGray veut éviter aux patients atteints de cancer du sein, du poumon et de la prostate et traités par radiothérapie. L’objectif des tests est de permettre aux patients à risque de recevoir un traitement épargnant au maximum les tissus sains pour éviter l’apparition de complications. Et à l’inverse, de permettre aux patients les moins à risque de bénéficier de traitements raccourcis ou avec des doses plus fortes. Nos tests bénéficieront donc à 100% des patients.

– LQDP : Comment l’utilisation de ce test, à disposition des patients, va-t-il être perçu et appréhendé par les médecins ? Plus prosaïquement, je suppose que Novagray va permettre de réduire les coûts des traitement anti-cancer. N’avez-vous pas peur que certains patients se voient refuser un traitement, au regard des résultats prédictifs de Novagray ?
Clémence Franc : L’objectif du médecin est et restera de traiter et de guérir le patient. Des alternatives thérapeutiques seront proposées au patient uniquement si elles ont prouvé leur efficacité.  Prenons le cas du cancer de la prostate, environ 40% des patients ont aujourd’hui le choix entre la chirurgie et la radiothérapie. Le test NovaGray Prostate® permettra donc d’aider patients et médecins à choisir du traitement le plus adapté à la sensibilité du patient car l’efficacité de ces deux modes de traitement ont fait leur preuve.

Le remboursement du test

A 27 ans, vous dirigez une start-up promise à un grand avenir, tant entrepreunarial, médical que « porteur de sens ». Vous avez réussi à combiner vos compétences managériales, votre appétence pour la médecine et votre envie de servir les malades. Seul bémol actuellement, Novagray est un dispositif qui n’est pas [encore] pris en charge par la sécurité sociale.

– LQDP : Combien de temps vous donnez-vous pour obtenir le remboursement ?
Clémence Franc : Entre 24 et 48 mois. Aujourd’hui, la majorité des tests restent financés par les patients directement. Notre objectif est d’obtenir un remboursement officiel des tests par les systèmes santé afin que tous les patients puissent en bénéficier. C’est tout l’enjeu de nos démarches actuelles auprès de la Haute Autorité de Santé (HAS).

– LQDP : Après le cancer du sein, Novagray s’attaque au cancer de la prostate et à celui du poumon. Pouvez-vous nous communiquer les dates à partir de laquelle ces dispositifs seront disponibles ?
Clémence Franc : Fin juin 2018 pour le cancer de la prostate et début 2021 pour celui du poumon. Pour celui-ci, nous avons démarré les essais cliniques qui aboutiront en 2020.

– LQDP : Que dire à tous les patients qui ne peuvent attendre ces délais ?
Clémence Franc : Qu’ils nous contactent par l’intermédiaire de notre site internet ou à l’adresse :
contact@nova-gray.com

Clémence Franc, actrice de l’innovation

– LQDP : Avez-vous conscience d’être un ovni et un modèle à suivre pour toutes ces jeunes (et moins jeunes) entrepreneuses [qui n’ont peut-être pas vos convictions ou rencontré la bonne personne] qui manquent encore de soutien, de culot ( ?) et de fonds, surtout dans le monde, viril, de l’innovation tech ?
Clémence Franc : Un ovni, oui, peut-être !  Un modèle, très honnêtement, je ne me pose pas la question. Je suis passionnée par mon travail et j’ai la chance d’avoir une équipe très impliquée, ce qui permet à NovaGray de se développer très bien et très vite.
Il faut dire que la France est un pays qui favorise les créations d’entreprises innovantes et finance leurs premiers développements. La suite nous dira si elle se donne les moyens d’accompagner la production et la commercialisation de nos produits innovants !

Prouesse médicale

Novagray est une prouesse médicale à laquelle vous êtes en train de donner toute sa dimension. De nombreux scientifiques et autres chercheurs rêveraient de rencontrer quelqu’un comme vous !

– LQDP : Etes-vous déjà sollicitée par des laboratoires ou instituts en quête de la bonne fée qui concrétise en quelques années des décennies de recherche ?
Clémence Franc : Oui.

– LQDP : Est-ce une option pour vous ?
Clémence Franc : A terme, pourquoi pas ! Mais pour le moment, je consacre tout mon temps à NovaGray. Sans compter l’équipe de recherche, nous sommes trois.(Oui, vous avez bien lus !) Nous aurons une V2 du test d’ici 12 mois, nous travaillons d’arrache-pied pour obtenir le remboursement du test, travaillons sur le déploiement à grande échalle du tests au nouveau européen et menons d’autres programmes de R&D au sein du laboratoire…C’est dire si nous avons de quoi nous occuper pour les années à venir !

Clémence Franc, merci du temps que vous avez bien voulu consacrer au LQDP.
(La dose de radiations délivrée en radiothérapie se mesure en gray (Gy).)

Agnès Viénot pour LQDP