Difficile de se faire une idée de la conduite à tenir concernant notre alimentation. Les messages et conseils nutritionnels affluent de toutes parts et sont bien (trop) souvent contradictoires. Comment démêler le vrai du faux ? Est-il possible de se nourrir sainement ? Bernard Lavallée, le très réputé nutritionniste urbain, engage une passionnante réflexion sur le contenu de votre assiette dans N’avalez pas tout ce qu’on vous dit.

Manger d’abord, bien-manger ensuite

Notre rapport à l’alimentation est plutôt binaire. Durant des siècles, notre préoccupation majeure était de ne pas mourir de faim, d’avoir toujours un bout de pain pour la fin de journée. Aujourd’hui tout a changé. Nous, occidentaux, ne mourons (presque) plus de faim et avons sans cesse de quoi remplir notre assiette. Notre nouvelle grande et incessante préoccupation est de comprendre le contenu de notre assiette pour prendre soin de notre santé. C’est l’ère du bien-manger.

Un éveil des consciences qui survient après nombre de scandales sanitaires et une explosion des maladies chroniques comme le diabète de type 2. Aussi est-il légitime de s’interroger sur la genèse de ces maladies. Et si notre alimentation était en cause ?

La « cacophonie nutritionnelle »

Vient alors le temps des remises en question, précédant de peu une modification radicale de notre alimentation. Nous sommes toutes et tous à un moment passés par là, cette quête incessante du mieux-manger. Alors nous nous documentons, nous passons des heures à errer sur la toile et en supermarché, incapables de déterminer ce qui est bon ou non pour notre santé. Difficile de ne pas s’égarer parmi les méandres de l’information où abondent des conseils supposés augmenter notre espérance de vie d’un demi-siècle et nous protéger contre ces maladies encore trop effrayantes. Il est d’ailleurs possible de lire que « le citron est 10 000 fois plus puissant que la chimiothérapie » rappelle avec une douce ironie Bernard Lavallée. Nous baignons dans un océan d’informations nutritionnelles, et nombre d’entre nous se sont déjà noyés au sein de cette « bullshit nutritionelle ». C’est tout le paradoxe de notre siècle : un accès illimité à l’information et une absence totale de certitudes. Une preuve ? Tapez « nutrition santé » sur Google. Vous aurez à votre disposition 117 000 000 de résultats.

Lanceurs d’alerte…

Bien-manger est aussi et surtout une grande tendance. Régime paléo, végé, alimentation bio, locale, méditerranéenne… Les diktats du moment nous imposent de proscrire le sucre, le gras, le sel pour se concentrer sur les antioxydants, les oméga-3 et le curcuma. Et nous essayons, convaincus par exemple des bienfaits d’un jeûne ou d’une bonne détox. Ces messages diffusés en masse ont un impact direct sur notre comportement alimentaire. Et nous devenons suspicieux, nous diabolisons le gluten, le lactose, la viande. Mais sait-on vraiment si ces messages sont fiables ?

Sur le même sujet :

Manifester pour le bien-manger, le nouveau combat de Véronique Richez-Lerouge, la passionaria des fromages

… Et messages putaclic

Il est d’abord nécessaire de démasquer la « bullshit nutritionnelle ». Bernard Lavallée prend un exemple bien connu du grand public. « On observe depuis assez longtemps que ceux qui mangent beaucoup de fruits et de légumes ont généralement moins de risques de souffrir de différents problèmes de santé comme les maladies cardiovasculaires et le cancer ». Nombreux sont ceux ayant tendance à considérer une causalité directe entre la consommation de fruits/légumes et le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Et les médias ne se privent pas pour souligner l’inéluctable lien entre la consommation de fruits/légumes et le risque amoindri de cancers. Raison pour laquelle vous constatez régulièrement des articles intitulés « Les 5 aliments pour éviter un cancer ». Mais il ne faut pas oublier que ces considérations ont été établies d’après des études d’observation. Et il est impossible de prouver – d’après lesdites études – ce lien de causalité. Aussi, prenons garde aux amalgames et aux titres putaclic.

Attraper le taureau par les cornes et cueillir la salade à même le sol

Nous apprendre à repérer la désinformation nutritionnelle, c’est tout le dessein de l’auteur. Et il souligne à juste titre que durant plus de deux cents pages, il a décrié la « bullshit nutritionnelle ». Mais nous conseille-t-il en matière d’alimentation ? Autrement dit, s’il est facile d’affirmer qu’une grande majorité de messages nutritionnels ne sont que des balivernes, quelles solutions nous propose Bernard Lavallée ?

1 – Mangez une grande variété d’aliments

Une alimentation diversifiée est la promesse d’un large éventail de nutriments. Et donc d’une réponse optimale à nos besoins nutritionnels. Et si le thon a la réputation d’être bourré de mercure ou la viande de nuire à notre santé cardiovasculaire, n’oubliez pas qu’une consommation occasionnelle n’engendrera pas les mêmes effets qu’une consommation quotidienne.

2 – Minimisez les aliments ultra-transformés

Nous vous l’avons déjà dit : allez-y doucement sur les AUT. Favorisez les produits frais et faites appel à vos talents de cuisinier. Vous serez certainement surpris de vos talents !

Pour comprendre ce que sont les AUT :

Tout savoir (pour les éviter !) sur les aliments ultra-transformés (AUT)

3 – Ne lésinez pas sur les végétaux

Votre mère ne songeait qu’à votre bien lorsqu’elle vous intimait l’ordre de terminer vos brocolis. Les personnes adoptant régime méditerranéen semblent en effet souffrir de moins de maladies chroniques.

4 – Soyez à l’écoute de votre corps

Nombreux sont ceux qui polluent leurs repas de restrictions multiples. En effet, la surveillance est de mise lorsque l’on parle de calories ou de portions. Mais, pourquoi ne pas essayer de comprendre ses sensations et écouter son corps ?

5 – Du plaisir, encore du plaisir

Sans nul doute le conseil de Bernard Lavallée qu’il faut veiller à appliquer chaque jour. Le repas, c’est sacré ! Instant de partage et de convivialité, c’est aussi l’occasion de (re)découvrir les produits du terroir, de se lancer dans de nouvelles recettes. « On doit donc se faire un devoir d’inviter le plaisir à sa table aussi souvent que possible ».

N'avalez pas tout ce qu'on vous dit

Bernard Lavallée, N’avalez pas tout ce qu’on vous dit, Les éditions La Presse, mai 2018, 248 pages. Disponible sur le site de l’éditeur.

Jonathan Epaillard