Depuis plusieurs décennies, déjà, les malades du syndrome de l’intestin irritable (SII) ont adopté l’hypnose pour supporter leur maladie. Le faisceau de preuves de son efficacité ne cesse de grandir. L’étude IMAGINE publiée dans la revue Lancet Gasstroenterology & Hepatology va plus loin…

L’hypnose comme traitement du SII ?

Pour qu’un traitement soit efficace, il doit répondre à plusieurs critères : soulager ou guérir et avoir le moins d’effet secondaire possible. 

L’hypnose est une thérapie « comportementale » qui induit une modification des comportements ou des ressentis des patients par un état de conscience modifié. Il existe plusieurs formes d’hypnose thérapeutique mais la plus connue demeure l’hypnose Eriksonienne. Le patient est plongé dans un état de conscience modifié, c’est-à-dire qu’il reste capable de réagir mais les rythmes cérébraux sont ralentis grâce à l’accompagnement bienveillant de son thérapeute pour atteindre les rythmes du sommeil. L’inconscient est alors plus facilement accessible et un travail psychologique de profondeur mais en douceur peut être réalisé.

Cette approche est envisagée comme moyen thérapeutique de support du SII depuis de nombreuses années. Son innocuité est totale. 

Hypnose et SII : une efficacité prouvée

Sur tous les symptômes ou presque… Que ce soit la douleur ou les troubles du transit, l’hypnose tend à les diminuer. La qualité de vie des patients s’en trouve donc améliorée.

En 2007, une première étude menée à court terme et sur un nombre faible de patients a montré « une baisse de la douleur abdominale et les symptômes composites du SII ». 

En 2013, l’équipe du professeur Gabriele Moser de l’université de Vienne (Autriche) a démontré une amélioration significative de la qualité de vie des malades SII à 3 mois et à 1 an sur 4 dimensions (le rôle social, la santé en général, la vitalité et les relations sociales). Au bout d’un an, plusieurs dimensions ont été ajoutées : l’équilibre émotionnel, la douleur et la capacité physique. Les symptômes gastro-intestinaux du SII dans leur globalité ont tous diminué de façon significative par rapport au groupe témoin. 

Les travaux du professeur Moser demeurent LA référence à ce jour, la plus aboutie et la plus sérieuse en termes de méthodologie. Elle apporte sans conteste la preuve que l’hypnose est plus efficace que les traitements médicamenteux seuls et qu’elle a des impacts positifs sur la qualité de vie des patients (même ceux réfractaires au traitement) sur le long terme.

Le syndrome de l’intestin irritable et les médecines alternatives

Séances individuelles ou de groupe ?

Alors pourquoi l’hypnose médicale n’est pas proposée systématiquement ? Pour plusieurs raisons !

La première est que cette spécialité est relativement récente. Le nombre de praticiens est donc très limité et la majorité exerce en ville avec des tarifs libres (60 à 150€), non remboursés par la Sécurité Sociale (renseignez-vous, votre mutuelle les prend peut-être en charge). Sur le site de l’APHP, il est à présent possible de trouver les services de consultations d’hypnose. 

La solution pourrait donc être des séances d’hypnose de « groupe », c’est cette option qu’a introduite l’étude IMAGINE du professeur Flick, publiée récemment. L’objet de l’étude était de confirmer les résultats obtenus par l’équipe du Professeur Moser en séance individuelle et donc de comparer ces résultats à ceux obtenus avec des séances de groupe et d’un groupe témoin (avec un traitement médicamenteux classiques). Sur plusieurs centres de soins, 354 patients SII ont été sélectionnés et répartis de façon aléatoire dans 3 groupes : G1-Hypnose individuelle ; G2-Hypnose en groupe ; GC-Groupe Contrôle. 

Rapporté à la cohorte totale, 40·8% des patients du groupe G1 et 33·2% du groupe G2 ont répondu de façon positive aux critères d’acceptation définis (amélioration des symptômes sur au moins 3 des 4 semaines suivant la séance) pour 16·7% du groupe GC à 3 mois. Sur 12 mois, 40·8% des patients du groupe G1, 49·5% du groupe G2 et 22.6% du groupe GC ont répondu de façon positive aux critères d’acceptation définis.

Les conclusions de l’étude IMAGINE sont donc que l’hypnose doit être considérée comme un traitement du SII. Les séances d’hypnose de groupe ont des résultats équivalents à ceux des séances individuelles pour un coût équivalent.

Or, les antidépresseurs (avec les nombreux effets secondaires qu’on leur connaît) demeurent le premier traitement du SII en France, alors que l’innocuité et l’efficacité du régime pauvre en FODMAPs ou de l’hypnothérapie sont avérés. Les malades doivent les plébisciter et réclamer la formation de praticiens de santé compétents…

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Sources

– Flick et al., « Efficacy of individual and group hypnotherapy in irritable bowel syndrome (IMAGINE)- a multicentre randomised controlled trial« , The Lancet, novrembre 2018,
– Lee et al., « The Efficacy of Hypnotherapy in the Treatment of Irritable Bowel Syndrome- A Systematic Review and Meta-analysis« , J Neurogastroenterol Motil, 2014, 20 (2), 152-162,
– Moser et al, « Long-term  success  of  GUT-directed  group  hypnosis  for  patients  with  refractory  irritable  bowel  syndrome-  a  randomized  controlled  trial« , The American Journal of Gastroenterology, 2013, vol 108, p. 602–609,
Univadis,
– Séverine Gailler-Legendre, Le syndrome de l’intestin irritable – Comment l’identifier et le combattre ?, 2018,
– Beatrice Housez-fevrier, Comment suivre une alimentation sans FODMAPs sans galérer ? , 2018.

Séverine Gailler-Legendre