Tout le monde a déjà entendu parler de binge drinking, cette mode venue des campus américains qui fait aujourd’hui fureur jusque dans les contrées lointaines du territoire français.  Mais cette pratique aurait des risques sur la santé, notamment sur le cerveau. Explications.

Une pratique courante et tolérée

Tout le monde n’est pas d’accord sur la définition de cette pratique. L’OMS et le le National Institute on Alcoholism and Alcohol Abuse (NIAAA) ont deux définitions pour une même pratique. Pour le premier le binge drinking est « le fait de boire plus de 50 g d’alcool au cours d’une seule occasion de consommation. Cela représente en pratique une quantité d’alcool équivalente aux trois-quarts d’une bouteille de vin de 75 cl. » Alors que pour le NIAAA c’est le fait de « boire l’équivalent d’au moins 70 g pour les hommes et 56 g pour les femmes en moins de deux heures. »

Même si les professionnels ne s’accordent pas sur la définition de cette pratique, elle n’en reste pas moins très fréquente chez les jeunes. Précisons d’abord que l’alcool est la substance psychoactive la plus consommée chez les jeunes de 17 ans, 8,4% d’entre eux déclarent boire régulièrement. Selon la dernière enquête Escapade, 44 % des jeunes déclarent ce comportement au cours du dernier mois, la plupart du temps (9 fois sur 10) cela avait lieu au domicile, durant le week end et sous la présence des parents (pour 29,8 %).

Binge drinking : quels effets sur la santé ?

La lutte contre l’alcoolisation fœtale et le binge drinking constituent deux des priorités du ministère d’Agnès Buzyn. Le Pr Michel Reynaud, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, précisait en 2015 lors d’une déclaration à la presse, qu’il y a environ 900 000 hospitalisations pour des problèmes d’alcool. « Cela fait plus que le nombre de patients traités pour un diabète ou pour des problèmes cardiovasculaires », a-t-il fait remarquer. Au-delà de ces chiffres, c’est l’effet de l’alcoolisation chez les jeunes qui est dangereux dans leur développement à venir. Une étude dont les résultats ont été publiés cette année dans la revue Translatinal Psychiatry montre les effets délétères de l’alcool sur le tissu cérébral humain. « Les chercheurs ont en effet comparé les amygdales de 44 individus divisés en 3 groupes. Le premier groupe comprenait 11 individus ayant commencé à pratiquer le binge drinking avant l’âge de 21 ans, le second 11 individus ayant commencé après 21 ans, et le troisième 22 personnes n’ayant jamais pratiqué le binge drinking. » Les résultats montrent que les buveurs présentent des changements épigénétiques au niveau de l’amygdale altérant ainsi la régulation des émotions. Et comme le rappelle Bertille Dutheil pour Sciences et Avenir, l’alcool baisse le taux de BDNF, une protéine nécessaire « pour la formation normale et le maintien des synapses dans le cerveau (…) [elle] joue un rôle dans l’apprentissage, dans la mémoire et dans la gestion de l’anxiété. » Il a été remarqué que les individus présentant une dépression ou des troubles de l’humeur ont un plus faible taux de BDNF. Les jeunes qui pratiquent le binge drinking, ont donc un taux plus faible de BDNF, les rendant plus « impulsifs, ou plus sensibles à l’anxiété et à la dépression. » Ils auront également tendance à développer un comportement anxieux et addictif.

Alcool et microbiote : le mauvais cocktail

Ne plus banaliser la consommation d’alcool

Dans notre société, la consommation d’alcool et surtout de vin est banalisée. Souvent, les parents initient leurs enfants au vin très jeune, en leur laissant par exemple tremper leurs lèvres dans une coupe de champagne vers 10 ans. Le vin, même un grand vin, n’est pas bon pour la santé. Ce n’est pas un scoop mais rappelez-vous des discours de l’industrie du tabac qui nous assurait que le tabac n’était pas si nocif que ça. Citons Agnès Buzyn dans une émission intitulée « l’Alcool, un tabou français » de France 2 : « L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence ! On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre. »

L’alcool face à ses 4 vérités

Sources

Addictaide,
– Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la Défense) centrée sur les usages de substances psychoactives licites et illicites à 17 ans, menée tous les 3 ans, dirigée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Le neuvième exercice d’ESCAPAD a eu lieu du 13 Mars 2017 au 25 Mars 2017. Plus de 40 000 jeunes ont participé à cette enquête. Les premiers résultats ont été publiés dans la revue Tendances de l’OFDT en 2018,
Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies,
Le Quotidien du Médecin,
Nature,
Sciences et Avenir,
Sirc.

Léa Coulanges