Le soja est une légumineuse qui est aujourd’hui très consommée. Aliment sain voire alicament, le soja se retrouve dans beaucoup d’assiettes. Cependant, depuis quelques années, les pouvoirs publics ont laissé des produits arriver sur le marché sans exercer une surveillance rigoureuse. Et si les industriels de l’agro-alimentaire en ont un peu profité, l’UFC-Que choisir tire désormais la sonnette d’alarme.  

Le soja et ses nombreux bénéfices pour la santé

Le soja est une source protéique non carnée, il est donc très consommé par les personnes qui veulent réduire leur apport en viande dans leur alimentation (flexitariens, végétariens…). Depuis quelques années le soja est aussi conseillé aux femmes durant la ménopause. Le soja contient, en effet des isoflavones ou phyto-œstrogènes, des molécules végétales qui ont une structure chimique très proche des oestrogènes de la femme. C’est pourquoi, consommer du soja pourrait avoir des effets sur les troubles de la ménopause et le capital osseux. Certaines études ont montré que cette légumineuse permettrait de réduire de 52 % l’impact des bouffées de chaleur en période de post-ménopause, mais aussi d’éviter la prise de poids et de réduire l’accumulation des graisses sur le ventre après la ménopause. 

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Le soja contient trop d’isoflavones, parfois cachées !

En 2005, un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, maintenant appelée Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses), montrait que l’exposition aux phyto-œstrogènes pourrait faciliter la prolifération et la croissance tumorale chez les femmes ménopausées avec antécédent de cancer du sein. Elle proposait donc à cette époque de limiter l’apport journalier à 1 mg d’isoflavones par kilo (pour une personne de 60 kg, 60 mg).

En 2010, la Pr Catherine Bennetau-Pelissero (professeur en Sciences Animales et Nutrition-Santé à l’ENITA de Bordeaux) publiait un rapport et concluait : « il apparaît que le soja doit être considéré comme un “alicament” car il contient des œstrogènes dont la prescription est médicamenteuse. Cela signifie qu’il n’est pas un poison mais doit être utilisé suivant certaines indications et à des doses adéquates. Il doit bénéficier d’une communication adaptée ».

Aujourd’hui l’UFC-Que choisir a mesuré les doses de phyto-estrogènes (isoflavones dans le cas du soja) dans 55 aliments courants à base de soja, tels que des plats préparés, biscuits, desserts, boissons, apéritifs ou sauces, afin de calculer l’exposition des consommateurs par rapport aux valeurs jugées tolérables.

« Les résultats de nos analyses sur une cinquantaine de produits sont édifiants. Ainsi, 100 g de tofu nature de Céréal bio correspondent à deux fois l’apport maximal en isoflavones que nous jugeons acceptable pour un enfant, tandis qu’une tasse (25 cl) de jus de soja de la même marque équivaut à trois fois l’apport maximal pour un enfant et à une fois et demie pour un adulte. Enfin, le “yaourt” végétal Nature soja d’Alpro représente une fois et demie l’apport maximal pour un enfant et suffit à couvrir 75 % de celui d’un adulte ».

Sans oublier la présence du soja non mentionnée dans certaines préparations. Car le soja est « une source de protéines à bas coût intégrée dans une recette qui mise sur la viande qu’elle contient ». Les consommateurs qui font attention à ne pas trop manger de soja pourrait être surpris. 

Quel processus de fabrication pour le soja ?

Si les taux dépassent largement les préconisations c’est aussi à cause du processus de fabrication du soja. Ainsi, la déshydratation des graines entraine une concentration des isoflavones. C’est pourquoi, les préparations pour apéritifs à base de soja présentent un taux d’isoflavones très élevé, « un petit sachet (28 à 43 g selon les marques) apporte de 52,82 mg à 108,44 mg d’isoflavones. On passe presque du double au quadruple de l’exposition considérée comme critique pour un adulte ! ».

L’absence de filtrage est également en cause.  Ainsi, toujours selon Catherine Bennetau-Pelissero, « les préparations solides à base de soja, telles que le tempeh ou le tofu, étaient obtenues jadis par de longues phases de trempage et d’élimination de la première eau de cuisson. Une technique qui permettrait de réduire la teneur en isoflavones du soja, qui diffusent dans l’eau. Or, depuis les années 1960, les process industriels réduisent sensiblement ces étapes. Les produits conçus de nos jours contiennent bien plus d’isoflavones que par le passé ». 

Des start-up se sont déjà penchées sur le sujet et certaines proposent aux industries agro-alimentaires des solutions clés en mains. 

Quelles actions officielles pour la consommation de soja ?

Parions que les choses vont changer très rapidement surtout que l’UFC-Que choisir ne fait pas que dénoncer. Elle a aussi saisi « l’Anses pour que celle-ci, au regard des études scientifiques les plus récentes et des nouvelles habitudes de consommation, réévalue le niveau de risque pour les consommateurs et, si nécessaire, définisse des doses maximales d’application obligatoires ».

Et « demande à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de rendre obligatoires sur l’étiquetage les teneurs en phytoestrogènes présentes dans les produits, ainsi qu’une mention sur les restrictions à la consommation pour les enfants et les femmes enceintes ».

Galette de riz, lait de soja, céréales minceur… Des aliments pas aussi sains qu’on ne le pense ?

Contenu relu et validé par une diététicienne WeCook.

Sources

UFC-Que Choisir,
– Agence française de sécurité sanitaire des aliments,
Institut Français pour la Nutrition,
– Khaodhiar L. et al., « Daidzein-rich isoflavone aglycones are potentially effective in reducing hot flashes in menopausal women », Menopause, Janvier 2008, Vol 15, Pages 125-134,
– « Soy may thwart belly-fat gain after menopause », Fertility and Sterility, Décembre 2007,
– Rapport : « L’UFC-Que Choisir saisit l’Anses et la DGCCRF« .

Léa Coulanges

1 réponses à “Le soja : pas aussi sain qu’on ne le pense !”

  1. Catherine Bennetau dit : Répondre

    Merci d’avoir relayé cette information.

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