« J’ai finalement pris ce produit, parce qu’il est français », qui n’a pas entendu cette phrase ou qui n’a pas préféré acheter un produit français plutôt qu’un autre ? Quels produits sont concernés par le Made in France ? Et, le Made in France : gage de qualité ? Éclairages.

Le Made in France : gare au porte-monnaie

En 2014, dans un documentaire « Made in France », diffusé le 19 mars par Canal+, un journaliste a essayé de vivre 100 % français. Il faisait alors une remarque intéressante, « impossible de trouver une télévision fabriquée en France, un ordinateur, du café ou encore un coupe-ongles (…) L’industrie française ne produit donc pas (plus) tous les produits nécessaires à notre quotidien actuel. Difficile d’être une économie dynamique quand tout va au ralenti… ».

Beaucoup de consommateurs choisissent pourtant le made in France (MIF), mais ces produits sont souvent plus chers. Selon un sondage BVA de janvier 2018 réalisé auprès d’environ 1000 Français, 55 % ont remarqué que les produits français étaient plus chers que les autres. Donc, si nous achetons français ce n’est pas pour économiser ! Et certains vont même plus loin, 73 % des consommateurs seraient prêts à payer plus chers des produits fabriqués en France et 79 % des distributeurs déclarent que l’argument « produit français » leur permet d’augmenter leurs ventes.

La Mode du Made in France ?

L’achat français est d’abord un acte écologique. Un produit fabriqué en France parcourt nécessairement moins de kilomètres qu’un produit fabriqué en Chine avant d’arriver chez nous. De nouvelles tendances sont apparues autour de ce concept de consommation locale. Ainsi, les locavores, cette nouvelle façon de consommer qui prône la consommation de nourriture produite dans un rayon restreint autour de son domicile. Concrètement, les locavores :
– achètent des produits aux producteurs locaux grâce aux circuits-courts ;
– privilégient les produits frais et de saison ;
– limitent le gaspillage alimentaire ;
– favorisent le maintien des populations sur le territoire.

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Mais consommer Français serait aussi une façon de défendre nos emplois. Ainsi, dans un rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) intitulé « Consommation responsable : une opportunité pour l’emploi ? », il apparaît que la consommation de produits français pourrait créer environ 150 000 emplois.

Cependant, l’argent et l’écologie ne font pas tout. Si les français préfèrent les produits MIF, c’est aussi parce qu’ils sont un gage de qualité que le consommateur reconnaît avec les appellations d’origine.

Les appellations d’origine

C’est pour lutter contre la fraude qu’une loi de 1905 a créé le concept d’Appellations d’origine. Les appellations d’origine permettent de reconnaître un produit dont la qualité et les caractéristiques sont liées à une origine géographique, ou celui dont le nom jouit d’une notoriété établie. Elle établit donc des liens étroits entre la caractéristique géographique, le savoir-faire et l’environnement propres à une région et les caractéristiques du terroir.

Différents sigles d’appellation d’origine existent désormais. Pour s’y retrouver voici un petit rappel des différents sigles.

AOP/AOC

Selon le site de l’INAO« L’Appellation d’origine protégée (AOP) désigne un produit dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même aire géographique, qui donne ses caractéristiques au produit. C’est un signe européen qui protège le nom du produit dans toute l’Union européenne ». En font partie : le poulet de Bresse, le piment d’Espelette, les cocos de Paimpol ou le roquefort.

« L’Appellation d’origine contrôlée (AOC) désigne des produits répondant aux critères de l’AOP et protège la dénomination sur le territoire français. Elle constitue une étape vers l’AOP, désormais signe européen». L’AOC est une démarche nationale.

Les appellations d’origine connaissent un certain succès auprès des consommateurs. En 2016, le chiffre d’affaires des AOP représentaient près de 20 milliards d’euros.

L’indication géographique protégée (IGP)

« L’Indication géographique protégée (IGP) identifie un produit agricole, brut ou transformé, dont la qualité, la réputation ou d’autres caractéristiques sont liées à son origine géographique. L’IGP s’applique aux secteurs agricoles, agroalimentaires et viticoles. Pour obtenir ce signe officiel, une étape au moins parmi la production, la transformation ou l’élaboration de ce produit doit avoir lieu dans cette aire géographique délimitées. L’IGP est liée à un savoir-faire. Elle ne se crée pas, elle consacre une production existante et lui confère dès lors une protection à l’échelle nationale mais aussi internationale. » En font partie : les fraises du Périgord, les pruneaux d’Agen, le jambon de Bayonne ou le riz de Camargue.

La spécialité traditionnelle garantie

« La Spécialité́traditionnelle garantie (STG) correspond à un produit dont les qualités spécifiques sont liées à une composition, des méthodes de fabrication ou de transformation fondées sur une tradition. La Spécialité́ traditionnelle garantie relève d’un usage, d’un savoir-faire, d’une pratique ancienne, typique, particulière nationale, régionale ou locale mais qui peuvent être réalisés en dehors du pays ou de la région de provenance ou de fabrication du produit» Un seul produit français bénéficie de cette appellation : les moules de bouchot.

L’agriculture biologique (AB)

« L’Agriculture Biologique est un mode de production qui allie les pratiques environnementales optimales, le respect de la biodiversité́, la préservation des ressources naturelles et l’assurance d’un niveau élevé de bien-être animal ». L’AB représentait en 2017, 6,6 % du territoire agricole français, 8,373 milliards d’euros et 134500 emplois directs créés.

Le label rouge

« Le Label Rouge est un signe national qui désigne des produits qui, par leurs conditions de production ou de fabrication, ont un niveau de qualité supérieur par rapport aux autres produits similaires habituellement commercialisés ».

Le Made in France meilleur pour la santé ?

Favoriser des fruits et des légumes issus du territoire français implique inéluctablement de consommer des produits de saison. Manger des fruits et des légumes de saison, c’est consommer des aliments plus sains, car cultivés de manière plus « naturelle » que ceux cultivés hors-saison. C’est donc plus de vitamines et de minéraux.

De plus, consommer des fruits et des légumes français suggère une qualité et une fraîcheur optimales car les denrées ont été cueillies à maturation, dans des conditions adaptées. Fruits et légumes n’ont donc pas parcouru des milliers de kilomètres et n’ont pas subi de traitements après récoltes… Ainsi, manger local c’est manger plus frais et plus sain, les fruits et légumes de la région pouvant de fait révéler toutes leurs qualités nutritives.

L’agriculture française bio, gage de qualité ?

L’agriculture bio française est encore à la traîne. Sur 29 pays de l’Union économique européenne, la France était encore dix-neuvième en 2016 ! En 2017, 6,6 % de la surface agricole utile était cultivée en bio, il reste donc 93,5 % de terres cultivées en agriculture conventionnelle. « Le bio occupe 28 % des surfaces de production de légumes secs, 20 % pour les fruits frais, idem pour la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, et 10 % des vignes nationales ».

L’agriculture française n’est donc pas la cause principale de l’engouement pour le made in France ! « Près de 70 % des produits bio consommés dans le pays sont produits en France (…) Presque la totalité du vin, des boissons alcoolisées et des œufs bio est «made in France», alors que dans la catégorie mer, saurisserie et fumaison, on doit importer 77 % des denrées. Idem du côté des produits dits «exotiques» (café, cacao, bananes, agrumes…), qui doivent voyager ».

L’alimentation bio diminuerait-elle les risques de cancer ?

Une exception française ?

En premier lieu, la France a la culture de l’alimentation et surtout du plaisir de manger.

Et ceci est reconnu, puisqu’en 2010, la gastronomie française et notre tradition alimentaire ont été reconnus par l’UNESCO qui a inscrit le repas gastronomique français à son patrimoine mondial. Ajoutons que du point de vue géographique la France bénéficie d’un climat tempéré ce qui lui permet de jouir de nombreux terroirs de qualité. Enfin, la sécurité alimentaire est aussi une tradition et un gage de qualité. Selon Jean-Jacques Caspari, directeur général de Rougié (leader mondial du foie gras) « La gastronomie française est reconnue dans le monde entier pour la qualité de ses produits et de sa sécurité alimentaire, assurées par d’importantes normes et de nombreux contrôles. »

Mais l’exception française c’est surtout son goût pour l’innovation. Le consommateur et ses habitudes alimentaires changent, les entreprises agro-alimentaires françaises y répondent en innovant aussi. Selon l’Association nationales des industries agro-alimentaires (ANIA) « L’agroalimentaire sort 3 000 nouveaux produits par an, l’équivalent d’un demi-supermarché renouvelé tous les cinq ans » !.

Les sirops Monin, modèle d’innovation

« Banane verte, barbe-à-papa, basilic, cardamome, concombre, hibiscus. En vingt ans, l’imagination des techniciens de Monin s’est déployée dans toutes les directions. Sa gamme s’étend sur plus de 100 goûts. Les Etats-Unis ont un sirop aromatisé au gâteau à la citrouille (Pumpkin Pie), en Asie on trouve « Fleur de cerisier »… En France, menthe et grenadine restent indétrônables. En Allemagne, c’est la noix de coco qui règne en maître. Monin a également exploré d’autres horizons en créant des « jus cuisinés » aux parfums surprenants, comme épinards/ail/menthe, ou encore des purées de fruits pour faire des smoothies, et des poudres pour réaliser des cafés frappés ».

Les sirops Monin existent depuis 100 ans mais ils ne cessent de se renouveler en inventant de nouveaux parfums et de nouvelles recettes. Bref, bien connaître les goûts et plaire aux marchés étrangers qui n’ont pas forcément les mêmes goûts que les Français font partie de la stratégie de cette entreprise. C’est pourquoi chaque année, les sirops Monin sortent une dizaine de nouveaux parfums, ce qui leur a ouvert les portes de tous les professionnels des bars, hôtels et restaurants du monde entier. Aujourd’hui cette entreprise berrichonne a ouvert une usine en Floride, une autre en Asie, bientôt au Moyen-Orient et à plus long terme, en Afrique.

Deux labels et un salon

Le label « Made in France » est délivré par les douanes. Le produit a la nationalité du dernier pays qui l’a transformé. En bref, si votre frigo a été assemblé en Chine, peint en Allemagne et « designé » en France, on lui appliquera le sigle « Made in France ».

Le label « Origine France Garantie » est plus exigeant. Yves Jégo, ancien député de Seine-et-Marne et président de Pro France*, précise qu’il faut que « 50 % du prix de revient soit acquis en France et que le produit ait obtenu ses caractéristiques essentielles en France ».

Depuis 2012, le MIF tient son salon annuel. Le premier salon comptait plus de 60 exposants, en 2018 c’est plus de 450). Les organisateurs du salon regrettaient qu’en 2010, la France avait exporté 367 millions d’euros de jouets et en avait importé pour 1,5 milliard d’euros. La défense du MIF, commençait. Souvenez-vous à cette époque Arnaud Montebourg défendait le made in France à la Une de Libération en posant avec une marinière 100 % française. La résistance du petit village gaulois commençait !

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*Créée en juin 2010, l’association Pro France réunit les entreprises et tous les acteurs qui souhaitent participer à une certification volontaire, innovante et transparente de l’origine française des produits.

Elle a pour mission de défendre et valoriser les produits de fabrication française et les entreprises qui les produisent ainsi que la promotion de la Marque France dans tous les secteurs d’activité.

Sources

Locavor,
INAO,
Libération,
Conseil d’orientation pour l’emploi,
Snacking,
Les Echos,
La Croix,
20 minutes.

Léa Coulanges