Dans le cas des patients atteints de MICI, le tabac peut être un facteur aggravant notamment dans la maladie de Crohn (MC). Paradoxalement, c’est aussi un moyen de soulager les patients atteints de rectocolite hémorragique (RCH). Explications.

Tabac et RCH : le paradoxe

Le tabagisme cause environ 73 000 décès chaque année. Le tabac provoque maladies cardiovasculaires ; cancers broncho-pulmonaires, digestifs, etc. ; maladies respiratoires chroniques comme la bronchopneumopathie chronique obstructive ; accidents vasculaires cérébraux…

Pourtant, quand le fumeur est atteint de MICI, la conséquence du tabagisme peut être différente d’une pathologie à l’autre. En effet, les effets du tabac ne seraient pas les mêmes sur la maladie de Crohn (MC) ou la RCH.

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Un tabagisme plus qu’actif !

Le Pr Jacques Cosnes (service gastroentérologie et nutrition, Hôpital St-Antoine, Paris) explique que « l’effet d’activation de la MC par le tabac est surtout apparent dans les maladies éteintes ou blanchies chirurgicalement ». C’est ainsi que les fumeurs auront plus de risques de récidive que les non-fumeurs.

En effet, fumer modifie les capacités immunitaires de la muqueuse intestinale. Cela augmente le risque inflammatoire en favorisant la production de mucine, un mucus produit par le côlon et qui le protège des agressions extérieures ou intérieures.
Fumer provoque aussi de petites thromboses de certains vaisseaux de l’intestin et altère le flux sanguin à cause de l’effet anticoagulant du tabac. Enfin, le tabac diminue la motilité et la perméabilité intestinales. Tous ces effets, dans le cas de la MC, sont nocifs et aggravent les symptômes.

Les non-fumeurs s’en sortent mieux

De fait, il existe un lien direct entre le tabac et la MC. Le tabac provoquerait des troubles de la microcirculation, une altération du mucus intestinal par la nicotine ou des modifications de la réponse immunitaire.

Plusieurs études ont montré l’action délétère du tabac dans la MC. Ainsi, une étude de 1989, montre que le tabac est un facteur de risque aggravant. En effet, il a été démontré que les fumeurs avaient deux fois plus de risque de développer cette maladie. D’autres indiquent, par ailleurs, que non seulement les fumeurs présentaient un risque certain de rechute (46 % des fumeurs contre 30 % des non-fumeurs) mais, qu’en plus, le taux de récidive (manifestations nécessitant une reprise chirurgicale) à 5 et 10 ans était respectivement de 20 et 41 % chez les non-fumeurs et de 36 et 70 % chez les fumeurs.

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De plus, en 1994, une autre étude montrait, après 6 ans d’observations, l’absence de rechute chez les non-fumeurs (60% contre 27% chez les fumeurs), et enfin une absence de chirurgie (92 % contre 76% chez les fumeurs).
Enfin, une publication de 1996 montre que les fumeurs recourent plus souvent à un traitement médicamenteux lourd (immunosuppresseurs).

Un effet positif du tabac sur la RCH…

En revanche, selon une analyse , il apparaît nettement que le pourcentage de fumeurs actifs (fumant plus de 7 cigarettes par semaine) à un moment donné dans un groupe de patients ayant une RCH est de l’ordre de 10 %.

Conclusion (inattendue) : les fumeurs ont moins de risques de déclarer une RCH. Ils connaissent également moins de poussées de la maladie, d’hospitalisations, de colectomies (ablation du côlon) et de complications que les non-fumeurs.

Pourtant l’effet du tabac est seulement suspensif, car le risque de RCH est augmenté dans les 2 à 3 années qui suivent le sevrage.

…qui reste un mystère

On ne sait pas quel composé est actif dans la cigarette contre la RCH ni comment cela fonctionne. On ne peut que supposer une action du tabac sur le mucus du côlon, la flore intestinale, la perméabilité intestinale…

Des travaux ont également mis en évidence l’action différente de la nicotine sur le petit et le gros intestin (sécrétion de prostaglandines, microcirculation, cytokines…). Cela expliquerait probablement les effets divergents du tabac sur la maladie de Crohn et la RCH.
En ce qui concerne le monoxyde de carbone, il réduirait les lésions coliques et l’inflammation chez la souris mais aucune étude ne sera faite chez l’homme du fait de sa toxicité.

Et les substituts ?

Des études cliniques ont montré une certaine efficacité des patches de nicotine. Elle demeure inférieure à un traitement par corticostéroïdes mais dure plus longtemps.

N’oublions pas que la nicotine est un facteur d’événements indésirables que ce soit au niveau cardiovasculaire, pulmonaire et cancéreux. C’est pourquoi, utiliser un substitut de nicotine peut apporter un soulagement sur le plan clinique et encourager les fumeurs malades au sevrage.

Léa Coulanges & Béatrice Février

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