La dénutrition est une pathologie caractérisée par une réduction excessive des apports énergétiques journaliers, conduisant à une perte de poids (masse grasse et masse maigre). Elle est souvent associée aux pays en voie de développement, où la famine prédomine. Mais elle touche également les pays les plus développés comme la France, où la dénutrition est une pathologie souvent méconnue et mal prise en charge.

La dénutrition concerne un grand nombre d’entre nous !

La dénutrition concerne les personnes qui perdent rapidement du poids, et/ou qui s’alimentent peu. On pense tout de suite aux personnes anorexiques, mais elle concerne également les personnes obèses qui ont subi une chirurgie bariatrique (perte de masse grasse et maigre très importante, trop rapidement), ainsi que nos seniors.

Elle concerne enfin les personnes malades dont le traitement affecte le lien avec l’alimentation (par exemple la chimio-thérapie pour les malades atteints de cancer). Dès lors que la personne perd plus de 15% de son poids en quelques semaines, on parle de dénutrition.

5 autres signes qui sont associés à cette perte de poids

1 – Hypothermie

2 – Altérations de la peau (peau sèche, cheveux cassants)

3 – Hypotension

4 – Troubles du comportement

5 – Perte d’appétit

La dénutrition touche, selon la Haute Autorité de Santé (2007)

– 4 à 10% des personnes âgées vivant à domicile.
– 15 à 38% des personnes vivant en institution (maison de retraite, EHPAD…).
– Jusqu’à 70% des personnes âgées hospitalisées.

En France, c’est plus de  2 millions de personnes qui souffriraient de dénutrition.

Aucune politique de santé publique au sujet de la dénutrition

Alors que le gouvernement annonçait récemment une hausse du plafond du forfait hospitalier de 18 à 20 euros, ces 2 euros de différence auraient pu servir à la prise en charge de la dénutrition. Mais il n’en est rien, comme le rapporte Eric Fontaine, Président de la Société Francophone de Nutrition Clinique et Métabolisme.

Les 2 euros de différence, c’est plus pour des raisons budgétaires que pour des raisons sanitaires, alors que la dénutrition entraîne des coûts importants : diminution des défenses immunitaires, ralentissement de la cicatrisation, diminution de la qualité de vie, et traitements de soins moins efficaces.

L’un des axes prioritaires proposés par le ministère de la santé pour 2018-2022 est la « pertinence et la qualité de soin ». Mais la dénutrition n’entre pas dans cet axe, c’est là tout un paradoxe.

Mieux former et mieux informer les professionnels de santé de la dénutrition

Si 89% des médecins considèrent la dénutrition comme un enjeu de santé publique, seuls 50% des médecins ont été formés à la dépister. Savoir la dépister serait une première étape pour guérir et prévenir cette pathologie.

De nombreux acteurs peuvent la détecter : médecins, infirmiers, diététiciens, pharmaciens. Poser quelques questions simples et ciblées est une première étape pour déceler cette pathologie.

Des tests complémentaires peuvent être effectués pour confirmer le diagnostic (dosage de l’albumine sanguine, questionnaire Mini Nutritional Assessment ou MNA, mesure de l’IMC, etc…).

Les obèses dénutris souvent oubliés

Dans l’esprit collectif, on associe la dénutrition à des personnes maigres. Dénutrition et obésité ne font pas bon ménage. Et pourtant ! L’obésité peut cacher la dénutrition, ce qui peut avoir des effets néfastes pour le malade. L’obésité demande en effet une vigilance encore plus importante.

5 situations peuvent expliquer cet état de dénutrition chez la personne obèse

1 – en situation d’agression, de stress (infection, traumatisme, période chirurgie) : par exemple pour des personnes ayant subi une chirurgie digestive.

2 – en cas de pathologie digestive chronique, d’insuffisance rénale, de bronchopathie chronique.

3 – en situation de précarité économique et sociale : une alimentation pauvre en protéines peut induire une dénutrition chez la personne obèse.

4 – un mauvais état bucco-dentaire ou un trouble de la déglutition, limitant cette consommation de protéines.

5 – après chirurgie de l’obésité, surtout à la suite d’interventions créant une malabsorption (typiquement les by-pass) mais également après pose d’anneau gastrique ou d’une gastrectomie en manchon (sleeve).

Il n’y a pas encore de consensus sur une valeur de perte de poids alarmante concernant la personne obèse dénutrie.

Une perte de poids chez la personne obèse est souvent souhaitée, mais les recommandations restent les mêmes : ne pas perdre de poids trop rapidement, non seulement du fait du risque de rebond et d’induction de troubles du comportement alimentaire réactionnels, mais également du fait du risque de dénutrition.

Sources

http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/brochure_denutrition.pdf
http://www.delical.fr/nutrition-clinique/nutrition-orale/le-role-partenaires-sante
https://www.nutrisens.com/denutrition/
http://www.huffingtonpost.fr/ric-fontaine/en-france-on-ne-veut-pas-voir-que-la-denutrition-tue-toujours_a_23293840/

Raphaelle Santarelli, diététicienne WeCook

0 réponses à “Pourquoi la France compte encore 2 millions de personnes souffrant de dénutrition ?”

  1. […] parle de nutrition, on s’intéresse à des macronutriments (au nombre de 3 et notamment sources d’énergie pour […]

  2. […] alimentation adaptée au cours de la maladie : les patients atteints de cancer sont souvent dénutris et présentent une fonte musculaire, deux facteurs ayant un impact négatif sur leur prise en […]

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