Parce que le microbiote est partout, dans notre organisme comme dans les travaux de recherche, des chercheurs ont étudié le rôle du microbiote dans les tumeurs pancréatiques et son lien avec la survie des patients. L’exploitation des données issues de ces recherches pourrait aider à améliorer le pronostic obscur de cette maladie.

Le cancer du pancréas

Le pancréas est un organe mal connu de notre système digestif et pourtant essentiel. Il fabrique différents sucs essentiels à la digestion et a un rôle actif dans le métabolisme des glucides. Il est en effet le siège de la synthèse de 2 hormones essentielles : l’insuline et le glucagon.

Dans la majorité des cas, le cancer du pancréas se développe au niveau de la tête du pancréas, là où se trouve les cellules impliquées dans la production des sucs digestifs. Son développement est souvent rapide mais les premiers symptômes ne sont pas caractéristiques de la présence d’une tumeur. Le diagnostic est alors tardif, lorsque la tumeur est déjà bien développée et s’est propagée, ce qui rend le pronostic mauvais.
Les facteurs de risque du cancer du pancréas sont en premières lignes le tabac, le surpoids et les prédispositions génétiques.

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La génétique ne fait pas tout

Même si la génétique peut prédisposer au développement d’un cancer du pancréas, celle-ci ne semble pas avoir d’impact sur le pronostic de la maladie.

Une équipe de recherche américaine s’est alors intéressée à un autre élément de la maladie : le microbiote de la tumeur. À partir de données issues de deux groupes d’individus, leur démarche a consisté à comparer les microbiotes et le système immunitaire des patients en fonction de leur survie à plus ou moins 5 ans.

Le microbiote tumoral révélateur de pronostic

Leurs analyses les ont amenés à plusieurs observations et autant d’hypothèses :

– Le microbiote de la tumeur est différent selon les patients. Ainsi, les patients ayant une meilleure survie présentent une tumeur avec une plus grande diversité bactérienne que les patients avec une moins bonne survie.

– En poussant plus loin les analyses, les chercheurs ont identifié une signature bactérienne de la tumeur, c’est-à-dire un groupe de bactéries présentes de manière prédominante chez les patients ayant une meilleure survie et qui pourrait prédire ce statut.

– Toujours chez les patients ayant une meilleure survie, leur tumeur renferme davantage de cellules immunitaires dirigées contre la tumeur elle-même.

– Le microbiote de la tumeur est relativement caractéristique, pourtant une certaine part de ce microbiote est commun avec le microbiote des tissus intestinaux sains avoisinants. Ce qui laisse penser qu’il y existe une migration des bactéries intestinales vers la tumeur.

La greffe fécale pour le traitement du cancer du pancréas ?

En poussant l’expérimentation plus loin, les chercheurs ont voulu voir si une greffe de microbiote fécal pouvait influer sur le développement de la tumeur pancréatique et donc la survie du patient. Ils ont donc réalisé des greffes fécales sur des souris chez lesquelles une tumeur avait été implantée. La transplantation fécale provenait soit de patients en cours de traitement pour un cancer pancréatique, soit de patients en rémission d’un cancer pancréatique, soit d’individus sains.
La tumeur a évolué chez toutes les souris mais de manière différente : la tumeur des souris ayant reçu la greffe des patients en rémission était la moins développée des trois et celle qui présentait également le plus fort taux de cellules immunitaires.

Le microbiote fécal, parent pauvre du microbiote intestinal

Malgré ces données encourageantes pour les patients atteints d’un cancer pancréatique, les chercheurs modèrent leurs propos. Selon eux, beaucoup de points restent encore à reproduire, confirmer et expliquer. Mais ces données ouvrent des perspectives sur le développement d’un marqueur de pronostic et d’un moyen de traitement du cancer pancréatique.

Sources

Institut National du Cancer,
– Riquelme E, Zhang Y, Zhang L, et al., « Tumor Microbiome Diversity and Composition Influence Pancreatic Cancer Outcomes », Cell, 8 août 2019, 178 (4) : 795-806.e12,
National Cancer Institute.

Béatrice Février

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