La plume de Marie-Hélène Lahaye a encore frappé, et c’est à présent aux éditions Michalon ! L’auteur du blog Marie accouche là nous livre un formidable ouvrage, Accouchement. Les femmes méritent mieux, qui interroge l’ensemble des pratiques liées à l’accouchement, acte tantôt brutal, tantôt violent, un heureux événement devenu parfois un cauchemar.

Accouchement. les femmes méritent mieux

L’hôpital, le protocole, les femmes

L’hôpital est considéré tel un lieu sûr et sain, où l’espoir est à toutes les portes. D’un accouchement à domicile, les normes ont évolué pour que l’accouchement n’ait lieu qu’à l’hôpital. Au nom de la sécurité de la mère en devenir, on inclut cette dernière dans une série de normes et protocoles pouvant être appliqués à chacune des futures mamans, sans admettre que toute personne est un et autre.
L’auteur l’affirme à maintes reprises, « les émotions et sensations des femmes n’entrent pas en ligne de compte dans la rédaction de ces protocoles, et les besoins affectifs de la mère et de l’enfant ne sont absolument pas prioritaires ». Une discorde inéluctable, la Science et ses certitudes contre la Femme et son être.

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L’obstétrique misogyne ?

En ce sens, l’obstétrique est l’illustration même d’un acte misogyne durant lequel les femmes ne sont plus maîtresses de leur propre corps mais soumises à ces sempiternels protocoles, asservies par la norme. C’est un fait, « devant les pratiques médicales, on n’exerce pas son esprit critique. Devant le Dieu Médecine, on s’incline. Toute personne interrogeant certains gestes, routines ou protocoles hospitaliers est suspectée de vouloir diaboliser la profession tout entière ». Marie-Hélène Lahaye serait-elle l’incarnation du diable ? Interroger la norme, est-ce là un acte de défiance ?

De la violence à l’hôpital

Donner naissance à la chair de sa chair a toujours été associé à une souffrance certaine. Jusqu’à la péridurale, supposée mettre fin aux douleurs. L’accouchement serait donc devenu un acte où la souffrance est a priori infime, pour que ne subsiste que la magie de l’instant. Pourtant, dès que l’on demande aux femmes de revenir sur cette expérience unique qu’est l’accouchement, les mauvais souvenirs remontent à la surface. Nombre d’entre elles ont dû faire face à la contrainte, aux intimidations, voire à la brutalité ou à la violence. Un « accouchement volé » pour certaines.


La « violence obstétricale »

Imposer à une femme de rester immobile, couchée sur le dos est une « violence obstétricale », au même titre que « forcer une personne à se maintenir dans une position inconfortable et douloureuse est une violence ». C’est pourtant là l’effrayante réalité à laquelle elle nous confronte, car « la violence obstétricale est (malheureusement) la norme ». Et Marie-Hélène Lahaye entend bien dénoncer ce scandale, depuis qu’elle « [a] compris à quel point ces moments d’intensité exceptionnelle peuvent se muer en douleur lorsqu’il faut obtempérer à des ordres et laisser pénétrer son corps par des inconnus pratiquant des actes techniques sans égard ni pour ses sentiments, ni pour son intimité. »

La réification du corps féminin

Lors de l’accouchement, le sexe de la future mère devient bien public, inspecté, palpé, soumis à l’intrusion de doigts et d’objets au nom de la santé de l’enfant. Cette femme, maintenue sur la table d’accouchement, doit être docile et obtempérer. L’auteur le souligne, « l’accouchement médicalisé prive les femmes de toute initiative en les renvoyant à la passivité la plus totale, tandis que l’obstétricien s’approprie l’ensemble des actions permettant de faire naître un enfant. » Nous y sommes, une nouvelle fois : la Science face à la Femme. Mais la mère en devenir n’est-elle pas tout simplement réifiée ? La passivité à laquelle elle est contrainte, n’est-ce pas là le propre de la chose ?

Une identité niée

L’obstétrique semble priver les femmes de leur identité propre au nom du savoir médical ; les obstétriciens « déshumanisent les futures mères pour les réduire à un objet dont ils peuvent disposer à leur guise et transforment les organes génitaux féminins en une partie de corps aseptisée sur lequel ils peuvent poser sans limite tout geste médical ». Mais les femmes devraient avoir le contrôle sur leur accouchement, sur leur corps qui malheureusement « appartient à beaucoup de monde, sauf à la femme elle-même. »

Une révolution nécessaire

Dans une société prétendument égalitaire, la femme ne devrait plus être réduite à son sexe ou à son utérus et avoir une possession totale de son corps, depuis la contraception jusqu’à la naissance d’un enfant. Mais les pratiques érigées en normes par la science entravent la liberté des femmes, et il apparaît nécessaire de repenser l’accouchement et ses pratiques. Le verdict de l’auteur est sans appel : « rendre les femmes maîtresses de leur accouchement exige, ni plus ni moins, une révolution ».

Marie-Hélène Lahaye, Accouchement. Les femmes méritent mieux, Michalon, 2018, 296 pages, 20 €. Disponible sur le site de la Fnac.

Jonathan Epaillard

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