Santé et intelligence artificielle

Santé et intelligence artificielle : Organiser les interactions vertueuses

L’intelligence artificielle (IA) consiste à mettre en œuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence réelle.

Quelles sont les possibilités de l’intelligence artificielle en médecine ?

Nous sommes tous un peu frileux devant cette nouvelle science, pourtant elle offre énormément de possibilités dans le domaine de la santé. Le livre de Cédric Villani et du Pr Nordlinger, Santé et Intelligence artificielle, nous éclaire sur toutes les possibilités de l’IA. Elle nous permet de renouveler et perfectionner l’interprétation des images, modéliser la croissance des tumeurs, prédire la réponse aux traitements administrés, augmenter les performances en radiologie, en anatomie pathologique, en dermatologie, tirer parti des données génétiques pour comprendre les maladies, développer la médecine de précision, constituer des recueils de données d’une richesse jusqu’ici inaccessible.

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Pourquoi hésiter ?

Ce livre expose les réflexions menées « lors d’un groupe de travail intelligence artificielle et santé créé par l’Académie nationale de Médecine et l’académie des Sciences ». Il regroupe donc des réflexions de mathématiciens, chirurgiens, modélisateurs et analystes, administrateurs hospitaliers, juristes informaticiens, cancérologues…, environ une cinquantaine de spécialistes livrent leur vision d’une complémentarité révolutionnaire combinant santé et intelligence artificielle. Ce livre est divisé en 5 chapitres : base de données, aide au diagnostic et au traitement, recherche, données, humain expose sous des angles différents la complémentarité qui existe entre l’IA et le médecin. A leurs lectures, nous comprenons rapidement que le problème n’est peut-être pas si simple.

Intégrer l’IA n’est pas uniquement changer de mentalité, cela suppose une formation des professionnels de santé, et au-delà, beaucoup de défis : technique et technologique (comment traiter la taille des bases de données lorsque celle-ci regroupe les données de tout un pays, comme le SNDS ?) ; éthique et légal, (comment protéger les données personnelles des personnes inclues dans cette base de données ?), de la confiance (convaincre les acteurs de surmonter leurs réticences). On le voit, les obstacles sont nombreux. Pourtant, l’IA ne cherchera jamais à remplacer le médecin mais à l’aider. Grâce à l’IA, il deviendra ainsi « mieux outillé pour guérir, prévenir, analyser, décider, et en même temps pourvu d’empathie et doué pour le contact humain (…) Il s’agira d’améliorer les diagnostics, les observations, les choix thérapeutiques ».


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Santé et intelligence artificielle : Le médecin augmenté ?

De médecin seul, qui jusqu’à aujourd’hui face à l’observation d’une tumeur en déduit le traitement, devient un médecin augmenté. Ainsi, quel médecin ne se reconnaît pas dans cette phrase, « La simple observation de l’évolution d’une maladie, le jugement de l’efficacité d’un traitement sur une tumeur : tout cela est aujourd’hui jugé de façon très approximative, par exemple en mesurant le diamètre de la tumeur ». Avec l’IA, le médecin peut connaître la carte d’identité des tumeurs, qui permet l’analyse du génome tumoral pour connaître le mécanisme moléculaire dominant au sein du cancer d’un patient donné et d’adapter le traitement en fonction, c’est ce qu’on appelle la médecine personnalisée. Mais cette nouvelle façon de traiter n’est pas encore au point.

Autre point significatif, les bases de données. Elles répertorient les maladies, les traitements subis, et d’autres données personnelles du patient. Certaines bases de données sont importantes, le Système national des données de santé (SNDS), par exemple, regroupe les principales bases de données de santé publiques existantes. C’est la base de données médicales la plus importante au monde. A qui appartiennent ces bases de données ? Les personnes qui y figurent sont-elles vraiment protégées ? De plus, ces bases de données sont restrictives, elles ne regroupent que les personnes assurées, qu’en est-il pour celles qui ne sont pas assurées, qui ne suivent pas de traitements médicaux ?

La Sécu utilise nos actes médicaux pour faire avancer la recherche. Un bien pour un bien ?

La réticence des professionnels de santé face à l’IA n’est donc pas une simple méfiance et Cédric Villani souhaite « organiser les interactions vertueuses entre l’expertise humaine et les apports de l’intelligence artificielle dans l’exercice quotidien de la médecine  ».

Si elle peut aider à mieux soigner, l’IA doit être mise en place de façon à ce que tous puissent se sentir en confiance. Elle nécessite donc une pédagogie de tous (acteurs, patients, législateurs, etc.) afin de dépasser tous les fantasmes qui l’empêchent d’aider et de sauver l’humain.

Ce livre est un premier pas vers cette pédagogie. Même s’il s’adresse à des gens informés, il est quand même un premier pas pour tous ceux qui pensent que l’IA dans quelques années sera incontournable !

© CNRS Éditions

Santé et intelligence artificielle, Cédric Villani et Bernard Nordlinger (dir.), CNRS Editions, octobre 2018, 416 pages, 25 €