Vous avez dû remarquer qu’au supermarché de nombreux fruits et légumes sont estampillés d’un tapageur « 0,99 € ». Si cette action marketing contribue à l’augmentation de notre consommation quotidienne de fruits et légumes, il est légitime de s’interroger sur sa raison. Les Français limiteraient-ils leurs dépenses liées aux fruits et légumes ? Ou peut-être certains n’ont-ils tout simplement pas le budget nécessaire à la consommation recommandée ? Enquête sur ces inégalités, qui se retrouvent même dans nos assiettes.

Des inégalités jusqu’à l’assiette

L’offre de fruits et légumes du territoire français est hors norme. Les consommateurs sont confrontés à de multiples possibilités quant à leur choix de fruits et légumes. Nous produisons beaucoup (la France est le quatrième producteur de fruits et légumes en Europe) et nous importons également. Mais l’offre dépasse de loin la demande. Car tous les foyers n’ont pas le même budget consacré à l’alimentation. Si les foyers les plus modestes dépensent 222 € par mois, les foyers les plus aisés, eux, consacrent en moyenne 539 € à leur alimentation mensuelle.

5 fruits et légumes par jour, un privilège de riches

De fait, ces différences de revenus ont un impact considérable sur l’alimentation. Une équipe de l’INRA a mené une étude dont les résultats sont édifiants. Les 15 % les plus riches consomment 12 kg/an de légumes de plus que les personnes aux revenus plus modestes, pour une moyenne nationale à 64 kg/ an de légumes. Même constat pour les fruits, mais à l’échelle quotidienne cette fois : un cadre consomme 44g/j de fruits de plus qu’un ouvrier.

Songeons quelques instants aux pommes de terre, traditionnellement consommées par les classes dites populaires. Eh bien, elles le sont toujours… Les ouvriers en consomment en moyenne 67 g/jour contre seulement 46 g/jour chez les cadres.

Le prix avant la qualité ?

Comment expliquer de tels écarts ? Rappelons que le prix des fruits et légumes est très fortement corrélé aux aléas climatiques et que le prix de ces produits a davantage augmenté que la moyenne des prix alimentaires (INRA). Aussi l’impact sur les classes modestes est-il plus conséquent, ces derniers étant plus sensibles aux variations de prix. Tout ne serait qu’une histoire de prix ? En effet, l’enquête menée par Le Sofinscope – Baromètre OpinionWay révèle que pour 78 % des Français, le prix constitue le premier critère de choix. Bien loin devant la qualité gustative (46 %) ou encore les habitudes familiales (36 %).

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La santé dans l’assiette ?

Les populations aux revenus modestes seraient-elles davantage concernées par l’obésité et la diabète ? Une étude menée sur plus de 28 000 participants souligne ce triste constat. Sur ces personnes interrogées, seulement 7 % des femmes dont le revenu mensuel dépasse les 4 000 € sont obèses, contre plus de 25 % d’obèses chez les femmes dont le revenu mensuel est inférieur à 1 000 €. Même constat chez les hommes, mais néanmoins plus nuancé : 9 % d’obèses chez les plus aisés, contre 20 % chez ceux ayant un faible revenu. L’obésité a encore de beaux jours devant elle. En effet, la proportion d’enfants en surpoids ou obèses était de 19,8 % en 2017 contre 15,8 % dix ans auparavant. Mais surtout, près de 35 % des enfants issus d’un foyer modeste étaient concernés par le surpoids et/ou l’obésité.

Quant au diabète, l’étude Entred 2007-2010 soulignait que plus de la moitié des diabétiques (52 %) étaient confrontés à des difficultés financières. De plus, 34 % des personnes atteintes d’un diabète de type 2 disposaient d’un revenu mensuel inférieur à 1 200 € . Une nouvelle étude Entred, lancée en septembre 2018, est en cours. Attendons donc de voir si ces statistiques se confirment.

Des fruits et légumes, pour tous ?

Chaque année, le PCF et le syndicat paysan Modef organisent une vente solidaire de fruits et légumes en Île-de-France. Le principe ? Une vente en circuit court, entre consommateurs et agriculteurs. Dans l’espoir que les uns aient accès aux fruits et légumes à moindre coût, et que les autres soient davantage payés grâce à l’absence d’intermédiaires.

Le constat ? Avec des fruits et légumes deux fois moins chers qu’en supermarché, les 50 tonnes de fruits et légumes se vendent dans la matinée. Force est donc d’admettre que les foyers les plus modestes veillent également à avoir une alimentation équilibrée. Mais pour nombre d’entre eux, manger 5 fruits et légumes par jour reste un luxe.

Pour en savoir plus sur les circuits courts :

Une vraie bonne idée : adhérer ou créer votre AMAP !

Sources

Les Français et leur budget dédié à l’alimentation, Le Sofinscope – Baromètre OpinionWay pour SOFINCO, enquête réalisée en mars 2013,
– Plessz M., Gojard S., « La consommation de légumes des ménages français : préparation domestique ou achats de produits transformés ». Working Paper ALISS,
– Hébel P. (dir), Comportements et consommations alimentaires en France, Paris, Lavoisier.
– ANSES, Avis et rapport relatifs aux disparités socioéconomiques et aux apports nutritionnels et alimentaires des enfants et des adolescents,
Baromètre Santé Nutrition de l’INPES.
Études Entred,
Les différences sociales en matière d’alimentation, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt,
– Joanne Matta, Marie Zins et al., « Prévalence du surpoids, de l’obésité et des facteurs de risque cardio-métaboliques dans la cohorte Constances », Bulletin épidémiologique hebdomadaire.

Jonathan Epaillard