En France, l’infarctus du myocarde touche environ 120 000 personnes par an. 10 % en décèdent lors de la crise et un an après, 18 000 personnes en seront mortes. Appelé également « crise cardiaque », l’infarctus du myocarde peut être fatal très rapidement : plus de 10% des personnes atteintes décèdent dans l’heure qui suit la crise. Vous voulez en savoir plus sur cette pathologie ? Vous êtes au bon endroit !

Quelques notions sur le rôle du cœur

Le cœur, la pompe naturelle de notre corps

Pour comprendre ce qu’est l’infarctus du myocarde (IDM), il est nécessaire de comprendre comment fonctionne le cœur. Pas de panique, il ne s’agit pas là d’un cours de biologie, mais juste d’une succincte explication. Le cœur est un muscle qui pèse 250 g environ. Il est de la taille d’un gros poing fermé. Ce cœur est protégé par une enveloppe (le péricarde). En physiologie, on distingue 2 cœurs :
Le cœur droit, le cœur dit veineux, qui ramène le sang des cellules, donc du sang pauvre en oxygène. Le sang arrive des cellules périphériques vers l’oreillette droite, puis passe vers le ventricule droit pour aller vers les poumons ;
Le cœur gauche, qui propulse le sang oxygéné vers les cellules périphériques. Le sang oxygéné arrive des poumons au niveau du ventricule gauche, puis passe vers l’oreillette gauche pour passer au niveau de l’aorte. 

Les oreillettes et les ventricules sont des cavités du cœur. 

Le cœur est en réalité un gros muscle qui se contracte de manière automatique. Cet automatisme est sous le contrôle strict du système nerveux dit autonome. 

La fonction du cœur

La fonction du cœur est de produire une pression pour faire écouler le sang vers les cellules, puis de diminuer cette pression pour faire revenir le sang (en physique, les liquides s’écoulent d’une région à pression haute vers une région à pression basse).  Il s’agit donc là d’un cycle de pression continue appelé « révolution cardiaque » où l’on distingue :
– Une contraction ventriculaire : la systole, où la pression du cœur s’élève à 125-140 mm Hg
– Une relaxation ventriculaire : la diastole, où la pression du cœur s’élève à 75-90 mm Hg.

De là vient la notion de pression artérielle, et pour la mesurer, on utilise un tensiomètre. Pour mesurer les cycles, on procède à un électrocardiogramme. 

L’irrigation du cœur

Le cœur est un organe qui nécessite également du sang oxygéné. Ces artères propres au cœur sont les artères coronaires (elles forment comme une couronne autour du cœur). 5 à 10%  du débit cardiaque (250 mL/min) sert à l’irrigation du cœur. Des veines  coronaires rejoignent ensuite la veine cave supérieure gauche avant de terminer vers l’oreillette droite pour s’oxygéner à nouveau.

Qu’est-ce-que l’infarctus du myocarde (IDM) ?

L’infarctus du myocarde correspond à une insuffisance cardiaque qui limite l’apport de sang aux cellules périphériques. Cela est due à une occlusion permanente d’une artère coronaire (ou d’une des ramifications d’une artère coronaire) à cause de lésions artérioscléreuses.  Et si votre cœur n’est plus irrigué, vous imaginez la suite ! Des zones nécrosées (=zones de tissus morts) s’installent au niveau du myocarde, et votre cœur sera moins opérationnel. Et sans traitement médical ou sans intervention rapide, le cœur s’arrêtera de battre. Selon l’importance de la nécrose, l’IDM provoque la mort immédiate. Si la zone nécrosée est moins importante, des signes cliniques peuvent apparaître. Si l’infarctus et asymptomatique, la zone nécrosée peut être découverte lors d’un électrocardiogramme. La localisation nécrosée la plus répandue se situe au niveau du ventricule gauche.  

L’âge moyen de l’accident fatal se situe vers 60-65 ans chez l’homme et 70 ans chez la femme. Les hommes sont plus exposés que les femmes. Depuis plusieurs années, cet évènement cardiaque arrive de façon plus précoce (aux alentours de 40 ans).

Mécanismes en jeu dans l’infarctus du myocarde

Lorsque la circulation sanguine est interrompue au niveau d’une artère coronaire ou de l’une de ses ramifications, la lumière du vaisseau sanguin rétrécit, et le sang circule moins bien. Selon la grosseur de la plaque d’athérosclérose, la circulation peut avoir lieu ou pas. De cela dépendra la gravité de l’IDM. Plusieurs étapes se succèdent (les 3 premières étapes sont très rapides, la dernière peut prendre plus de temps) :

1ère étape :

un caillot sanguin se forme au niveau d’une artère coronaire ou de l’une des ramifications. La circulation s’arrête à ce niveau ;

2ème étape :

en aval du caillot, la partie du myocarde qui n’est plus irriguée provoque des douleurs thoraciques. Le manque d’oxygène au niveau des cellules du myocarde provoque une nécrose du tissu concerné. La lésion est superficielle et réversible si un traitement a lieu avant la 6ème heure. Par la suite, elle devient irréversible et s’étend en profondeur ;

3ème étape :

en amont de l’obstacle, le sang qui arrive qui circule dans l’artère obstruée stagne au niveau du caillot formé. Les cellules sanguines stagnent alors à ce niveau et finissent par sortir du vaisseau. Cela provoque une fièvre ;

4ème étape :

une cicatrisation a lieu si le patient survit. Elle se fait en 2-3 mois. La cicatrice est indélébile. Le myocarde est lésé, et la nécrose rend cette partie non fonctionnelle. 

Risques de récidive de l’infarctus du myocarde

L’IDM est une complication de l’athérosclérose localisée au niveau des artères coronaires. Comme il s’agit d’un évènement qui évolue dans le temps, le risque de récidive est important. Une surveillance médicale est obligatoire, avec des examens médicaux réguliers. 

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Les facteurs aggravants

Plusieurs facteurs favorisent l’IDM :
– L’âge
– Le sexe
– Le tabagisme
– La prise de contraceptif dosée en œstrogène et progestérone
– Les antécédents familiaux
– Le stress
– Le mode de vie, l’alimentation, etc…

Les signes cliniques de l’infarctus du myocarde

L’IDM est associé à des douleurs thoraciques intenses et durables. Ces douleurs sont intenses et constrictives (avec une sensation de broiement du thorax). Elles irradient vers le bras, le cou et les mâchoires. Il est associé également à une diminution de la pression artérielle. La personne peut également ressentir une difficulté à respirer et est dans un état nauséeux. 

L’IDM est une urgence médicale : une hospitalisation dans un service de soins intensifs de cardiologie est obligatoire. C’est réellement une question de minutes ! 

Un électrocardiogramme est pratiqué durant toute l’hospitalisation. Il servira également de base pour le suivi du patient. Bien évidemment, un bilan sanguin complet est effectué (mesure de la cholestérolémie, dosage des triglycérides, dosage de la glycémie, etc..). 

Les complications de l’infarctus du myocarde

À court terme

Il y a des complications :
– mécaniques : la force contractile du muscle du cœur est diminuée,
– hémodynamiques : diminution de la pression artérielle, avec un risque d’atteinte rénale,
– rythmologiques : diminution du rythme cardiaque.

À plus long terme

A plus long terme, l’infarctus du myocarde peut provoquer une insuffisance cardiaque, des troubles cardiaques, des récidives d’infarctus, etc… 

Traitement de l’infarctus du myocarde

Les objectifs des traitements à l’hopital

Le traitement n’a pas le même objectif selon la phase dans laquelle se trouve le patient. En phase aiguë, les objectifs sont :
– maintenir le malade en vie ;
– détruire le caillot sanguin et d’assurer une circulation sanguine au niveau du myocarde ;
– favoriser une cicatrisation ;
– limiter les complications.

Traitements médicamenteux

Des traitements médicamenteux sont administrés au patient. Ces médicaments visent à traiter l’état de choc, limiter la douleur, ou pour lutter contre l’anxiété du patient. Enfin, des médicaments sont utilisés pour éviter une récidive immédiate et lutter contre les troubles cardiaques.

Interventions chirurgicales

Des moyens chirurgicaux peuvent également être proposés. Sauf contre-indication (âge, antécédent d’accident vasculaire cérébral, hypertension), une thrombolyse par voie intra-veineuse  est pratiquée pour augmenter la perméabilité coronaire. En cas d’échec ou si la thrombolyse est contre-indiquée, une angioplastie transluminale est pratiquée (« stent » : dispositif métallique pour maintenir une cavité ouverte). 

Le patient hospitalisé est alité. Une ré-éducation à l’effort est possible sous surveillance.

Les objectifs de traitements à la sortie

À la sortie de l’hôpital, les objectifs sont :
– ré-éduquer le patient à l’effort
– traiter les complications
– limiter le risque de récidive.

Le patient sera suivi tout le reste de sa vie. On effectuera des électrocardiogrammes, des bilans sanguins, des dosages sanguins :
– myoglobine ;
– troponine (T et I) : marqueurs de la nécrose du myocarde ;
– marqueurs enzymatiques, etc…

Enfin, une échocardiographie sera effectuée pour renseigner de la taille de l’IDM de la cicatrisation. 

Par ailleurs, le parient effectuera des tests à l’effort avec une scintigraphie cardiaque avant/après l’effort pour apprécier la récupération de la fonction myocardique.

Quelle place a la diététique dans le traitement de l’infarctus du myocarde ?

La diététique a une place importante, et ce dès le 1e jour d’hospitalisation.

L’alimentation lors des premiers jours qui suivent l’infarctus

– Le 1er jour d’hospitalisation, le patient est perfusé. Il peut consommer des bouillons sans sel.
– Les jours suivants : si tout va bien, le régime sera légèrement hypolipidique, en évitant les aliments à gout fort ou provoquant tout inconfort digestif. Le régime est hyposodé (pauvre en sel). Bien souvent malheureusement, le patient connaît une anorexie liée au stress ou à la peur de ce qu’il vient de vivre. Si cette phase dure trop longtemps, les patients se verront proposer une alimentation à texture molle, évitant l’effort de mastication.
– Par la suite, une fois rentré chez lui, le patient aura un régime équilibré, avec apport de bonnes graisses (acides gras insaturées présents dans l’huile d’olive, graines oléagineux, poisson gras, etc..) et pauvre en sel. Les conseils restent les mêmes que ceux données pour l’athérosclérose.

L’alimentation par la suite et prévention secondaire

Par la suite, et afin de limiter tout risque de récidive, le patient suivra principalement les règles de l’alimentation liées à l’athérosclérose. A savoir :
– Régime normo-énergétique ou hypo-énergétique en cas de surpoids
– Les apports en lipides sont normaux, avec une diminution des acides gras saturés (viandes grasses, charcuterie, beurre, crème fraîche, pâtisseries,  crèmes glacées, fromages gras, noix de coco, etc…) et augmentation des acides gras insaturées (poissons gras, huiles végétales, graines oléagineuses, germes de blé, graisse de canard, olive, avocat, ).
– Limiter les aliments riches en cholestérol (abats comme la cervelle, crevettes, foie gras, beurre, crustacés)
– Favoriser les aliments riches en fibres, et notamment en fibres solubles car elles ont un effet hypocholestérolémiant (fruits, légumes, riz, son d’avoine, l’orge) .
– Limiter la consommation de sel (charcuteries, pain, fromages, biscuits apéritifs, produits transformés, sel de table). Cette diminution de sel fait baisser la tension artérielle, et limite la pénétration des lipides et du cholestérol dans les parois artérielles. 

Et on favorise les aliments riches en anti-oxydants : 

La vitamine C se retrouve principalement dans les fruits et les légumes : cassis, goyave, kiwi, fraise, chou, agrumes, etc…
La vitamine E se retrouve principalement dans les huiles végétales, les graines oléagineuses 
Le sélénium se trouve principalement dans les aliments d’origine animale : poisson, viande, crustacé, œuf, lait, fromage, ainsi qu’en plus petites quantités dans les céréales. 

On limite également la consommation d’alcool (maximum 1 verre de vin rouge par repas) et de tabac. Et il est fortement conseillé de lutter contre la sédentarité et de pratiquer une activité physique. 

Source

– Nutrition du bien portant, Emilie Fredot, Editions Tec&Doc, 2007,
Fédération française de Cardiologie,
– Biochimie-Physiologie, Marlène Frénot, Ministère de l’éducation nationale (CNED), textes 6-8. 2009,
– Physiopathologie, Cristian Carip et Véronique Liégeois, Editions Tec et Doc, 2003,
– Bases physiopathologiques de la diététique, Jean-Claude Gandonnière et Françoise Cinquin, Centre National d’enseignement à distance, BTS Diététique 2eme année, 2012,
Haute Autorité de Santé,
Organisation Mondiale de la Santé.

Raphaëlle Santarelli