L’industrie agro-alimentaire (IAA) standardise sa production grâce à des procédés de fabrication aujourd’hui décriés. Pire ! Ces aliments ultra-transformés (AUT) auraient une responsabilité certaine dans la prolifération de maladies chroniques et seraient impliqués dans l’apparition de cancers.

Y-a-t-il un lien entre consommation d’AUT et apparition de cancer ?

L’industrie agro-alimentaire (IAA) tient un cahier des charges strict pour assurer une qualité du produit, limiter le risque d’infection et, surtout, rendre leur produit standardisé. Le consommateur est assuré de retrouver son paquet de gâteaux préféré ou sa soupe favorite avec toujours le même goût. Vous vous doutez bien que ces interventions industrielles ne sont pas sans revers. Les procédés de fabrication utilisés par l’IAA se jouent de la qualité nutritionnelle des aliments.

La preuve ? Des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra et de l’Université Paris 13 ont étudié la corrélation entre la consommation d’AUT et l’incidence sur les cancers.
Établie sur plus de 100 000 participants de la cohorte française NutriNet-Santé, cette étude a été publiée dans le BritishMedical Journal. Groupés selon la classification NOVA qui définit les processus de transformation alimentaire, elle analyse plus de 3300 aliments !

Sur 8 ans de suivi, 2200 cancers ont été diagnostiqués. L’étude montre qu’une augmentation de 10% d’AUT consommés est associée à une augmentation de 12% du risque global de cancer dont 11% pour le cancer du sein.

Tout savoir (pour les éviter !) sur les aliments ultra-transformés (AUT)

Pour mieux comprendre, revenons sur la classification NOVA des AUT

Cette classification regroupe les aliments non pas en fonction de leur valeur nutritive, mais en fonction de leur degré de transformation

1. Aliments frais ou peu transformés (minimally processed)

Il s’agit d’aliments frais ou modifiés par des procédés légers comme le retrait des parties non comestibles, le séchage, le concassage, le broyage, la pasteurisation, la réfrigération, la congélation, l’emballage sous vide (des procédés qui permettent de prolonger la durée de vie).
Il n’y a pas de produits ajoutés.
Exemple : fruits, légumes et légumineuses frais. Œufs, céréales (pâtes riz…)

2. Ingrédients culinaires transformés (food ingredient)

Il s’agit des aliments du groupe 1 subissant des procédés comme le pressage, le meulage, le raffinage ou le broyage.
Exemple : les condiments, les amidons, le beurre et les huiles végétales.

3. Aliments transformés (processed food)

Il s’agit des aliments du groupe 1 transformés par des ajouts de sel, de sucre ou encore d’’huile… L’objectif est d’augmenter la durée de conservation des aliments du groupe 1.
Exemple les aliments en conserve, les aliments fumés, les fromages, les pains.

4. Aliments hautement transformés (ultraprocessed food)

Le produit final comprend au moins 4 ingrédients ajoutés : additifs alimentaires, protéines hydrolysées, amidons modifiés et/ou huiles hydrogénées.
Exemple : les barres chocolatées, les paquets de gâteaux industriels, les viennoiseries, les céréales du petit-déjeuner.

Pourquoi les AUT sont-ils des bombes sanitaires ?

Sans grande surprise, les AUT regorgent de produits toxiques et sont mauvais pour l’organisme pour au moins 4 raisons hyper-simples :
1. Ces AUT ont une moins bonne qualité nutritionnelle dûe à toutes les transformations subies. La quantité en lipides (notamment en graisse saturée) est plus élevée. La quantité en sucres ou en sel est trop élevée. En revanche, il n’y a pas assez de fibres, de vitamines et de sels minéraux.
2. Les additifs sont plus nombreux. Leur présence, en effet, augmentent par exemple la conservation, le goût, la couleur de ces aliments. L’utilisation du dioxyde de titane ou E171 sous forme de nanoparticules (il sert à blanchir les bonbons par exemple) est impliqué dans le risque de cancer. Le gouvernement espère sa suspension pour la fin de l’année.
3. Les chercheurs observent également la production de composés néoformés (comme l’acrylamide dans les chips, les pétales de céréales ou encore frites) lors de la transformation et la cuisson des aliments.
4. Les emballages de ces AUT sont également remis en cause. Certains contiennent des polluants comme le bisphénol A.

Si ces résultats sont inquiétants, le lien de cause à effet n’est pas (encore) prouvé. Des études complémentaires devront être réalisées. Les chercheurs de l’étude ci-dessus ont d’ores et déjà initié d’autres travaux, plus précis. Ils incluent, par exemple, le nom et la marque des aliments incriminés. A suivre…

Des résultats qui laissent dubitatifs certains professionnels de santé

Si les résultats restent à préciser, les AUT n’expliquent pas, à eux seuls, l’incidence du cancer. Pour le Professeur Got, il faut combattre en premier lieu la sédentarité et l’obésité.
De plus, une des difficultés, dans ce type d’étude, est l’incapacité réelle à identifier les produits ou les substances impliquées. En effet, l’IAA manipule des milliers d’additifs ou de substances ajoutées dans les produits…

Les AUT impliqués dans d’autres pathologies ?

Les effets néfastes des AUT sur les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII)

Les AUT deviendraient-ils la bête noire des chercheurs ? Les AUT contribueraient également à augmenter le risque de troubles cardio-métaboliques, d’obésité, d’hypertension et de dyslipidémies ( taux de lipides anormaux dans le sang).

Sources

Qu’est-ce qu’un AUT ?
Le monde, L’Alimentation ultratransformée favorise le cancer, Pascale SANTI, samedi 17 février 2018
Libération, Cancer et alimentation : du crabe ou du cochon ?, Laurent JOFFRIN, samedi 17 février 2018

Raphaelle Santarelli, diététicienne WeCook